• L'Ahjar d'Almankaâ

    Je tiens à tirer une majestueuse révérence à mon ami Toumi pour le souvenir qu’il a relaté : la culture du chanvre. Ta narration m’a rajeuni de plus de cinquante ans. Je revois encore Bellahlal, que dieu ait son âme, accroché à son «hourgal» à sdi mamnhou, en pleine activité, séparant « eshage » du « chtab » du chanvre en tapant sur sa « jabya » .
    Tu es vraiment mon cher Toumi une grosse pierre du « mounka3 » «hajra dalmouka3» comme on dit encore chez nous sans savoir peut être ce que cela signifie. Bravo!

    Auteur:
    Fandlaoui

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    Effectivement mon cher Fandlaoui, tu t'es "planté " et tu as employé l'expression de " Hjar Al mankaâ " dans un sens complètement different de ce que tu voulais faire ! L'expression elle-même n'est pas un compliment destiné à quelqu'un. Elle est plutôt un reproche voire une insulte. Cela dépend des circonstances. On traite quelqu'un de cette expression lorsqu'il est immobile, paresseux, qu'il ne bouge pas, qu'il reste assis toujours au même endroit ce qui est le cas des pierres "D'ALMANKAÂ ".
    Ce sont des pierres qui demeurent fixes toute l'année, qui ne bougent pas.
    Sans prétention de ma part et avec toute modestie j'ai compris que tu voulais me faire un compliment pour mon récit  concernant la culture du chanvre, et le sens que tu voulais donner aux pierres était plutôt le sens de la sagesse, ou quelque chose d'essentiel, ou d'important. Je ne te tiens pas rigueur pour tes propos car tu as reconnu toi-même que tu ne savais pas exactement la signification (tu as bien fait de le dire!).
    Donc j'ai jugé bon de t'expliquer cette expression - à toi et aux autres qui ne la connaissent pas -  comme je l'ai vécu, et ressenti au moment où mes oreilles sifflaient de l'entendre car je l'ai entendu de la bouche de mes parents plus d'une fois, et j'étais conscient de la raison pour laquelle ils l'utilisaient à mon encontre! Le sens était clair et net !
    Je te remercie de m'avoir donné l'occasion de parler de cette expression car j'ai voulu le faire précédemment dans mon texte, et vu que je n'avais pas assez de place, je pensais le faire plus tard. Donc tu m'as aidé à enchaîner sur mon sujet d'avant . Ce n'est pas la seule expression que les anciens utilisaient - et dont j'ai fait "les frais " maintes fois moi-même - mais il y en a d'autres dont je n'ai compris la signification que plus tard, à l'âge de 30 ou 40 ans. Quand on est jeune, on mémorise ; et plus tard on décode ! d'ou l'importance de ce site qui pourrait nous faciliter les échanges et nous amener à réviser " Aswarna "(nos leçons coraniques ) et à laisser un témoignage à nos enfants et aux générations futures.

    Je me rappelle quelques anecdotes concernant cette expression, lorsque ma mère ou d'autres femmes voulaient traverser " ASSAFAH ": elles étaient gênées par le regard des anciens qui étaient assis et alignés comme " l'Ahjar d'Almankaâ " au pied de la falaise de ASSAFFAH. J'ai entendu ma mère répéter cette phrase plusieurs fois avec un ton de colère et de mécontentement. Souvent ces anciens étaient alignés en train de discuter entre eux ou de confectionner des coufins, des Zenbiles, des fils de Doums (Lahbals ), des (Salba )pour la charrue.
    Ou tout simplement ils étaient là à ne rien faire, à attendre, attendre que le temps passe, ou regarder, détailler et critiquer les passants, jeunes ou moins jeunes, hommes ou femmes, gens du pays ou " Ahl Barra ". Il fallait trouver un sujet de conversation, et peu importait le prix. Donc je comprenais la colère de ma mère! C'était "Jmaâ "d'oulad abdelaziz. Tous ces anciens sont morts , allah Yarhamhoum. Il y avait : Rguigue, Fafouch, ould Lahcen Al kamla qui donnait
     "le mauvais oeil" et qu'on craignait beaucoup, cheikh ould Allal, Bellahlal, Assou ben Rahhou et son frère si mohamed,  Ben Kerou, Boutahar et la liste est longue !
    J'arrête mon cher Fandlaoui car je commence à avoir les " boules ", le coeur serré et la main qui tremble ! Ces souvenirs font naître en moi une nostalgie douloureuse et me donnent envie de chialer!
    N'oublions pas que chaque douar avait cette assemblée d'anciens " JMAÂ " et nous - les jeunes de l'époque - on les traitait de " Shabe Arzaz " ou de "Hjar Almankaâ " car le conflit de générations a toujours existé !

    Auteur:
    toumi10

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    Cher Toumi, je reviens sur ce beau témoignage pour une simple remarque: depuis quelques années, à chacun de mes séjours à El Menzel, je me transforme volontiers en Hjar Almankaâ, et je passe des heures à ne rien faire, à regarder les passants et les passantes, à commenter et critiquer la tenue, ou l'évolution sociale, ou le vieillissement des uns, des unes et des autres avec quelques amis, et je trouve cela très agréable.
    Le conflit des générations, comme tu le dis, a toujours existé, et tout jeune devient un jour un vieux et imite ceux dont il s'est autrefois moqué.
    Les jeunes passent, et les Hjar Almankaâ restent...

    Auteur:
    froissart

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    En réponse à ton rectificatif relatif à l’expression « hjar lmounka3 », j’ai peur que tu ne te trompes mon cher Toumi. Cette expression est souvent associée à une autre « hargal oumargal », ce qui connote la résistance, la patience et l’endurance. Aussi le sens de la première ne peut être indépendant de celui de la deuxième. Quoi qu’il en soit, il est peut être jute de dire que l’expression est polysémique comme beaucoup d’autres. C’est la nature du langage dialectal, oral qui, parce qu’il n’est pas écrit, devient, par la nature des choses, quand il sort du cadre spatio-temporel où il est pratiqué, moins précis et plus fluide.
    Ceci dit, en attendant la sortie de notre ami Mghili de la très sympathique cérémonie qu’il a organisée en l’honneur de notre « ancien et nouvel ami froissart », laisse-moi te poser une question.
    Toi qui ne voulais pas divulguer ton douar d’origine, (je pensais que c’était parce que tu ne voulais pas limiter ta dimension à un simple individu, tu désirais garder ton statut de personnage à la balzacienne, plus riche et plus fécond - et j’avais, au début, apprécié ton choix), maintenant tu t’es fait prendre dans ton piège. D’abord en qualifiant les badauds d’ouled abdelaziz de « hjar lmounka3 ». (C’est la même remarque que faisait ma mère. Mais elle les comparait à des twachar de feu (brazéros). Et elle préférait emprunter les sentiers sinueux de bou3raïs. Et chaque fois qu’elle devait passer devant eux, elle disait « 3inakom fagdam oufakom ittahdam). Ensuite en donnant à monsieur Froissart toutes les précisons sur ta scolarité, sur les personnes qui étaient en classe avec toi, la belle Naïma par exemple, tu viens de donner à Mghili une précieuse information pour nous identifier et tirer sur nous à bout portant. Mais ne t’en fais pas, je serai toujours là pour te protéger. Nous les kalâoui, nous avons toujours été les remparts des béni yazgha.

     Auteur: Fandlaoui


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