• Le chien Kzimar

    Aujourd’hui je viens vous conter une histoire. Appelez-la comme vous voulez : un conte une mhajia une khrafa, peu importe. Mais je vous conseille de ne pas la raconter à vos enfants le jour, car, comme me disait ma mère, ils attraperaient la teigne. (ikra3ou) 
    L’histoire s’intitule : kzimar 
    Il était une fois dans un village lointain, Mallaha, Taghit, Ghoumra ou Sraghna, je ne sais pas, une famille qui vivait sa vie de bonnes gens. La femme aidait son mari, l’aimait tendrement et son mari le lui rendait bien. 

    Puisqu’ils n’avaient pas encore d’enfant, ils décidèrent d'adopter un chien. Un chien du bled, ni grand ni petit mais très intelligent et très attachant. Il mangeait peu, jouait beaucoup mais ne laissait personne s’approcher du logis. On le nomma Kzimar. 

    Non loin de leur demeure logeait une femme. Elle vivait seule. Elle était, avouons-le, belle comme tout, mais les habitants du douar se méfiaient d’elle. On racontait beaucoup de choses à son insu. Certains disaient même qu’elle était sorcière. Mais seule la femme connaît la femme. Sa voisine, la maîtresse de Kzimar disait qu’elle était ogresse !!! « Qu’est ce que tu racontes ? lui disait son mari. Comment oses-tu dire du mal d’une pauvre femme ? Ne sois pas jalouse!».

    Un jour la belle femme rencontra le mari, l’aborda tendrement et lui dit:
    "Hier je t’ai apporté un délicieux plat que tu goûteras bassahha ouraha, mais votre chien Kzimar m’a empêché d’approcher votre maison".
    Le lendemain, elle prit son plat de couscous sous sa cape et se dirigea vers le logis de ses voisins tout en chantonnant:
    "Aujourd’hui je mangerai le voisin, demain, je me lècherai les babines» (allila nakoul jjar, ghadda nasladou).
    Kzimar l’entendit et commença à crier:
    « Je te jure que jamais tu ne mangeras le voisin tant que Kzimar sera à la maison (oullah matakoul jjar, mahad Kzimar faddar).

    La même scène se répéta plusieurs fois.

    La pauvre et belle femme selon le mari, l’ogresse selon sa femme, se plaignit encore de Kzimar « le méchant ».
    Le mari alors décida d’attacher le chien. Mais la voisine prétendit avoir peur de Kzimar même attaché et demanda à ce qu’il soit tué. A ce sujet une dispute éclata entre le mari et sa femme. Celle–ci menaça de quitter la maison si son époux osait toucher à Kzimar. Le mari aveuglé par le discours mielleux de la voisine céda à la demande de celle-ci et tua le chien. Et sa femme de quitter la maison.

    Le jour d’après, la voisine revint avec un autre délicieux plat de couscous en répétant : « llila nakoul jjar, ghadda nasladou » et Kzimar , même mort, de répliquer « oulla matakoul jjar, mahad Kzimar faddar » .
    La belle voisine protesta devant le mari, prétendant que rien que la vue de Kzimar lui faisait peur et qu’elle se trouvait dans l’incapacité d’offrir à son voisin ce qu’elle lui apportait. Le mari prit alors le chien mort et le jeta loin de la maison. Le jour d’après la voisine revint, toujours le plat de couscous à la main en scandant « llila nakoul jjar, ghadda nasladou » et le sang de Kzimar de grogner « oullah matakoul jjar, mahad dam kzimar faddar ».
    Le mari nettoya minutieusement le parterre. L’ogresse vint alors, trouva le champ libre, s’infiltra dans le logis du mari et sans que celui-ci eût le temps de s’en rendre compte, le prit par la gorge et lui dit:
    "Maintenant je vais te manger, par où veux-tu que je commence ?
    _Commence par la tête qui n’a pas écouté sa femme!"

    Et lamhajya est allée avec la rivière et moi je suis resté avec les bonnes gens. 
    ( lamhajya mchat m3aloued ouana b9it m3aljouad) 

    Auteur: Fandlaoui 

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    Merci Fandlaoui de ton conte de KZIMAR, qui me rappelle les belles nuits d'autrefois, lorsque l'une de mes grand-mères, et particulièrement celle du côté maternel, alors qu'il faisait très froid, nous récitait autour du Kanoun les contes de Mama Lghoula (mère l'ogresse), ou du cavalier téméraire qui bravait tous les obstacles (froid, neige, rivières, serpents, loups et lions, pirates etc...) pour parvenir à libérer sa belle. Elle parlait, et parlait encore, et encore, jusqu'au moment où personne ne lui disait: "aiwa" (et puis). Elle nous transportait alors, la pauvre, nous les petits, un par un, pour nous placer, alignés l'un à côté de l'autre, dans la chambre où elle nous couvrait d'un grand et lourd tapis en laine. Le matin, je me réveillais avec l'histoire encore en tête. QUE DIEU AIT TOUS NOS PARENTS ET GRANDS PARENTS EN SA SAINTE MISERICORDE. AMEN. 

    Auteur: mghili  

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