• Ouled mhammed et ahl ben youssef

    Je vais essayer aujourd’hui de vous présenter deux forteresses « kalaâ », à savoir Ouled Mhammed et "Ahl ben Youssef". Sachez d’abord que mon choix des deux kalaâ est fortuit (j’aurais pu commencer par ouled Abdelaziz ou Ahl Touama). Je sais que mon travail intéresserait peut-être plus les « hal barra » que « les kal3aoui ».

    Au cours de ma présentation, j’essayerai de situer géographiquement les deux douars, de parler en général de leurs habitants, de certaines grandes familles qui composaient chaque agglomération et de certaines personnes qui ont marqué l’histoire des deux villages. Je parlerai aussi de leurs activités, de leur mode de vie, de leur place dans la tribu des béni yazgha et à la fin je vous conterai un de leurs contes.

    Que vous soyez à El Kouchla Danssara, à Koudya dla3yat, à Karn Souk, à Thar Ennayem ou au cœur d’El Menzel, vous remarquerez toujours deux grands minarets s’élançant majestueusement dans le ciel, surplombant El Menzel et autour desquels viennent s’agglutiner de très modestes demeures en pisé ne dépassant jamais un étage.

    Pour accéder aux deux douars, plusieurs voies sont possibles :
    D’El Menzel, le visiteur peut emprunter soit la route du collège, soit celle d’El Boutya soit celle de Jnan Louta et, s’il est motorisé, celle de Lakhbayez, goudronnée.
    Du côté de Ain Kbir, il peut rejoindre les deux douars par Zahka Dassarhani, par Bou3raÏss ou par Ouled Abdelaziz.

    Les deux villages se situent sur deux rochers calcaires, (appelés tafza) inaccessibles du côté sud.

    Entre les deux villages coule un petit oued qui se jette à coté de sidi mghite et nettoie les eaux usées de nos amis manzli. Cet oued faisait, autrefois, tourner aussi les moulins des kalaoui. Hélas ! Ces moulins ont subi le même sort que celui d’Alphonse Daudet et sont soit en ruine soit complètement rasés soit transformés en habitations. Le premier, non loin de Ain Kbir, à Sfifah, appartenait à ould lhayani (l’ex-caïd larbi), le deuxième au dessous d’El Manchra à Lhoucine Zarrouk, le troisième à une trentaine de mètres appartenait à Ali ould Ali, le quatrième, juste au dessus de ceux des ouled lmallahya qui en avaient trois ou quatre, appartenait à feu ali lboudouri, le dernier près des Nass Laghlita était celui du défunt Majjou: en tout, 9 moulins pour écraser le bon blé de beaucoup de yazghi et pour en faire du bon pain pour tout le monde.

    Maintenant je vous invite à faire un tour dans le premier douar, celui d’Ouled Mhamed. Prenons le plus beau chemin, celui de bou3raiss. Tenez-vous bien, nous traverserons de nombreuses seguias, le sentier est sinueux mais la vue est des plus belles. Nous sommes à Bab kla3, jadis l’entrée principale, la seule, je veux dire, du village se fermait à clé et avait un gardien et c’est ce qui distinguait Ouled Mhamed et Ben Youssef des autres douars kal3aoui. Le village se compose de trois grandes familles (fakhdat) : celle des nass Mhemed Outaleb au nord composée de nass bel arbi, ouled ali, nass boutaher, nass hammane. Puis la famille des Chraka qui habitent l’impasse bab essaba) se compose des nass el boudouri, nass bssiss, ouled haddou lafkih et nass abbou. Enfin la famille des Chouadel qui occupent la belle vue sur El Menzel: devant eux, le ravin est planté de figuiers de barbarie. Cette famille se compose des nass la3ribi, des nass tayeb hammou qui ont constitué un dour à lahmari – timouyass , de nass ali chadli, des nass lahcen chadli des nass kadour chadli et de nass el mellahi.
    Ces trois grande familles sont apparemment originaires de Rissani car il ya quelques vingt ans, des chrfa de Rissani apportaient chaque année aux mhamdi leur part de dattes et étaient chaleureusement accueillis et vénérés. Pour leur retour, les ouled mhamed, qui les considéraient comme leurs frères, leur offraient des denrées alimentaires: des figues, des céréales, de l’huile, des olives etc...
    A remarquer que certaines familles comme celles des Khoumssi originaires de jbala et celle d’ouled sadni originaire d'Ouled Mbarek sont d'installation récente au douar
    A propos de leurs habitudes: les ouled mhamed n’avaient pas de problème à choisir leur fkih: Si lhoucine Khiy est resté chez eux pendant plus de soixante ans.
    Comme tous les kal3aoui, les ouled mhamed étaient très solidaires entre eux: chaque fois qu’une famille perdait une vache ou un bœuf, suite à un accident ou à une maladie, tous les foyers se partageaient la perte (Rzya) quitte même à ne pas consommer sa part de viande.
    Ce qui caractérise aussi ouled mhamed c’est qu’ils n’avaient pas de boutique pour le commerce. Chaque fois que quelqu’un en ouvrait une, le lendemain il se faisait cambrioler. Les autres douars appelaient ouled mhamed ouled lgalta zarka par référence à la lagune à coté du moulin de ali ould ali dans laquelle on se baignait en été. Les baigneurs les plus hardis et les plus expérimentés s’entraînaient à plonger à kssi3a, un gouffre très dangereux, creusé dans du calcaire par le torrent se jetant dans le jardin de feu charif à coté des moulins d’ouled lmallahya. 

    Parmi les hommes qui ont marqué l’histoire des ouled mhamed, je citerai:

    -Ahmed boubker qui fut en même temps guérisseur, vétérinaire, fabriquant de charrues et juge dans les contentieux relatifs au partage de l’eau ( je reviendrai sur ce sujet plus tard, il est d’une importance capitale).
    -Ali chadli qui fut à un moment donné cheikh (notable) et qui attira aux chouadel de nombreux ennuis en tirant à bout portant sur un officier français qui l’aurait insulté devant les siens ( je reviendrai à son histoire plus tard)
    - Larbi boutaher surnommé « lkhirinous » qui ne s’est jamais marié, qui habitait seul et qui était connu pour ses escapades nocturnes et ses descentes sur les poulaillers des ouled abdelaziz et des hal touama.

    Ainsi prend fin ma présentation des ouled mhamed. D’avance je demande pardon à ceux ou à celles dont les noms figurent dans mon écrit. Mon but n’est autre que de faire connaître une culture en détresse.

    Auteur:
    Fandlaoui

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    Concernant la réflexion de Fandlaoui qui m'a fait comprendre que Sidi Mamanhou est un Saint sans dôme et sans murs et qu'il se trouve au pied des micocouliers ( Attaghzaz), certes je ne la conteste pas. Il n'empêche que le cimetière porte son nom et le lieu aussi. Par exemple si tu poses la question à Karrouch ou à El Ganoudi qui habitent juste à côté : "Où habitez -vous ?" Ils te répondront : "Nous habitons à Sidi abdel wahad ou à Sidi mamanhou". Ils ne te diront pas qu'ils habitent à TOUAGHADE ! Toi-même - l'autre fois- quand j'ai parlé du travail du chanvre, tu m'as répondu que tu te souvenais de Bellahlale quand il le travaillait à Sidi Mamanhou ! Donc les noms de ces deux Saints prédominent sur celui du lieu. Il est plus facile d'expliquer à tous nos lecteurs et de leur faire comprendre que Sidi Abdewade se trouve entre Sidi Mamanhou et Ain Kebir que de dire que Sidi abdewahade est entre Touaghade et Ain Kebir ! Noublions pas que chaque parcelle de terre porte un nom différent de celle qui est à côté. Cela dépend de leur propriétaire. Par exemple, 30 mètres avant Touaghad, c'est Jnane Bnichou et 30 mètres à l'est de Sidi Mamanhou c'est Lamkam; 20 mètres plus loin c'est Sakia de Boustioune et 10 mètres à l'Ouest c'est Sidi Abdelwahad.

    Auteur: 
    toumi10 

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    Mon cher toumi, je sais que tes racines puisent leur eau dans l'Ain kbir. Je ne conteste pas tes informations. Je précise tout simplement qu’il existe deux marabouts : celui de Sidi Abdelwahed et celui de Sidi Mamnhou. Par conséquent l’un ne peut pas se situer dans l’autre. Karrouch ne te dira jamais qu’il habite à Sidi Mamnhou. El ganoudi oui. Il te précisera qu’il habite à Errouda à coté de Sidi Mamnhou. 

    Auteur: Fandlaoui

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    Je reviens un peu sur l'exposé de notre ami Fandlaoui que j'ai trouvé fort intéressant même pour les kalâoui. Il a cité le nom de certaines personnes qui ont marqué l'histoire de Oulad M'hamed mais il a oublié le nom le plus important et le plus connu - pas seulement à El Kalâa - un nom qui a dépassé les frontières des Beni Yazgha. On le trouve même brièvement dans l'histoire du Maroc. Il était contemporain du Sultan Moulay Ismail qui a régné sur le Maroc de 1672 à 1727. Il s'agit du Caid Benichou. Benichou habitait Oulad M'hamed, et sa maison était là où Ould Massou et Chadli ont construit la leur. C'est Benichou qui a construit le minaret de Oulad M'hamed ainsi que celui d'El Menzel. C'était un personnage cruel, impitoyable, mais un bâtisseur. Il paraît qu'il avait un pouvoir étendu jusqu'à Marrakech. Je ne vous le confirme pas mais je ne vous répéte que le témoignage des anciens. Souvent on répétait chez nous que telle ou telle construction datait de l'époque de Benichou. Pendant la construction de certains monuments, si par malheur un ouvrier ne tenait pas la cadence et s'effondrait de fatigue, on le piétinait et on continuait le travail! Par exemple le village des Bni Aâlahame à côté d'Ahermoumou: en réalité on les appelait Bni Aâlihim (c'est-à-dire construit sur eux!),  pour montrer la cruauté de Benichou. Une légende qui a beaucoup de vrai raconte que Benichou aurait enlevé une fille de Moulay Ismail, l'aurait tuée plus tard et l'aurait jetée dans un puits. Il faut dire que Moulay Ismail aurait eu 500 enfants et que, certainement, il n'aurait même fait remarqué qu'il lui manquait même une dizaine de filles !

    Auteur: toumi10 

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    Salut Monsieur Fandlaoui, je viens de lire vos exposés sur les Oulad M'hamed et je voudrais faire deux rectifications, l'une sur les Oulad M'hamed, l'autre sur les Chouadal:

    1- Cher Fandalaoui, vous avez nommé les frères Chadli mais vous avez oublié Larbi Chadli, un des frère Chadli.
    C'est vrai qu'il est mort très tôt et qu'il n'a laissé que trois filles, dont ma mère. 
    L'officier français a été tué à côté de Ain Kbir par un des frères Chadli, et pendant la nuit qui a suivi toute la famille a quitté Oulad M'hamed en direction de Ait Sarhrouchèn.
    L'exil a duré un an et demi sauf pour Larbi Chadli qui est resté éloigné pendant deux ans et demi: oui, il a fallu un an de plus pour que ses frères puissent le convaincre de revenir au village.
    Cette triste histoire a eu lieu en 1930. Une de mes tantes est née en exil à Ait Sarhrouchèn.
    La suite a été la ruine et l'éclatement de la famille (chacun pour soi!) et la mort de mon grand-père dans la misère totale quelques années après son retour.
    Ils ont récupéré de leurs biens très peu de choses, même pas 1%. Mon grand père a eu droit à la petite maison un peu plus bas que la mosquée, aujourd'hui une ruine, et un petit Aârssa à El Ganoudi. 
    Tout cela n'est plus maintenant que des terrains vagues, de même que nos deux maisons de Bab Saaba à El Menzel...

    2- Monsieur Fandlaoui, ce n'est pas sérieux de croire des choses pareilles: les Oulad M'hamed des voleurs de poules... Alllons! Allons! ....Des accusations pareilles ne peuvent venir que d'Ould Abdelaziz. 
    Cher Fandlaoui, fais attention lorsque tu parles de Touama car ma grand mère Fatma Hamou du côté de mon père est de pure souche Toumi.

    Auteur: Yazghi 2 
     
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    Pour répondre à notre nouvel ami Yazghi, à qui je souhaite de tout mon cœur la bienvenue (je demande à notre ami et khouya Mghili de lui réserver une belle cérémonie d’accueil) sache mon cher qu’en parlant des Chouadel, j’ai voulu seulement nommer la grande famille, et que les membres que j’ai cités, c’était uniquement à titre d’exemples. Je n’ai pas cité Ahmed Chadli dont les 7 fils sont tous nés à Fès : Mustapha le cadet, je cois, qui était le directeur de la trésorerie à Fès, est décédé il y a trois ans, une mort tragique puisqu’il mort asphyxié en prenant sa douche. Je n’ai pas parlé non plus de Lahcen Chadli, père des défunts Abdelkrim et Abdeslam ni de Mhamed Chadli dont le fils Abderrahmane, que dieu ait son âme, fut infirmier à Fès, ni de Si Tayeb Hammou chadli dont les descendents vivent actuellement à lahmari. Je connais bien sûr la défunte ta grand-mère nommée Sarghiniya, ta maman Fatma et ta tante surnommée Chalha et l'autre dont j’ai oublié le nom. De toutes les façons ce que j’écris, je le cite de mémoire, et reste ouvert à toutes les rectifications et à tous les compléments d’informations et c’est là que réside l’intérêt de notre forum.  

    Auteur: Fandlaoui  


  • Commentaires

    1
    PATRYCKFROISSART1 Profil de PATRYCKFROISSART1
    Samedi 21 Mars 2009 à 12:59
    Le nom du caïd Benichou apparaît dans ce texte de Toumi10 sur Yabiladi, page 13 du forum "Qui est d'El Menzel et de sa région" le 18 janvier 2009. Depuis, nous croisons souvent ce personnage. Toute information le concernant nous intéresse au plus haut point.
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