• Quelques lignes d'histoire coloniale

    A lire en ligne sur: http://www.said-hajji.com/fr/book-patnat.html

    Chapitre 37. Les activités du Parti National

    Le 1er Congrès du Parti National: 13. Oct. 1937

    Evaluation de la situation politique

    Le premier congrès du Parti National a été marqué par le discours prononcé par le leader Allal El Fassi à la séance d'ouverture, et dans lequel il a procédé à une analyse détaillée de la situation politique qui a prévalu depuis le récent congrès du Comité d'Action Nationale auquel le nouveau parti a succédé. Au lieu de s'améliorer, cette situation n'a fait que s'aggraver en raison des crises matérielles et morales que le pays a connues tout au long de l'année écoulée, et qui étaient dues essentiellement à la politique de ségrégation et d'abrutissement menée par l'Administration du Protectorat. La puissance protectrice n'a rempli aucun des engagements qu'elle avait promis de prendre. Les revendications urgentes sont restées lettre morte malgré les besoins pressants du pays dans les domaines de l'assistance et de la justice sociale. On se souviendra longtemps des évènements de Méknès qui ont coûté la vie à des citoyens innocents et se sont soldés par une vague de répression, de déportations et d'emprisonnements avec pour seul crime la solidarité qu'ils ont manifestée à l'égard des personnes emprisonnées pour avoir protesté contre la confiscation des eaux et leur détournement au profit des terres de colonisation.

    A cet égard, les campagnes sont durement touchées. Toute personne soupçonnée de coopérer avec le mouvement réformateur ou d'avoir des attaches avec ce mouvement est littéralement poursuivie. Des centaines de gens ont été emprisonnés et torturés, leurs terres saccagées et leurs biens confisqués. Les troupes régulières des huitièmes Spahis ont déferlé sur une localité de Béni Yazgha, et ont tout rasé après avoir commis les pires des atrocités, détruisant les tentes, s'accaparant de l'argent disponible et de la volaille, violant les femmes et persécutant les innocents.

    L'Administration coloniale a laissé les mains libres au nommé Albiaz, puis au Glaoui et à leurs acolytes pour écraser la population de Marrakech. Ceux-ci ont rempli les prisons de gens arrêtés "pour un oui ou pour un non". Ils en ont conduit d'autres vers le chemin de l'exil; ils ont bastonné les uns, mis les autres aux fers, violé les domiciles. Ils se sont attaqués aux jurisconsultes et aux théologiens, ils ont bouclé les maisons des artisans et des nationalistes après en avoir expulsé les occupants et déterioré les biens qui s'y trouvaient; ils ont attaqué les écoles coraniques, dispersé les élèves et chassé les maîtres, méprisant le livre sacré et les tablettes sur lesquelles les élèves apprenaient quelques versets du coran; puis ils ont fermé ces écoles. Ils ont saisi les journaux nationaux et imposé des amendes et des sanctions à quiconque est observé en train de les lire.

    Les responsables ont autorisé l'organisation d'un pélerinage missionnaire à l'Eglise Sainte Thérèse en sa qualité de sainte des missions évangéliques à Khémisset. Les élèves à Aït Ouribel dans la région de Zemmour ne sont autorisés à célébrer la fin de leur cycle coranique de l'année qu'à la condition de s'abstenir de lire le coran à cette occasion et de n'élever aucune prière en guise de déférence pour Sa Majesté le Sultan, de la même manière qu'ils avaient auparavant interdit aux populations de Marrakech de célébrer la fête du Mouloud, qui est le jour anniversaire de la naissance du Prophète.

    Tout ceci prouve que l'Administration du Protectorat continue de s'accrocher à l'esprit de sa politique berbère. Inutile de dire que la presse nationale est entièrement muselée et est la proie du contrôle de tous les articles avant leur publication, de la censure, de la saisie, voire de l'interdiction pure et simple. Inutile non plus de rappeler que toutes les demandes introduites pour obtenir l'autorisation de créer une association de quelque nature qu'elle fût, ont été exposées au refus du Gouvernement, sans aucune justification valable. Ajoutez à celà la campagne de dénigrement orchestrée à l'étranger contre le Comité d'Action Nationale par une presse entièrement acquise à l'esprit colonial, et vous aurez un tableau parfait de la situation que nous avons vécue au courant de l'exercice écoulé.

    Le Pacte National

    Après cette évaluation de la situation politique depuis le congrès d'octobre 1936, lecture a été donnée des communiqués diffusés par le Parti au courant de l'exercice écoulé. Puis, un projet de "Pacte National" a été soumis aux congressistes qui devaient se prononcer sur chacun de ses articles établis comme suit:

    • Les congressistes dénoncent au nom du peuple marocain la cruelle répression dont les villes de Meknès, Marrakech et Béni Yazgha, ainsi que les campagnes marocaines ont été exposées, et protestent énergiquement contre ces actes de barbarie qui rappellent les périodes obscures. Ils demandent la libération des déportés et une juste indemnisation des victimes de la répression pour les sinistres qu'ils ont subis dans leurs biens.

    • Les congressistes protestent d'une manière particulièrement énergique contre les entraves à la liberté de la presse et décident de combattre toutes les mesures et les tentatives prises dans ce sens, que ce soit par les retards mis à accorder l'autorisation de paraître ou par les saisies et la censure, et exigent de faire bénéficier la presse nationale d'expression arabe des mêmes droits et privilèges dont jouissent les journaux étrangers au Maroc.

    • Ils flétrissent l'obstination du Gouvernement à refuser aux Marocains le droit de constituer des associations quels qu'en soient les objectifs.

    • Les congressistes imputent la responsabilité de cette politique à l'esprit réactionnaire qui domine les milieux du Protectorat, qui ont soulevé par le passé l'indignation du Maroc et du monde musulman avec la question berbère.

    • Les congressistes s'engagent à combattre tous ces agissements tyranniques avec tous les moyens légaux appropriés et donnent pleins pouvoirs aux instances dirigeantes du Parti de choisir les moyens et les moments les plus propices pour faire face à ces agissements.

    • Ils dénoncent toutes les fausses accusations et les manoeuvres artificielles fomentées par les milieux de la réaction et de la presse colonialiste contre notre mouvement et déclarent que celui-ci n'a aucun lien avec un quelconque élément étranger et qu'il ne peut être tenu pour responsable que de ce qui aura été décidé au niveau des instances dirigeantes du Parti National.

    • Ils décident que toute coopération avec le Gouvernement reste tributaire de la renonciation à la politique d'étouffement des libertés et de la répression, et à la mise en oeuvre du programme des revendications urgentes, et estiment que la sollicitude dont le peuple marocain jouit de la part de Sa Majesté le Sultan ainsi que l'appui des hommes libres parmi les démocrates français sont autant d'atouts pour atteindre nos objectifs.

    • Les congressistes s'engagent devant Dieu d'exécuter les prescriptions de ce Pacte National et se déclarent prêts à consentir les sacrifices nécessaires à cette fin. Abderraouf Hajji


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