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Historique du 18e Bataillon de Tirailleurs Sénégalais
Imprimerie L. Fouque – Oran
numérisation : P. Chagnoux - 2009
MAROC ORIENTAL
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TERRITOIRE DE BOU-DENIB
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POSTE DE GOURRAMA
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HISTORIQUE
DU
18e Bataillon de Tirailleurs Sénégalais.
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Imprimerie Typographique et Lithographique L. FOUQUE
4 et 8, Rue Thuillier (Place Kléber)
ORAN
1920
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Historique du 18e Bataillon de Tirailleurs Sénégalais
Imprimerie L. Fouque – Oran
numérisation : P. Chagnoux - 2009
MAROC ORIENTAL
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TERRITOIRE DE BOU-DENIB
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POSTE DE GOURRAMA
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HISTORIQUE
DU
18e Bataillon de Tirailleurs Sénégalais.
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Par dépêche ministérielle en date du 3 novembre 1914, le Ministre de la Guerre prescrit que les
bataillons formant le régiment de marche des tirailleurs sénégalais, commandé par le colonel
LAVENIR d'abord et le colonel MÉRIENNE-LUCAS ensuite, seront dirigés sur le Maroc et
formeront trois bataillons à deux compagnies chacun.
Le régiment est dissous, à la date de l'embarquement des trois bataillons pour le Maroc, le 19
novembre 1914.
Un des trois bataillons devient le 18e bataillon sénégalais, sous les ordres du chef de bataillon
LARIBE.
Il est constitué d'abord à deux compagnies et arrive avec un effectif réduit à Casablanca. Ayant
reçu successivement des renforts, il se forme à quatre compagnies dont une S. M.
Cette constitution s'opère à Casablanca d'abord et à Sidi-Ali ensuite. En pleine forme, le 18e
bataillon sénégalais escomptait son embarquement, au printemps 1915, pour le front de France.
Cette satisfaction ne lui fut point donnée et, fin mars 1915, il renforçait les effectifs de la
subdivision de Fez qu'il ne quittera que pour partir le 14 décembre 1918 pour le territoire de Bou-
Denib.
Le 18e bataillon sénégalais n'a donc pas opéré sur le front de France, mais la suite nous apprendra
que toutes les fois qu'il en eût l'occasion sur le front marocain, il sut être à la hauteur du renom des
troupes coloniales.
(Du 1er avril 1915 au 23 avril 1917.)
Le 18e bataillon sénégalais ne fait pas partie du G. M. de Fez.
A lui, la tâche ingrate de l'occupation de nombreux postes de la subdivision de Fez : Tissa, Aïn-
Sbitt, Matmata, Séfrou, El-Menzel, Tarzout, Annoceur, etc.
L'aménagement de ces postes, les travaux de piste, les escortes de convois ne surprennent pas les
Sénégalais et leurs cadres. Tous se montrent pleins d'entrain ; leur vigilance ne se ralentit pas un
seul instant dans les diverses régions de la subdivision, souvent difficiles à surveiller à cause des
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ravinements profonds que les dissidents utilisent à merveille pour nous surprendre.
A citer pourtant avec détails deux faits d'armes accomplis par un peloton de la 3e compagnie à
Tarzout et par la 4e compagnie à Matmata, ainsi qu'une tournée de police dans la région des Beni-
Ouarraïn.
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ATTAQUE DU POSTE DE TARZOUT
(16 juin 1916.)
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Le poste de Tarzout était en construction ; ses défenses accessoires étaient rudimentaires et ses
parapets inachevés.
Parmi les troupes du poste se trouvait le 2e peloton de la 3e compagnie sous les ordres du souslieutenant
MONTANIER, son effectif était : 3 sous-officiers européens et 62 Sénégalais.
L'attaque du poste eût lieu le 16 juin à 0 h.30 par des dissidents très nombreux (Aït-Tchérouchen et
Beni-Ouarraïn).
Le peloton sénégalais eût pour mission la défense de la face sud du poste. L'effort des assaillants fut
particulièrement tenace sur cette face. Ils s'avancèrent même jusqu'aux fils de fer, qu'ils essayèrent
d'enlever, mais les Sénégalais, électrisés par leurs gradés E et I, font merveille et nullement
impressionnés par les pertes subies, tirent sans discontinuer sur les dissidents, qui doivent reculer
sur une position située à 400 mètres, laissant leurs tués et blessés dans les fils de fer.
Au jour, l'ennemi est moins mordant, il tiraille des environs, mais ne risque pas l'assaut. Les
Sénégalais les attendent d'ailleurs sans que la fatigue ait diminué leur entrain. Pendant la nuit du 16
au 17, tous les valides sont à leur poste, mais l'ennemi ne réédite pas son attaque. Le 17, la colonne
de secours vient débloquer le poste.
Au cours de cette attaque où le peloton tira 7.300 cartouches, il eût malheureusement à déplorer les
pertes suivantes :
BANDIOUGOU-KONATÉ, sergent, matricule 9028, tué ;
MOURRADOU-DAOUDA, caporal, matricule 8860, blessé ;
BILA KONÉ, 1re classe, matricule 6829, blessé ;
DONIOU OUATTARA, 2e classe, matricule 2639, blessé ;
ALLISSIMÉ BALÉ, 2e classe, matricule 2675, blessé ;
BOLI DEMBÉLÉ, 2e classe, matricule 10595, blessé ;
DIANGANA COUROUBALY, 2e classe, matricule 2488, blessé ;
NANPANGA COULOBALY, 2e classe, matricule 10623, blessé ;
ZIÉ OUATTARA, 2e classe, matricule 2653, blessé ;
NATI KADIAGO, 2e classe, matricule 21238, blessé ;
KONIANÉ BAHAYOKO, 2e classe, matricule 2566, blessé ;
KOUFOUGA SILNÉ, 2e classe, matricule 2549, blessé.
A la suite de cette affaire les récompenses suivantes furent accordées : citations à l'ordre des troupes
du corps d'occupation du Maroc (Ordre du général, n° 12, du 6 juillet 1916).
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MONTANIER, sous-lieutenant au 18e bataillon sénégalais :
« Pendant les assauts répétés donnés au poste de « Tarzout »par un ennemi dix fois supérieur en
nombre, au cours des journées des 16 et 17 juin 1916, a remarquablement dirigé ses hommes, et,
par son sang-froid et son endurance, a, malgré une extrême fatigue, obtenu de son détachement le
rendement maximum. »
BANDIOUGOU-KONATÉ, sergent, matricule 9028 :
« Pendant l'attaque furieuse contre le poste de Tarzout les 16 et 17 juin 1916 a été un auxiliaire
précieux pour ses chefs, donnant le plus bel exemple de courage et de mépris du danger. A été tué à
son poste de combat. »
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COLONNE DES BENI-OUARRAÏN
(1er au 15 septembre 1916.)
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Du 1er au 15 septembre 1916, les 2e et 4e compagnies et la section de mitrailleuses font partie de la
colonne commandée par le lieutenant-colonel THÉVENEY qui opère chez les Beni-Ouarraïn.
A signaler la journée du 4 septembre à la suite de laquelle les citations suivantes furent accordées à
des militaires du bataillon, savoir :
(Extrait de l'ordre général n° 35, de la subdivision.)
HURUGUEN (Eugène), sergent-major du 18e bataillon sénégalais :
« A l'attaque du poste de l'Oued-Matmata, a appuyé vigoureusement, avec sa section, l'attaque de
la cavalerie et, par ses dispositions rapides, a empêché les assaillants d'exécuter un grand
mouvement enveloppant. Très énergique. A fait campagne en France au début des hostilités ; est
revenu au Maroc après blessure (jambe droite traversée par une balle). » (Croix de guerre avec
étoile d'argent.)
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(Extrait de l'ordre général n° 36, de la Colonne.)
SERCEAU (Louis), sergent au 18e bataillon sénégalais :
« Le 4 septembre 1916, chez les Beni-Ouarraïn, étant adjoint au chef d'une section de mitrailleuses,
s'est distingué en se portant à une pièce enrayée pour la réparer, puis, en restant en arrière pour
assurer le transport du matériel sur une position de repli sans s'inquiéter du feu très violent auquel la
section n' a cessé d'être soumise pendant tout le combat. » (Croix de guerre avec étoile de bronze.)
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KONIA-DOUMBIA, 2e classe, 18e bataillon sénégalais :
« Aide-chargeur de la section de mitrailleuses du 18e bataillon sénégalais exposée à un feu très vif
au combat du 4 septembre 1916, a été blessé à la jambe, a refusé de se laisser porter malgré l'ordre
du chef de section et a rejoint le poste de secours en rampant. » (Croix de guerre avec étoile de
bronze.)
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(Extrait de l'ordre de félicitations n° 551 – P. 2 du 30 novembre 1916.)
BOURDIN (Léopold), soldat de 1re classe, au 18e bataillon sénégalais :
« Le 4 septembre 1916 au combat de Kébour-Youa, contre les Beni-Ouarraïn, a fait preuve du plus
beau courage en réparant sa mitrailleuse enrayée, sous un feu violent, malgré la blessure d'un des
servants de sa pièce. »
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ATTAQUE DE LA PROTECTION DE LA CORVÉE D'EAU ET
DE CETTE DERNIÈRE AU POSTE DE MATMATA
(7 avril 1917.)
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La 4e compagnie sous les ordres du capitaine SELVY tenait garnison à Matmata.
Au lever du jour, le 7 avril 1917, la grande garde, protection de la corvée d'eau, éclairée comme
d'habitude par des cavaliers, avait pris son emplacement habituel sans rien remarquer d'anormal,
lorsque, vers 7 h.15, deux forts groupes de Beni-Ouarraïn, évalués à environ 400 hommes, tant
cavaliers que fantassins, débouchant, l'un de la vallée située dans la direction est de l'Oued-
Matmata, l'autre par l'Oued-Ifrane, à 100 mètres environ plus au nord, ont attaqué : le premier de
ces groupes, le petit poste composé de 8 hommes sous les ordres du caporal ALAMINA PATÉ,
tuant six de ces derniers et blessant le caporal commandant ce poste ; en même temps, l'autre
groupe qui avait profité des accidents de terrain très prononcés, fonçait avec impétuosité sur les
hommes de la corvée d'eau, tuant 3 européens territoriaux, 3 sénégalais et blessant 2 autres
sénégalais.
Dès les premiers coups de feu, la compagnie prit le poste de combat.
En même temps, une sortie a été faite par le capitaine SELVY, à la tête de 80 tirailleurs de l'unité
afin de pouvoir secourir les blessés, le petit poste, les vedettes et les hommes composant la corvée
d'eau.
Malgré la supériorité de l'adversaire, les difficultés du terrain, ce détachement de secours a pu, après
une lutte qui a duré 3 heures, ramener 4 blessés atteints plus ou moins grièvement, 12 morts dont les
corps ne portaient aucune trace de mutilation, 3 baïonnettes et des cartouchières pleines de
munitions.
Afin de faire un emploi judicieux du terrain et de pouvoir secourir sans trop de risques les hommes
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gravement exposés, les dispositions suivantes ont été prises.
Une section sous les ordres du sous-lieutenant COLLARD a immédiatement pris position sur
l'emplacement de la grande-garde, qui avait commencé un mouvement de repli sur le poste. Cet
officier a fait preuve pendant 3 heures, d'un calme et d'un sang-froid remarquables en maintenant sa
troupe sur une position exposée et en prévenant tout mouvement d'enveloppement de ce côté-là.
L'autre section, sous le commandement du sergent-major BLANC, s'est portée immédiatement au
secours des Mokhaznis sur le point d'être enveloppés ; cette section qui se trouvait à peine à 80
mètres d'un fort parti ennemi a fait preuve du plus grand entrain et de bravoure en soutenant
pendant trois heures un combat contre un adversaire résolu et quatre fois supérieur en nombre.
Au cours de cette affaire qui fut une grosse attaque, nous eûmes malheureusement à déplorer les
pertes suivantes :
MAMOURY KEÏTA, tirailleur de 1re classe, tué ;
BENGALI KONDÉ, tirailleur de 2e classe, tué ;
DEMBA DIALLO, tirailleur de 2e classe, tué ;
KOLIGUMO, tirailleur de 2e classe, tué ;
BALA OUATTARA, tirailleur de 2e classe, tué ;
MÉDIKO BALI, tirailleur de 2e classe, tué ;
GAUKOUTARA, tirailleur de 2e classe, tué ;
KANGA SEKOUGO, tirailleur de 2e classe, tué ;
BAKARY COUROUBALY, tirailleur de 2e classe, tué ;
ALAMINA PATÉ, caporal, blessé ;
KONIANTÉ TANGARA, tirailleur de 2e classe, blessé ;
DAUBÉ TUO, tirailleur de 2e classe, blessé ;
PENTÉGUÉ SORO, tirailleur de 2e classe, blessé ;
MABA SORO, tirailleur de 2e classe, blessé.
Plus la perte de 10 fusils, 12 baïonnettes et 6 mulets avec leur harnachement.
Les récompenses suivantes furent accordées :
Ordre général n° 57, du 24 juin 1917
A la suite de l'affaire du poste de l'Oued-Matmata (7 avril 1917), le général commandant la
subdivision de Fez, cite à l'ordre de la subdivision les militaires dont les noms suivent :
ALAMINA PATÉ, caporal au 18e bataillon sénégalais :
« Le 7 avril 1917, chef d'un petit poste attaqué par une centaine d'adversaires, s'est vaillamment
défendu avec ses huit hommes dont six ont été tués. Blessé dès le début de l'action, a continué à
combattre jusqu'à l'épuisement. »
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Ordre général n° 58, du 24 juin 1917
A la suite de l'affaire du poste de l'Oued-Matmata (7 avril 1917), le général commandant la
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subdivision de Fez, cite à l'ordre de la colonne les militaires dont les noms suivent :
BLANC (Gaston), sergent-major, 18e Sénégalais :
« Le 7 avril 1917, à l'Oued-Matmata, a par son attitude crâne, entraîné ses tirailleurs, sous un feu
violent à l'assaut d'une crête, dont il s'est emparé après une lutte très âpre et bien qu'elle était
défendue par un adversaire six fois supérieur en nombre, a permis ainsi de dégager un groupe sur le
point d'être enveloppé. »
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Ordre de félicitations du 24 juin 1917
A la suite de l'affaire de l'Oued-Matmata (7 avril 1917), le général commandant la subdivision de
Fez, adresse ses félicitations officielles aux militaires dont les noms suivent qui se sont
particulièrement distingués :
COLLARD, sous-lieutenant, 18e bataillon sénégalais :
« Le 7 avril 1917 a donné le plus bel exemple de courage en entraînant sa section sur une position
battue par un feu violent et sur laquelle il a réussi à se maintenir, paralysant ainsi le mouvement de
l'adversaire. »
COCURAL (Alphonse), sergent-fourrier, 18e bataillon sénégalais :
« Au cours de l'affaire du 7 avril 1917 à l'Oued-Matmata, a montré au feu, une très belle attitude,
ce qui lui a valu la confiance de ses tirailleurs, dont il a tiré le meilleur parti. A pu ainsi bien
seconder son officier de peloton. »
KANTARA KONATÉ, adjudant, 18e Sénégalais :
« S'est montré très crâne au cours de l'affaire de Matmata. Le 7 avril 1917, en parcourant le front
sous un feu violent des Beni-Ouarraïn, pour transmettre comme interprète, les ordres de son
capitaine. »
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Ordre général n° 73, du 25 décembre 1917
Le général CHERRIER, commandant la subdivision de Fez, cite à l'ordre de la subdivision le
tirailleur de 1re classe PENTÉGUÉ SORO, de la 4e compagnie du 18e bataillon sénégalais, pour le
motif suivant :
« Le 7 avril 1917, à Matmata, faisant partie d'une corvée d'eau attaquée par un fort groupe
d'adversaires, a été grièvement blessé, restant le seul survivant du combat. »
Le 23 avril 1917, les 1re, 2e et 3e compagnies et les 2 S. M. du bataillon entrent dans la composition
du Groupe Mobile de Fez. La 4e compagnie reste au poste de Matmata.
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Une opération du G. M. était décidée pour mai chez les Izhranes, à l'est et au sud-est d'El-Menzel ;
mais dès mi-avril ces dissidents font preuve d'activité et viennent inquiéter les Yazra (tribu soumise
que protège El-Menzel). En conséquence le commandant de la subdivision décide d'envoyer en
avant-garde à El-Menzel, un détachement sous les ordres du commandant LAURENT, composé
des 1re, 2e, 3e compagnies du 18e T. S. et de ses S. M., 2 compagnies du bataillon d'Afrique
CLOITRE, 3 pelotons de cavalerie, une section de 75 et une section de 65. Sans incidents, ce
détachement arrive le 24 avril à El-Menzel. Il aura à opérer au sud et au nord du poste, dans la
riche vallée qui a son origine à Dar-Caïd. Les Beni-Yazra, tous baroudeurs, sous les ordres directs
du Caïd, chef énergique et brave, ont vu arriver le détachement avec joie et lui promettent une aide
fidèle contre les dissidents izheranes leurs ennemis irréductibles.
Le 27 avril, le détachement LAURENT (moins une compagnie blanche et la batterie de 75 restées
en réserve au poste) opère une reconnaissance au point du jour au plateau de Chantaoura, à 7
kilomètres au sud d'El-Menzel. Le terrain est rocailleux mais peu coupé, les collines de Dar-Akoun
et Chantaoura seront de bons emplacements de batterie. Le cas échéant également nos sections de
mitrailleuses constatent qu'elles pourront faire de la bonne besogne si les dissidents persistent à
vouloir attaquer Dar-Caïd, comme certains renseignements l'indiquent. La reconnaissance rentre le
soir à El-Menzel.
Le 28 avril, le détachement (moins une compagnie blanche et la section de 75 en surveillance)
quitte en toute hâte le camp d'El-Menzel, à 11 heures, pour Chantaoura ; le service des
renseignements vient de recevoir le renseignement qu'une harka de dissidents se porte sur Aïn-
Ageri située à quelques kilomètres est de Chataoura sur ce dernier point.
La poudre va parler ; tout le monde est content et les Sénégalais en particulier témoignent leur joie
par le « Y en a bon » traditionnel. On marche à une allure de 6 kilomètres à l'heure ; il faut
devancer, en effet, les dissidents et pouvoir occuper les positions reconnues la veille, lesquelles
commandent la riche vallée d'El-Menzel. Dès 13 heures, des groupes nombreux de dissidents sont
découverts, mais ils se tiennent à grande distance, et se dispersent finalement, renonçant à attaquer
Dar-Caïd. Le détachement rentre à El-Menzel à 19 heures sans avoir eu à intervenir.
Le 29 avril, le S. R. apprend que dès le point du jour, les Beni-Ouarraïn avaient attaqué les mechtas
des Beni-Yezra au sud de Dar-Akoun.
En toute hâte, le détachement fait ses préparatifs. A 6 h.30, le groupe comprenant 5 compagnies
(moins un peloton, garde du camp d'El-Menzel et la batterie de 75 qui prend position près du
camp, surveillant la partie sud de la vallée), une section de 65, 3 pelotons de cavalerie, 2 S. M. s'est
mis en marche et a occupé à 7 h.50 les hauteurs au nord de Dar-Akoun, entre le village de Taghout
et de la colline Chantaoura, peut-être occupée par les Beni-Ouarraïn. Les partisans de la tribu
occupent les collines au nord de Chantaoura et les mechtas à l'ouest de Taghout.
A 8 heures, un groupe de Ben-Ouarraïn se montre sur une crête située à 3 kilomètres, 100 au sud-est
du P. C. lequel se trouve à l'arbre en boule (colline de Dar-Akoun).
La section de 65 commence immédiatement un tir, qui, dès réglage, devient rapide, 27 obus sont
ainsi tirés et dispersent le groupe de dissidents beaucoup plus important qu'il n'avait d'abord paru
(200 cavaliers environ)
A 8 h.50, les partisans occupent la colline de Chantaoura préalablement évacuées par les Beni-
Ouarraïn.
En conséquence, le commandant du G. M. donne l'ordre à un peloton de cavalerie, une compagnie
sénégalaise, et à la section de 65, d'aller prendre position sur la Chantaoura. Il s'y porte en
personne. Pendant le trajet, les Beni-Ouarraïn se sont encore retirés (plus au sud). A 10 heures, la
cavalerie des partisans sous le commandement du lieutenant GIRAUD, du S. R., explore les crêtes
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au sud de Chantaoura et au sud-ouest jusqu'à Taghout et Tighit. Les partisans tirent quelques
coups de fusil sur les derniers dissidents qui battent en retraite vers l'est. A 10 h.50, toute la région à
5 kilomètres au sud de Chantaoura est abandonnée par les Beni-Ouarraïn.
Vers 10 heures, un rekkas apprend que le village de Ternara situé au nord-ouest d'El-Menzel avait
été attaqué à 9 heures par une autre fraction de Beni-Ouarraïn.
La section de 75 qui occupait toujours sa position de surveillance a tiré 55 obus sur les dissidents.
Le poste envoie 10 obus de 80.
Avec ce secours, les partisans suffisent à refouler cette fraction qui, d'après les renseignements du
lieutenant GIRAUD, aurait eu 15 tués et plusieurs blessés.
Six cadavres furent rapportés au poste.
Du 30 avril au 12 mai, le détachement opère diverses sorties au sud et au nord du poste, mais les
dissidents sont refroidis et ne paraissent plus. Entre temps, la piste « El-Menzel - Dar-Caïd » est
construite ; il faut en effet que les 75 du G. M. de Fez, qui est attendu à El-Menzel, puissent se
porter chez les Izheranes. Les Sénégalais font preuve d'entrain et les travaux sont rapidement
menés.
Le 13 mai 1917, les éléments métropolitains du détachement d'avant-garde d'El-Menzel, rejoignent
leurs corps respectifs, arrivés la veille, avec le G. M. de Fez ; les éléments coloniaux du G. M. de
Fez, sous les ordres du chef de bataillon LAURENT, comprendront les 1re, 2e compagnies, 1
peloton de la 3e compagnie et 2 S. M. du 18e bataillon sénégalais (un peloton de la 3e reste à El-
Menzel pour renforcer la garnison) et la compagnie du capitaine ROSFELTER avec 1 S. M., du 6e
bataillon colonial arrivée avec le G. M.
14 mai 1917. - EXTRAIT DE L'ORDRE GÉNÉRAL N° 6
Le G. M. se portera dans la direction d'Aïn-Agérie.
A) Mouvement. - Le mouvement s'exécutera en 2 colonnes ; la colonne principale comprendra tout
le G. M. ; les éléments suivants qui formeront une colonne secondaire (colonne de droite sous les
ordres du chef de bataillon LAURENT), cavalerie 1 peloton, infanterie une compagnie (compagnie
ROSFELTER) ; un peloton compagnie VIGNES, artillerie 1 section de 65, lieutenant
AMBLARD ; S. de M. BOUTRY, SÉGUIN, RISTORI ; T. R. convoi, troupeau.
B) Colonne principale. - La colonne principale se porte dans la direction indiquée ci-dessus, par
les crêtes bordant le Schounda.
1° Groupe avant gauche bataillon CLOITRE ; 2 pelotons cavalerie ; 2 sections de 65 ; partisans ;
Moghaznis.
2° Groupe du centre et o/o de marche de ce groupe. Groupe de l'État-Major ; chasseurs d'Afrique ;
Génie ; 2e compagnie sénégalaise (capitaine ROUSSEL) ; batterie de 75 de campagne ; S. M. de
réserve du G. M. (section DERIEN) ; ambulance ; section de munitions ; 1re compagnie de Légion.
3° Groupe arrière gauche bataillon GIRON ; cavalerie ; artillerie.
4° Groupe de gauche, formant flanc garde marchant à hauteur du groupe du centre ; bataillon
KNECHT ; cavalerie ; artillerie.
C). - La colonne secondaire commandant LAURENT (colonne de droite) se portera par la vallée de
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l'oued, maison du Caïd, dans la direction d'Aïn-Agérie où elle rejoindra la colonne principale. Elle
se règlera sur cette dernière et couvrira particulièrement son flanc droit lorsqu'elle aura dépassé le
plateau de Chantaoura.
D). - Réveil 4 heures. Départ 5 heures pour l'élément de tête du groupe CLOITRE.
Le lieutenant-colonel TISSEYRE commandant le G. M. marchera entre le groupe du centre et le
groupe d'avant-garde.
Observations. - La 2e compagnie sénégalaise capitaine ROUSSEL, qui fait partie de la colonne
principale, rejoindra directement cette colonne sur la crête immédiatement à l'est de l'Oued-
Schounda environ un kilomètre au sud d'El-Menzel.
Les éléments du G. M. qui marcheront avec le commandant LAURENT, T. R., convoi, souk,
troupeau, seront rassemblés à 5 heures sur le mamelon situé immédiatement à l'ouest du poste d'El-
Menzel.
Groupe LAURENT. - Conformément à l'ordre général n° 6, le groupe LAURENT, colonne
secondaire, s'est mis en route à 5 h.05.
Ordre suivant :
Avant-garde et flanc-garde de droite : lieutenant DURET (cavalerie) ;
Compagnie coloniale : ROSFELTER ;
S. M. : lieutenant RISTORI ;
1re compagnie sénégalaise : capitaine CALENDINI ;
S. M. : lieutenant BOUTRY ;
T. R., convoi, souk, troupeau ;
Arrière-garde : S. M. lieutenant SÉGUIN, 1 peloton de la 3e compagnie sénégalaise avec le
capitaine VIGNES escortant le convoi.
Aucun événement à signaler jusqu'à une colline située à environ 2 kilomètres au sud-ouest du
plateau de la Chantaoura où l'avant-garde du groupe arrive à 7 h.45.
Flanqué à droite par de la cavalerie (lieutenant THUET) deux compagnies d'infanterie, 1 S. M., 1
section de 65, prennent position sur la dite colline.
Le commandant du groupe donne l'ordre au lieutenant AMBLARD, commandant la section de 65,
de tirer sur une colonne occupée par des dissidents et sur quelques mechtas à 2 kilomètres 500
environ du sud-ouest.
Le tir paraît très efficace.
A 8 h.45 le peloton de cavalerie et la compagnie ROUEN du bataillon CLOITRE sont adjoints au
groupe.
Le convoi est défilé.
A 9 h.30 la compagnie ROUEN a mission d'assurer spécialement la protection du convoi.
Le convoi est détaché du groupe LAURENT, et suit au centre de la colonne un chemin indiqué sur
le terrain.
A 10 heures, le commandant du groupe colonial reçoit l'ordre de se porter plus au sud-ouest (1
kilomètre 500) sur une colline.
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Le mouvement est exécuté en formation diluée. La cavalerie qui nous couvre met les F. M. en
position et tire efficacement sur les crêtes. Aussitôt en position, la section de 65 bombarde
efficacement les mechtas situées au sud-ouest de la Mechta à l'Arbre en boule. Le tir paraît très
efficace.
A 11 h.50, le commandant du groupe reçoit l'ordre de se porter sur les hauteurs de Dar-Kelloc. Le
mouvement s'exécute par progressions successives des diverses unités. Le terrain est très raviné, il
faut être prudent, mais la marche par échelons produit de bons résultats. Les T. S. tirent sans
énervement. La section de 65 suit un cheminement défilé ; à 12 h.25 la Mechta est occupée. La
section de 65 met en batterie sur le versant sud-ouest du mamelon et tire sur des troupeaux à 2000
mètres. La S. M. BOUTRY tire également sur ces troupeaux ; sur le flanc droit, la cavalerie tire sur
des fractions de dissidents.
A 1 h.30 le bataillon LAURENT vient occuper la face sud du camp. Le groupe colonial n'a eu
qu'un homme blessé légèrement.
Le 16 mai 1917, le groupe LAURENT participe à une reconnaissance effectuée au nord de Dar-
Kelloc par une partie du G. M. de Fez, dans un terrain raviné. Les Sénégalais continuent à bien se
tenir mais n'ont pas à barouder, ce sera pour le 17.
Ce jour-là, en effet, le G. M. rentre à El-Menzel.
Malgré le secret de la direction qu'il prendra, les dissidents flairent notre départ. Attention au
décrochage. Il fut assez dur pour la colonne F. G. de gauche que formait le groupe LAURENT
renforcé d'une section d'artillerie et d'un peloton de cavalerie. Il eut lieu vers 6 h.30 sur une crête
rocheuse qui se termine à l'ouest par un éperon très caillouteux qui surplombe l'Oued-Agérie.
Cette position était dominée par les crêtes que la colonne du centre du G. M. venait de traverser.
Mais une large coulée bien dégagée permettait une défense solide.
La crête fut occupée par la compagnie ROSFELTER et la S. M. RISTORI, par la section de 65
VAUTIER, par le peloton VIGNES et la S. M. SÉGUIN. La 2e compagnie et la S. M. BOUTRY
furent portées à 300 mètres en arrière de la crête de l'éperon.
La 1re ligne ne tarda pas à ouvrir un feu intense d'infanterie et d'artillerie sur des groupes nombreux
dévalant des crêtes en avant et à droite. Mais le piton le plus élevé, de l'axe de marche du groupe
central (situé à gauche du groupe LAURENT, ce groupe faisait face à l'ennemi) était encore tenu
par des éléments de l'arrière-garde. Juste au moment où le groupe LAURENT allait reprendre sa
marche par échelons sur Chantaoura, le piton fut évacué par les éléments qui l'occupaient.
L'ennemi devint alors excessivement mordant et non seulement le groupe LAURENT eût à faire
tête en avant et à droite, mais encore à gauche : les dissidents en poussant des cris arrivèrent très
nombreux sur le piton sus-indiqué et descendirent la coulée qui sépare ce piton de la crête occupée.
La S. M. BOUTRY fut ramenée en arrière et à côté de la S.M. RISTORI. Pendant 10 minutes : les
mitrailleuse, un peloton (ROSFELTER) et la section de 65, ouvrirent un feu violent sur le piton et
la coulée. (Le canon fit barrage à 400 m.). Cette surprise déconcerta les assaillants qui subirent
sûrement de grosses pertes.
Le flanc gauche fut soulagé ; seuls, le front et le flanc droit étaient encore sérieusement occupés.
A 7 h.20, le commandant du groupe demande une section de 65 comme renfort (un accident survenu
à une des pièces de la section VAUTIER rendait cette pièce indisponible).
Aucune section ne fut envoyée, mais le repli ultérieur du groupe fut facilité par le secours de
l'artillerie en position dans la plaine.
Ce repli commença à 7 h.25 (à 7 h.15 un peloton de la 2e compagnie et la S. M. SÉGUIN avaient
été envoyés sur la crête un peu au sud-ouest de l'axe de marche, sur la rive droite de l'Oued-
Agérie), par le peloton VIGNES, la S. M. BOUTRY et la section de 65, qui devaient aller occuper
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la crête où était déjà un peloton de la 2e compagnie. Ces éléments étant en position, le repli des
éléments qui restaient encore sur l'éperon rocheux s'effectua. Il était 7 h.55.
A 12 h.55, le groupe était au camp d'El-Menzel.
De 6 h.40 à 7 h.25, tous les éléments du groupe ont subi un fort choc, et pourtant il n'eût que deux
blessés légers (1 européen et 1 sénégalais). Je n'explique ces pertes minimes que par le fait du repli
effectué par échelons, ces derniers se protégeant réellement les uns les autres. Chacun fit son
devoir ; les Sénégalais se tinrent très bien, même lorsqu'ils eurent à effectuer des retours offensifs,
pour dégager certaines positions particulièrement menacées. Mais la section d'artillerie du
lieutenant VAUTIER mérite une mention spéciale.
Avec un calme imperturbable, cet officier a admirablement bien commandé sa section et a contribué
pour une large part au décrochage heureux du groupe.
Le 19 mai, le G. M. de Fez quitte El-Menzel, pour se porter sur Annoceur et Tazouta. Le groupe
LAURENT laisse à El-Menzel jusqu'à nouvel ordre la 3e compagnie sénégalaise.
Le groupe colonial du G. M. ne comprendra que les 1re, 2e compagnies, 2 S. M. du 18e T. S. et la
compagnie ROSFELTER du 6e bataillon colonial et sa S. M.
Étapes le 19 à Aïn-Tella (est de Séfrou), le 20 Annoceur. Le 22 mai 1917, le G. M. se porte sur
Tazouta par le col de Taguagueit. De ce col à Tazouta, le terrain est très coupé et couvert
d'arbustes. Les embuscades y sont faciles. Le groupe, devenu arrière-garde, devait ouvrir l'oeil. Les
canons de 75 roulant sur une piste non aménagée imposèrent de fréquents arrêts à l'arrière-garde,
mais les dissidents peut-être surpris par notre marche rapide sur Tazouta, n'inquiétèrent pas ce jourlà
la colonne. (Il n'en fut pas malheureusement de même quelques jours plus tard dans la même
région pour un bataillon métropolitain). A la nuit, l'arrière-garde occupait sa face au camp de
Tazouta.
La longue et pénible étape avait, certes, fatigué les tirailleurs et les marsouins, mais leur moral était
toujours très élevé et ce fut sans défaillance qu'ils occupèrent leurs tranchées, dont les travaux
d'aménagement avaient duré jusqu'à 22 heures, la nuit du 22 au 23, pour répondre aux coups de feu
tirés sur le camp, de l'oued longeant leur face à 2 ou 300 mètres de distance.
Oubliant encore la fatigue supportée la veille, le groupe LAURENT quitta le camp alerte et plein
d'entrain le 24 mai, pour aller assurer au col de Tagnagneit (14 kilomètres du camp) la sécurité des
travailleurs et la piste à aménager, dans le voisinage du col. Il n'eût pas à faire usage de ses armes.
Les dissidents continuaient à palabrer avant d'agir.
Du 25 mai au 7 juin 1917, les unités du groupe colonial sont successivement employées aux
travaux de piste et à la construction du poste de Tazouta confiée au chef de bataillon LAURENT.
Le 7 juin, le G. M. de Fez, moins le groupe LAURENT désigné pour poursuivre la construction du
poste et assurer la garde de la base constituée à Tazouta se porte sur Scourra, où devait se rendre le
G. M. de Meknès par Tarzout.
Seule, la S. M. mixte du lieutenant SÉGUIN fut distraite du groupe pour renforcer le groupe
CLOITRE (bataillon de chasseurs légers d'Afrique). En apprenant ce départ, la joie du lieutenant
SÉGUIN fut grande. Cité et blessé trois fois sur le front français, cet officier incarnait une bravoure
calme et résolue, associée à un dévouement au-dessus de tout éloge. La marche sur Scourra s'était
effectuée sans incidents ; il n'en fut pas de même de l'installation du camp. Placée en protection, la
S. M. SÉGUIN dût vite entrer en action contre un ennemi nombreux et mordant ; mais SÉGUIN
électrisant son personnel européen et sénégalais sût maintenir les dissidents à distance, leur
infligeant des pertes sérieuses.
Le 9 juin, les 2 G. M. de Fez et Meknès furent sérieusement accrochés dans leur marche Scourra –
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Tazouta, dans une région ravinée et couverte de broussailles ; la S. M. SÉGUIN fut à un moment
donné particulièrement assaillie, sur une position, d'où elle tirait sans discontinuer, pour faciliter le
repli d'échelons voisins. En peu de temps la section eût deux tireurs tués. La situation devenait
critique. SÉGUIN ordonna le repli pièce par pièce, et remplit même les fonctions de tireur à la
pièce restée en position. (Ce n'était pas le moment d'avoir un enrayage, déclara-t-il à son chef de
bataillon à son arrivée au poste de Tazouta.)
Quelques minutes plus tard, il était atteint d'une balle au côté gauche. Aidé par ses Sénégalais, il
rejoignait en arrière l'emplacement de la première pièce, non sans s'être assuré qu'aucun matériel
n'était oublié. Il passa le commandement de la S. M. à son sous-officier adjoint et bien qu'atteint
mortellement, il eût l'énergie de se maintenir à cheval, jusqu'à ce qu'il eût rejoint l'ambulance.
SÉGUIN fut soigné au poste de Tazouta d'abord et à l'hôpital de Fez, ensuite. Il souffrit
terriblement, mais sur son lit de douleur, il fit preuve jusqu'à la dernière minute d'un très grand
courage et d'une résignation stoïque. Il s'éteignit fin septembre et il eût à Fez des obsèques dignes
du héros qu'il était. Le 11 juin, par télégramme, le général commandant en chef, sur la proposition
du commandant du G. M. de Fez, avait octroyé au lieutenant SÉGUIN, la croix de Chevalier de la
Légion d'honneur.
-----o-----
Fin juin 1917, le G. M. rentre à Fez laissant au poste de Tazouta pour achever la construction des
bâtiments, les 1re et 2e compagnies sénégalaises sous les ordres du chef de bataillon. Entre temps, la
3e compagnie venue d'El-Menzel, travaille à la construction de la ligne téléphonique Séfrou –
Tazouta.
Le 20 juillet, le poste étant achevé, le chef de bataillon rentre à son tour à Fez avec la 2e compagnie
et une section de la 1re, 3 sections de cette dernière constituant la garnison du poste de Tazouta.
-----o-----
Du 22 juillet au 1er avril 1918, les unités du bataillon occupent différents postes de la subdivision
de Fez. Matmata (4e), Tazouta (1re), Annoceur - Séfrou (3e).
La S. H. R., les 2 S. M. et la 2e restent à Fez.
-----o-----
ATTAQUE DU BLOCKHAUS DE L'OUED-MATMATA
(4 février 1918)
---o---
Le 4 février 1918, vers 19 h.20 les Beni-Ouarraïn tentent de surprendre le blockhaus de l'Oued-
Matmata, occupé en permanence par un sergent, un caporal et 8 hommes de la 4e compagnie.
Grâce à la vigilance et au sang-froid du sergent BOUBAKARY, chef de poste, l'attaque échoua. Ce
sous-officier fut cité à l'ordre de la subdivision.
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Extrait de l'ordre général n° 76, de la subdivision en date du mars 1918
BOUBAKARY, sergent au 18e bataillon sénégalais :
« Le 4 février 1918, au cours d'une attaque de nuit de Matmata par un fort groupe d'adversaires
déterminés, a fait preuve comme chef de poste, de sang-froid et d'énergie, sans subir aucune perte,
et en a infligé à l'ennemi, l'obligeant à prendre la fuite. » (Croix de guerre avec étoile d'argent.)
................................................................................................................................................................
Le 2 avril 1918, les 3e et 4e compagnies, les 2 S. M. et la 1re compagnie blanche du bataillon de
mobilisés du Maroc, qui a été rattachée, pour le commandement, le 1er avril 1918, au 18e T. S., sont
désignées pour constituer un groupe, sous les ordres du chef de bataillon LAURENT, du G. M. de
Fez.
Le G. M. quitte Fez le 3 avril 1918 et arrive le 6 à son objectif, la crête des Aït-Mohand,
autrement désignée Tahala, sans avoir rencontré une résistance sérieuse de la part des dissidents. le
groupe LAURENT formait l'arrière-garde du G. M.
Les Beni-Ouarraïn s'étaient réservés pour la corvée d'eau qui allait se faire au jardin de Tahala à 3
kilomètres environ au sud de la crête occupée. La protection de cette corvée est confiée au groupe
Laurent renforcée de la compagnie montée, capitaine CATTIN, du Maghzen, sous-lieutenants
BRUNEL et ROLOND, et de 2 pelotons de spahis sous les ordres du lieutenant BONNEFOY.
Le Maghzen, le peloton BONNEFOY, la compagnie montée reçoivent comme objectif la crête
située à l'ouest du jardin.
La 3e compagnie sénégalaise a pour mission d'occuper les crêtes au sud-est du jardin. La compagnie
blanche DEYZEMERY doit le prolonger à l'est ; la 4e compagnie est gardée en réserve et comme
soutien de la section de 65 SADRIN, qui est placée sur une petite crête dominant le jardin à l'est et
proche de ce dernier.
Le demi-peloton BRUGUIÈRES est chargé de placer des vedettes sur le piton extrême de la
position à l'est.
A peine arrivés sur la crête située à l'est du jardin, le goum à pied et à cheval, le peloton
BONNEFOY, la compagnie de Légion montée sont sérieusement accrochés par un ennemi qui
s'était dissimulé dans le fond du ravin ; un corps-à-corps s'engage avec les dissidents qui font
preuve d'un grand mordant. En très peu de temps nous eûmes les pertes suivantes :
Maghzen. - 3 tués, 2 blessés, dont le sous-lieutenant BRUNEL ;
Cavalerie. - 1 indigène blessé ;
Compagnie de Légion. - 8 blessés dont les 3 officiers, 1 sergent et 1 homme tués ;
18e bataillon sénégalais. - 1 tué, le mitrailleur ZIMMERMANN de la S. M. BOUTRY ; 1 blessé, le
soldat CONQUET de la compagnie blanche.
La compagnie de Légion montée qui s'était engagée tout près du Ravin, se replie en bon ordre et
vient occuper la crête la plus rapprochée du jardin, prolongeant les 2 pelotons BONNEFOY qui
combattaient à pied sur la même crête. Peu de temps après, le lieutenant BONNEFOY ayant à faire
à un ennemi supérieur en nombre, demande du renfort et des cartouches. Le commandant du groupe
le fait relever par un peloton de la 4e compagnie sénégalaise et sa S. M.
Les 2 pelotons BONNEFOY reçoivent l'ordre d'aller renforcer sur le piton extrême à l'est, les 10
cavaliers de l'adjudant BRUGUIÈRES.
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Les fractions BOURDEAU, 3e compagnie sénégalaise et DEYZEMERY, compagnie blanche, sur
les crêtes du sud-est du jardin, s'étaient heurtées à un certain nombre de dissidents qui ouvrirent le
feu à 500 mètres. Ces dissidents furent repoussés par les feux de nos mitrailleuses et de nos F. M.
Pendant cette action, le mitrailleur ZIMMERMANN fut tué sur sa mitrailleuse. Le conducteur
CONQUET de la compagnie blanche, fut blessé, ainsi qu'un conducteur indigène de la section de
65.
A 13 heures, les 2 compagnies de renfort demandées par le chef de bataillon LAURENT au colonel
commandant le G. M. arrivèrent (une de ces compagnies, tirailleurs du bataillon FABRE) est
envoyée sur la crête à l'ouest du jardin pour prolonger la gauche du peloton ÉRARD (près de la
Mechta en feu). L'autre compagnie (21e compagnie de Légion du bataillon DESJOINS) fut placée,
un peloton en réserve au 65 et un peloton sur la lisière ouest du jardin, déjà occupée par une section
et la S. M. de la compagnie montée.
A partir de 14 heures les dissidents firent preuve de moins de mordant et furent copieusement
arrosés par toute l'artillerie du G. M. en position sur la crête Aït-Mohand et par la section
d'artillerie de 65 SADRIN, qui, à elle seule, tira 268 obus.
La corvée d'abreuvoir terminée, le groupe de protection rentra au camp à 19 heures sans être
inquiété par les dissidents qui ne tirèrent que quelques coups de fusil sur les éléments les plus à l'est.
Cette affaire fut chaude et malheureusement fut chèrement payée, mais indépendamment des pertes
sévères infligées à l'ennemi, elle eût l'avantage de refroidir le zèle des dissidents qui ne revinrent
plus attaquer dans la suite, la corvée d'eau.
A mentionner particulièrement la belle conduite du mitrailleur ZIMMERMANN. Cet enfant
d'Alsace, chef de famille, dégagé de toute obligation militaire, avait dès le début des hostilités,
contracté un engagement pour la durée de la guerre. Il trouva une mort glorieuse à son poste de
combat, remplissant ses fonctions de tireur avec un réel mépris du danger.
A la suite de cette affaire, les récompenses suivantes furent accordées :
Extrait de l'ordre général n° 91 en date du 30 mai 1918
(Citations à l'ordre de l'Armée.)
BRUNEL (Raymond – Émile), sous-lieutenant au 18e bataillon sénégalais, détaché au S. R. :
« Officier très brave déjà deux fois cité pour son cran. Le 6 avril 1918, au combat d'Arba de
Tahala, a magnifiquement enlevé ses cavaliers Maghzen, par deux fois, à l'attaque des crêtes
occupées par l'ennemi. A été blessé au cours d'un combat corps-à-corps. (Croix de guerre avec
palme.)
Le sous-lieutenant BRUNEL reçoit la décoration du Mérite Chérifien.
ZIMMERMANN (Antoine), 2e classe, mitrailleur au 18e bataillon sénégalais :
« Alsacien-Lorrain engagé au service de la France, a fait preuve de bravoure et de sang-froid sur
tous les fronts ; s'est particulièrement distingué, le 6 avril 1918, au combat de l'Arba de Tahala,
en servant sa mitrailleuse sous le feu violent d'un ennemi rapproché. Est tombé glorieusement au
cours de l'engagement. » (Croix de guerre avec palme.)
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Extrait de l'ordre général n° 78 en date du 10 juin 1918
(Citations à l'ordre de la Colonne.)
CONQUET (Joseph – Émile), 2e classe à la compagnie blanche du 18e Sénégalais :
« Le 6 avril 1918 à l'Arba de Tahala, a reçu une grave blessure à son poste de combat, a fait
preuve de sang-froid et de courage en ramenant son mulet à l'abri pendant que sa section mettait en
batterie sous le feu de l'ennemi. » (Croix de guerre avec étoile de bronze.)
................................................................................................................................................................
Extrait de l'ordre de félicitations en date du 10 juin 1918
BABEC (Frédéric – Germain), 2e classe, à la compagnie blanche du 18e bataillon sénégalais ;
CHAUVIN (Auguste -René), 2e classe, à la compagnie blanche du 18e bataillon sénégalais ;
SEREC (Joseph), 2e classe, à la compagnie blanche du 18e bataillon sénégalais ;
NEVEU (Louis – Eugène), 2e classe, à la compagnie blanche du 18e bataillon sénégalais ;
RAZAT (Henri), caporal à la compagnie blanche du 18e bataillon sénégalais :
« Faisant partie d'une demi-section d'assaut, n'ont pas hésité à bondir sur une crête qu'ils savaient
occupée, ont réussi, en utilisant le terrain sous les balles, à ouvrir un feu rapide sur un fort groupe de
cavaliers armés, qui, surpris, ont pris la fuite, abandonnant un point d'où ils prenaient nos positions
de droite d'enfilade et de revers. »
................................................................................................................................................................
Extrait de l'ordre de félicitations du 29 juillet 1918
HUBERT (Émile), matricule 25ie 7024, sergent au 18e bataillon sénégalais :
« Belle attitude au feu, exemple de calme et de courage, s'est signalé le 6 avril 1918, au combat de
Tahala, où l'intervention de sa pièce a permis à la compagnie montée de se replier. Très bon
gradé. »
MAMADY-BAMBA, matricule 873, adjudant au 18e bataillon sénégalais :
« Excellent gradé indigène. S'est distingué au combat de Tahala, le 6 avril 1918, où il a contribué
par son sang-froid, son exemple et son ascendant sur les hommes, à maintenir une discipline
parfaite sur la ligne de feu. »
Du 7 avril au 15 mai, les 3e et 4e compagnies, les 2 S. M. du 18e T. S. ainsi que la compagnie
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blanche DEYZEMERY, stationnent à l'Arba de Tahala. Elles concourent à la construction du
poste et à la sécurité des convois. Pendant presque tout le laps de temps, il plut dans la région ; les
Sénégalais tinrent bien, il n'y eût presque pas d'évacuations. Leur résistance au froid humide fut
remarquable.
Le 16 mai, tout le G. M. rentre à Fez.
-----o-----
Le 26 mai, le groupe LAURENT, renforcé de la 1re compagnie blanche subdivisionnaire part à
Chantaoura (7 kilomètres au sud d'El-Menzel) y construire un blockhaus. Les travaux furent très
rapidement menés, les Sénégalais rivalisèrent d'entrain pour l'extraction et l'apport des matériaux.
-----o-----
Le 18 juin, le groupe rentre à Fez. Il en repart le 19, avec tout le G. M. pour la région de Djenan-
Mejbeur, sur le Lében, à 30 kilomètres au nord-est de Tissa.
Les dissidents, Branès en majorité, s'y agitent ; il faut les châtier, et nous implanter près d'eux par la
création d'un poste (qui fut celui de Bab-Mizab). La région dans laquelle va opérer le G. M., est
très accidentée ; crêtes élevées à pentes raides et garnies de broussailles ; ravins profonds ; l'effort
sera encore rendu plus dur par la température très chaude de fin juin. Là comme ailleurs, les
Sénégalais se montrèrent à la hauteur de leur tâche ; la compagnie blanche DEYZEMERY
(rattachée pour le commandement au 18e T. S.) s'y distingua et y mérita une citation à l'ordre du G.
M. de Fez.
Le 23 juin 1918, le commandant du G. M. de Fez décide une reconnaissance de la crête Beni-
Mohamed, où il devait construire un poste qui serait occupé par une garnison fournie par la
subdivision de Taza. Le groupe LAURENT fut ce jour renforcé d'une compagnie du 4e T. A.
(capitaine LAJOUX) qui garnisait dans un blockhaus voisin.
Extrait de l'ordre général n° 8 pour la journée du 23 juin 1918
Le G. M. se portera en 3 colonnes sur la ligne jalonnée par la crête d'El-Kouba et la crête des
Beni-Mohamed.
Réveil 3 h.45. Éléments prêts à partir 4 h.45.
Composition des groupes :
A). - Groupe léger, commandant DODUN ;
B). - Groupe de gauche, commandant LAURENT moins 1 section restée à Djenan-Mejbeur
(adjudant GUICHARD, 3e compagnie), compagnie LAJOUX, 4e Tirailleurs Algériens ; 1 batterie
de 65 (capitaine DESGRANGES).
C). - Groupe du centre, commandant GASQUET ;
D). - Groupe de droite, commandant FABRE ;
Groupe LAURENT : P. I. Rochers à l'entrée du Saël-el-Arabi. Heure de passage de la tête du
groupe, 5 h.30.
Exécution du mouvement :
A). - Le groupe léger se portera directement du Bou-Alima, sur le mamelon d'El-Kouba qu'il
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occupera.
B). - Le groupe LAURENT se portera sur le même objectif en arrière et à droite du groupe léger,
qu'il relèvera sur le mamelon d'El-Kouba.
C). - Le groupe GASQUET s'installera avec son artillerie en position d'attente dans le lit du Lében,
au sud de la croupe des Beni-Mohamed. De là il appuiera par le feu de son artillerie le mouvement
des groupes LAURENT et FABRE avec lesquels il se tiendra en liaison dans la mesure du
possible.
D). - Le groupe FABRE, précédant le groupe GASQUET, se portera à l'attaque de la croupe des
Beni-Mohamed, par les pentes situées entre la côte 656 et le Lében. (Carte au 1/200.000 du S. S.
du Maroc.)
E). - 200 partisans Tsouls, sous le commandement du capitaine SELVE, appuieront vers l'est le
mouvement du groupe FABRE et se trouveront au point du jour à la côte 656.
Le commandant du G. M. marchera avec le groupe LAURENT.
Ordres donnés par le commandant du groupe LAURENT :
Ordre de marche du groupe : peloton AUVRAY, compagnie sénégalaise ÉRARD, compagnie
blanche DEYZEMERY, compagnie de T. A. LAJOUX, batterie de 65, compagnie sénégalaise
BOURDEAU. Le départ s'effectue à l'heure fixée.
Un court arrêt se produit vers 5 h.40, pour permettre au groupe léger DODUN, qui devait flanquer à
gauche le groupe LAURENT, de franchir le ravin Oued-Noual, très escarpé.
Vers 6 heures, la compagnie ÉRARD se déploie sur les premières pentes du Kouba, pendant qu'une
section de 65 effectue une mise en batterie pour faciliter la progression du groupe léger, qui se
trouve déjà aux prises avec les dissidents occupant la partie ouest de la crête Kouba. Cette section
ne peut intervenir, il était très difficile de repérer l'ennemi bien dissimulé et tirant des cartouches à
poudre sans fumée.
Le groupe léger ne tardait d'ailleurs pas à serrer de près les dissidents :
A 6 h.15, la compagnie ÉRARD est postée sur la partie est de la croupe primitivement occupée par
le peloton AUVRAY. La compagnie DEYZEMERY est portée à hauteur et à la gauche de la
compagnie ÉRARD, sur la position de la section de 65. La compagnie BOURDEAU doit suivre la
progression avec la 2e section de 65 et la section Munitions.
A 6 h.30, tous ces éléments sont postés en avant en deux colonnes : la compagnie ÉRARD à droite
sur la croupe de la Mechta qu'elle doit occuper (en y relevant la cavalerie du groupe léger
DODUN) ; la compagnie blanche (DEYZEMERY) à gauche avec objectif le sommet de la Kouba
où se trouvaient déjà un certain nombre de partisans. La compagnie LAJOUX, l'artillerie et la
compagnie BOURDEAU doivent suivre la compagnie blanche. Cette dernière gravit à belle allure
les pentes raides de la Kouba et en atteint le sommet à 7 h.05. Elle y relève les partisans en
prolongeant la ligne à l'est sur un éperon enfilé de trois côtés par les balles de petit calibre d'un
ennemi bien dissimulé et posté à peine à 300 mètres de distance.
A 7 h.10, occupé à rechercher les objectifs à donner à ses F. M., ce brave lieutenant BERNARD de
la compagnie blanche, qui par son courage calme et résolu avait largement contribué à faire gravir
par ses hommes, d'un très bel élan, les pentes raides de la Kouba est tué d'une balle en plein coeur.
Quelques minutes après, le chef de l'équipe des F. M., le soldat ALIESSE est lui-même grièvement
blessé à son poste de combat.
Les hommes de la compagnie blanche, voulant venger leur regretté lieutenant, se transforment alors
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en guetteurs passionnés, tirent avec rage sur les dissidents et réussissent à faire diminuer l'intensité
de leur feu.
A 7 h.10, la compagnie ÉRARD avait occupé son objectif et à 7 h.20 la compagnie LAJOUX et
l'artillerie arrivaient sur le sommet de la Kouba. La batterie de 65 s'y mettait immédiatement en
position battant : une section le sommet des Beni-Mohamed et les ravins au nord (but : faciliter la
marche du groupe FABRE), l'autre section : les ravins au nord de la Kouba. Quelques salves
heureuses délogèrent un certain nombre de dissidents. Les compagnies LAJOUX et BOURDEAU
occupèrent la partie ouest de la crête à l'extrémité de laquelle se trouvait le peloton AUVRAY.
Jusqu'à 13 heures, les mitrailleuses et F. M. seuls eurent à intervenir sur les dissidents débusqués par
les obus de 65.
A 13 h.15, l'ordre du décrochage arriva. Il devait se faire sous la protection : d'une part, du groupe
DODUN situé sur une crête entre la Kouba et le Beni-Mohamed (occupé par le groupe FABRE) et
d'autre part sous la protection du groupe GASQUET et de la batterie de 75 situés au camp de
Djedida.
A 13 h.05, la compagnie ÉRARD et une section de 65 firent un premier bond de repli et occupèrent
une crête située sur la rive droite du Lében. De cette position, elles auraient, le cas échéant, pu
faciliter le repli des trois autres compagnies.
Les T. C. et S. M. se replient à 13 h.15 et à 13 h.30, la compagnie ÉRARD étant en place, tous les
fantassins restant ainsi que le peloton AUVRAY décrochèrent à une vive allure. Les dissidents ne
nous inquiétèrent pas et à 15 h. le groupe LAURENT s'installait au camp de Djedida.
La dépouille du lieutenant BERNARD fut transportée à Fez où des funérailles dignes de ce brave
lui furent faites.
A la suite de cette affaire, les récompenses suivantes furent accordées :
Citations à l'ordre de l'Armée
Ordre général n° 99 du Général commandant en chef au Maroc
en date du 26 juillet 1918
ALIESSE (Arthur), 2e classe, matricule 963 de la compagnie blanche du 18e bataillon de T. S.
« Excellent chef d'escouade de F. M., toujours volontaire pour les missions périlleuses, se
distinguant en chaque circonstance par son courage et son sang-froid. Le 23 juin 1918, à la crête de
la Kouba, son officier étant tombé mortellement blessé à côté de lui, a immédiatement pris le
commandement de sa fraction et a reçu trois blessures en établissant ses pièces sur la même
position »
BERNARD (Daniel – Pierre – Joseph), lieutenant à la compagnie blanche du 18e bataillon de T. S. :
« Officier plein d'entrain et de bravoure, était l'âme de son peloton. Le 23 juin 1918 au combat des
Beni-Mohamed, sous un feu violent et bien ajusté, s'est audacieusement posté avec quelques
hommes sur un éperon avancé d'où il pouvait battre efficacement les pentes que les insoumis
commençaient à gravir.
« Tombé glorieusement à son poste de combat. »
................................................................................................................................................................
Ces citations comportent l'attribution de la croix de guerre avec palme.
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Extrait de l'ordre général n° 87 en date du 26 juillet 1918
Le Général CHERRIER commandant la Subdivision de Fez, cite à l'ordre de la subdivision les
militaires dont les noms suivent :
................................................................................................................................................................
LAURENT (Jules), chef de bataillon au 3e Colonial, commandant le 18e Sénégalais :
« Officier supérieur d'une bravoure toujours souriante et d'un sang-froid imperturbable dans les
circonstances les plus critiques ; le 23 juin 1918, au combat des Beni-Mohamed sous un feu violent
et bien ajusté qui venait de nous faire subir des pertes douloureuses, a, par son calme et son mépris
du danger, électrisé les jeunes troupes qu'il avait sous ses ordres. » (Croix de guerre avec étoile en
argent.)
................................................................................................................................................................
Extrait de l'ordre général n° 87 en date du 26 juillet 1918
Le lieutenant-colonel HURÉ commandant le G. M. de Fez, cite à l'ordre de la Colonne, les
militaires dont les noms suivent qui se sont distingués pendant les opérations du groupe mobile :
La 1re compagnie blanche du 18e bataillon sénégalais et sa S. M. :
« Au combat de Beni-Mohamed le 23 juin 1918, courageusement entraînée par son chef, le
capitaine DEYZEMERY, et par le lieutenant BERNARD, a gravi, d'un bel élan, malgré les
difficultés du climat et du terrain, le sommet de Kouba ; a ensuite magnifiquement organisé la
position sous un feu intense et bien ajusté où le lieutenant BERNARD est tombé glorieusement.
S'est déjà signalée au combat de l'Arba de Tahala. »
DABA-TARAVRÉ, matricule 10539, 1re classe au 18e bataillon sénégalais :
« Tirailleur d'élite, remarquable d'entrain et de bravoure. Le 23 juin 1918, au combat des Beni-
Mohamed, est arrivé le premier de sa section sur la position battue par le feu de l'ennemi,
entraînant ses camarades par son bel exemple. »
LOYER (Pascal), médecin aide-major à T. T. au 18e bataillon sénégalais :
« Le 23 juin 1918, au combat des Beni-Mohamed, s'est particulièrement signalé en pansant des
blessés sous les balles arrivant de trois côtés sur la position. Avait déjà témoigné d'un beau mépris
du danger au combat du 6 avril 1918 à l'Arba de Tahala. »
VALABRÈGUE (Paul Henri), lieutenant au 18e bataillon sénégalais :
« Officier de cavalerie servant sur sa demande dans l'infanterie. D'une bravoure calme et résolue,
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toujours prêt à l'assaut, s'est particulièrement signalé au combat du 23 juin 1918, dans la région de
Beni-Mohamed, comme officier de liaison en portant des ordres dans un pays très accidenté et
couvert, sans se laisser arrêter par les coups de feu tirés par un ennemi bien dissimulé dans les
buissons. »
................................................................................................................................................................
Ces citations comportent l'attribution de la croix de guerre avec étoile de bronze.
Extrait d'ordres de félicitations du 29 juillet 1918
................................................................................................................................................................
FAVRE (Albert Désiré), 2e classe, à la compagnie blanche du 18e Sénégalais :
« Excellent agent de liaison qui s'était déjà fait remarquer au combat de Tahala, pour son
intelligence et son courage. A donné le 23 juin 1918, une nouvelle preuve de sa valeur au combat
des Beni-Mohamed, en assurant de façon parfaite la transmission des ordres qui lui étaient
confiés. »
................................................................................................................................................................
CORBIÈRE (Raoul Émile), caporal au 18e bataillon sénégalais :
« Caporal infirmier d'un groupe, remplit ses fonctions avec bravoure et calme en plein combat,
donnant un bel exemple de mépris du danger. »
................................................................................................................................................................
Le 26 juin 1918, le G. M. de Fez, moins le groupe FABRE qui s'est posté sur la crête Djebel Krun
pour y construire un poste, se porte au camp de Djenan Mejbeur en suivant le lit du Lében (10
kilomètres à l'ouest). Il y arrive à 10 h.30.
A 11 heures, le commandant LAURENT reçoit l'ordre verbal de se porter avec son groupe, renforcé
du groupe GASQUET, de la compagnie de Légion montée, des goums à pied et à cheval, d'un
peloton de cavalerie et d'une batterie de 65 sur la crête de Bab-Mizab, emplacement du futur poste.
Les renseignements suivants sont donnés au commandant LAURENT : la crête de Bab-Mizab,
distante de 2.800 mètres de Djenan Mejbeur est occupée par les Senadjah. (On les voyait
nombreux à l'oeil nu.) Ils ne s'opposeront peut-être pas à l'occupation de la crête. En tout cas avancer
et ne tirer sur eux que s'ils tirent les premiers sur nous. Les 4 canons de 75 et les 2 canons de 80 de
Djenan Mejbeur devaient, le cas échéant, arroser la crête de Bab-Mizab pour faciliter le
mouvement des troupes.
A 11 h.45, le commandant LAURENT, ayant réuni ses divers commandants de groupe, leur donne
l'ordre verbal suivant :
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Le détachement se postera sur la crête de Bab-Mizab et les crêtes voisines A et B (voir croquis) en
trois colonnes.
1° Colonne de gauche sous les ordres du commandant GASQUET : un peloton de cavalerie, groupe
GASQUET et batterie de 65.
Objectif : la crête A (désignée sur le terrain).
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2° Colonne du centre sous les ordres du capitaine BOURDEAU : un peloton de cavalerie, les 3
compagnies du groupe LAURENT (3e et 4e compagnies sénégalaises, compagnie blanche).
Objectif : la crête de Bab-Mizab.
3° Colonne de droite, sous les ordres du lieutenant THILL : compagnie de Légion montée, goums à
pied et à cheval.
Objectif : la crête B.
Le commandant du détachement marchera d'abord avec le groupe GASQUET.
Départ 12 h.15.
Observation : Le mouvement s'effectuera la gauche largement en avant. En cas de résistance
sérieuse, en effet, le groupe GASQUET une fois installé en A devait faciliter le mouvement des
deux autres colonnes : la crête A dominait la crête de Bab-Mizab.
Le groupe THILL devait se garder d'une manière toute particulière sur son flanc droit.
A 12 h.45, les dissidents ouvraient le feu à petite distance sur le groupe GASQUET (un homme
blessé). Les spahis bientôt soutenus par les fantassins ripostent. Le groupe GASQUET occupe son
objectif. La batterie de 65 (lieutenant MALTERRE) ouvre le feu sur la crête de Bab-Mizab et sur
la crête B. Au même moment, les 75 et les 80 de Mejbeur couvrent d'obus explosifs les deux crêtes
précitées. Les dissidents abandonnent ces tranchées qu'ils avaient construites. Les colonnes
BOURDEAU et THILL accélèrent leur mouvement et au pas de charge sonnée par les clairons
sénégalais, occupent leurs objectifs respectifs. Il était 13 h.10. Les dissidents encore accrochés sur
les pentes descendant vers le nord, sont chassés par les feux de salve et par les rafales des
mitrailleuses et F. M. L'organisation de la crête de Bab-Mizab commence aussitôt. Un parapet
s'élève vite, car il faut se protéger sur le versant nord-ouest des coups tirés par quelques dissidents
bien dissimulés dans les broussailles. En peu de temps, nous eûmes un sergent indigène et trois
tirailleurs sénégalais assez grièvement blessés (MOUSSA KONÉ, sergent ; KARI TARAORÉ ;
DAUSOKO KAUSARA ; BAUDIOUGOU DIALLO T. S., 3e compagnie du 18e T. S.), mais ces
pertes ne ralentissent pas un instant le travail de la face. Chacun oubliant la fatigue de la matinée
(on s'était mis en route à 4 h.) pioche avec ardeur.
Pendant cette organisation, le groupe THILL en B tirait sans discontinuer sur les dissidents qui
devenaient de plus en plus mordants dans cette direction. L'artillerie dut même tirer pour battre les
ravins à l'est de B. A 17 h.30, ce groupe rentrait à Mejbeur et des petits postes de cavalerie nous
gardaient dans cette direction.
A partir du coucher du soleil, les dissidents ne réagirent pas et la nuit fut calme. Leurs pertes avaient
été sérieuses. Dès le lendemain, un assez grand nombre vinrent faire leur soumission. Un
bombardement par avions et par l'artillerie installée à Bab-Mizab, les 27 et 28 juin, sur les gros
villages situés au nord du camp décida les plus réfractaires à venir demander l'aman.
A la suite de cette affaire, les récompenses suivantes furent accordées :
Extrait de l'ordre général n° 82 en date du 26 juillet 1918
Le lieutenant-colonel HURÉ, commandant le G. M. de Fez, cite à l'ordre de la Colonne les
militaires dont les noms suivent :
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BANDIOUGOU DIALLO, 2e classe, matricule 2639, de la 3e compagnie du 18e Sénégalais :
« Fusil-mitrailleur, a participé à l'assaut de la crête de Bab-Mizab le 26 juin 1918, est resté
pendant trois heures dans l'endroit le plus exposé de la position conquise protégeant par son feu très
précis la mise en état de défense et a été blessé à son poste. »
KARI TARAORÉ, matricule 15577, 2e classe à la 3e compagnie du 18e Sénégalais :
« Clairon de la compagnie, a donné un bel exemple d'endurance et de bravoure à l'assaut de la crête
de Bab-Mizab : a été blessé grièvement le 26 juin 1918, en travaillant dans un endroit très exposé
de la position conquise pendant la mise en état de défense. »
(Croix de guerre avec étoile de bronze.)
Du 27 juin au 10 juillet 1918, le détachement LAURENT construit le poste de Bab-Mizab sans
être inquiété par les dissidents. En onze jours, le poste fut terminé et sa source aménagée. Ce record
doit être signalé pour rendre hommage à l'ardeur dont firent preuve les travailleurs. Les Sénégalais
en particulier s'y surpassaient dans le transport des matériaux et travaux de terrassement.
Laissant 30 Sénégalais de la 1re compagnie sous les ordres d'un adjudant, comme garnison du poste,
le groupe mobile rentra à Fez où il fut passé en revue à son arrivée par le général commandant en
chef qui remit un certain nombre de décorations.
-----o-----
De fin juillet à décembre 1918, certaines unités du 18e T. S. sont réparties dans les divers postes de
la subdivision de Fez ; d'autres effectuent des travaux divers. A signaler particulièrement la
participation des 3e et 4e compagnies sénégalaises et de la compagnie blanche du 18e T. S. à la
construction du blockhaus en bois destiné à protéger le point d'eau du poste de Bou-Knadel où les
Beni-Ouarraïns venaient de surprendre et mettre à al la corvée d'eau quotidienne du poste. Ce
blockhaus fut édifié en 18 heures. Il était terminé alors que les dissidents n'avaient sûrement pas fini
de s'entendre sur l'action qu'ils devaient entreprendre contre nous.
A signaler aussi la belle défense du groupe de six T. S. protection de la source au poste de Bab-
Mizab lors de l'embuscade qui leur fut tendue le 19 septembre 1918. Ce groupe de six fusils rallia
le poste, se défendant pied à pied, infligeant des pertes à l'adversaire, ramenant ses deux blessés
ainsi que leurs armes et munitions.
Pour cette petite affaire, les récompenses suivantes furent accordées :
Ordre général n° 77 du lieutenant-colonel commandant le G. M. de Fez,
en date du 6 octobre 1918
Sont cités à l'ordre du G. M. de Fez :
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BAKARY KEITA et MEME DIARRASSOUBA, 1re classe du 18e T. S. :
« Tirailleur courageux et dévoué, le 19 septembre 1918, blessé dans une embuscade tendue par un
groupe d'adversaires à la source du blockhaus de Bab-Mizab a fait preuve de courage et de sangfroid
continuant à faire le coup de feu quoique blessé. A rejoint le poste après un dur combat, se
défendant pied à pied. »
Cette citation comporte l'attribution de la croix de guerre avec étoile de bronze.
------o-----
Le 14 décembre 1918, le 18e T. S. désigné pour faire partie des troupes qui doivent opérer dans le
territoire de Bou-Denib (Tafilalet) quitte Fez. La situation est devenue grave dans cette région. Le
faux chérif NIFROUTEN grisé par son succès de Gaouz (août 1918) assiège les postes d'Erfoud
et de Tsar es Souk.
Les différentes unités du bataillon qui sont dans les postes de la subdivision de Fez sont
rassemblées en cours de route. Le 20 décembre 1918, le 18e T. S., moins sa section H. R. qui est
restée à Fez, se trouve concentré à Taza. Il a été renforcé par la S. M. de la compagnie blanche
restée à Fez.
Le 10 janvier 1919, le bataillon arrive à Bou-Denib. Les étapes par terre avaient été faites
allègrement ; malheureusement le voyage en chemin de fer Oran – Colomb-Béchar fut marqué par
un incident très regrettable : les deux trains qui transportaient le bataillon eurent une panne de 28
heures à Méchéria (1.400 mètres d'altitude) le 1er janvier 1919. Pendant la nuit de cet arrêt forcé,
les Sénégalais furent éprouvés par le froid humide (il neigeait). A l'arrivée à Colomb-Béchar, une
soixantaine furent évacués pour pieds gelés ; l'un d'eux a dû être amputé des deux pieds. A Béchar,
la nuit du débarquement, le thermomètre descendit à – 8°.
Le 13 janvier 1919, le 18e T. S. quitte Bou-Denib avec le G. M., que commandera le Général
POEYMIRAU jusqu'au jour où il sera blessé devant Meski, pour se porter sur l'Oued Ziz. Il aura à
opérer dans une région désertique, sans eau, sauf dans l'Oued Ziz dont l'approche nécessitera
presque toujours un combat. Les palmeraies de l'Oued Ziz sillonnées de canaux d'irrigation, de
parapets en pisé sont d'une praticabilité très difficile. Et si les indigènes les inondent, il faudra les
tourner.
Malgré le froid, les Sénégalais font bonne figure. Ils ne furent sérieusement engagés qu'au combat
du 31 janvier 1919 qui devait démolir la dernière résistance du NIFROUTEN : le camp de son
khalifat fut enlevé à Embarek (5 kilomètres ouest Erfoud). Ce jour-là, le G. M. quitte Tizani (12
kilomètres nord d'Erfoud) pour se porter sur Embarek où est campée, au milieu des palmiers, la
harka du khalifat. Comme la veille, le bataillon est réservé, comme bataillon de manoeuvre. A
10 h.30, le bataillon reçoit l'ordre de se porter entre le bataillon avant-garde et le bataillon flancgarde
de droite qui, devant attaquer après avoir fait face à gauche, n'avaient pas encore opéré leur
liaison. A 11 h.30, la 1re compagnie du 18e T. S. se porte en ligne entre les deux bataillons précités.
Les trois autres compagnies suivront le mouvement sauf la 4e qui est envoyée en soutien de la
batterie de 75. Le combat s'engage et la 1re compagnie sénégalaise prit une part brillante à l'assaut
du camp du khalifat. Son mérite fut d'autant plus grand que cette compagnie comptait environ 60
recrues reçues à Colomb-Béchar. Elle n'eut aucune perte d'hommes, seul son mulet d'outil fut tué
pendant la progression. La 4e compagnie eut un tirailleur disparu et un blessé au bras. Le corps du
disparu fut trouvé le lendemain traversé d'une balle ; il fut ramené au camp d'Erfoud.
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A la suite de cette affaire, les récompenses suivantes furent accordées :
Citations à l'ordre de la Subdivision de Meknès
(Ordre général n° 109 du 26 avril 1919.)
................................................................................................................................................................
MESNARD (Victor Louis), lieutenant, commandant la 1re compagnie du 18e bataillon sénégalais :
« Bien que démobilisable, a demandé à prendre part, avec une compagnie du 18e bataillon
sénégalais, aux opérations de janvier 1919, dans le territoire de Bou-Denib. S'est particulièrement
distingué au combat des « Ouled-Embarek », le 31 janvier 1919, en conduisant avec une bravoure
superbe, sa compagnie à l'assaut du camp de la harka. »
MEUNIER (Jules Auguste), adjudant de la 1re compagnie du 18e bataillon sénégalais :
« Sous-officier d'une bravoure magnifique et d'une rare énergie. S'est particulièrement distingué au
combat « d'Embarek » le 31 janvier 1919, où il a conduit sa section à l'assaut des retranchements
ennemis avec le plus bel entrain et un superbe mépris du danger. »
................................................................................................................................................................
Les militaires figurant sur la présente liste recevront le Ouissam Alaouite Chérifien.
Ordre général n° 111, en date du 26 avril 1919
(Citations à l'ordre de la Colonne)
................................................................................................................................................................
SCHUMACHER (Georges Adolphe), matricule 69, sergent-major à la 1re compagnie du 18e
bataillon sénégalais :
« Sous-officier brave et très énergique. Très dévoué. Blessé au début de la campagne, s'est
particulièrement distingué, le 31 janvier 1919, au combat d'Embarek, en se montrant toujours aux
points les plus exposés, avec un mépris absolu du danger, en enlevant sa section à l'assaut des
positions solidement défendues et en y pénétrant un des premiers. »
SOUMANA DIARA, matricule 12127, 1re classe, à la 1re compagnie du 18e Sénégalais :
« Excellent tirailleur, a fait preuve de sang-froid au combat d'Embarek, le 31 janvier 1919, en
abattant un Marocain qui s'apprêtait à tirer presque à bout portant sur l'état-major. »
JOHO SAKO, matricule 10308, caporal à la 1re compagnie du 18e bataillon sénégalais :
« Chef d'escouade de fusil-mitrailleur, brave et énergique, s'est particulièrement distingué au
combat d'Embarek, le 31 janvier 1919, en dirigeant avec sang-froid le tir de ses fusils-mitrailleurs.
A enlevé son groupe à l'assaut avec un entrain merveilleux. »
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KABA KOUROUMA, sergent, matricule 4875 de la 1re compagnie du 18e bataillon sénégalais :
« Excellent sous-officier, s'est particulièrement distingué par sa bravoure, au combat d'Embarek, le
31 janvier 1919, en pénétrant un des premiers dans les positions ennemies. »
MEFAL FALL, tirailleur de 1re classe, matricule 9593, de la 1re compagnie du 18e bataillon
sénégalais :
« Vieux serviteur, dévoué, plein d'entrain, énergique. S'est particulièrement distingué au combat
d'Embarek le 31 janvier 1919, où il pénétra un des premiers dans la position ennemie. »
................................................................................................................................................................
Les militaires figurant sur la présente liste recevront le Ouissam Alaouite Chérifien.
Ordre général n° 112, en date du 27 avril 1919
(Citations à l'ordre de la Colonne)
................................................................................................................................................................
M'BAI-DIOUF, matricule 4986, 1re classe à la 1re compagnie du 18e bataillon sénégalais :
« Tirailleur d'une bravoure magnifique et d'un dévouement sans bornes ; au Maroc depuis sept ans,
a pris part à toutes les colonnes. Quoique à peine guéri d'une blessure reçue au combat de Gaouz, le
9 août 1918, a tenu à revenir au Tafilalet pour venger ses camarades. S'est particulièrement
distingué au combat d'Embarek le 31 janvier 1919, en portant des ordres sous un feu violent et en
pénétrant un des premiers dans les positions ennemies. »
ROCHE (Jules Jean), sous-lieutenant au 18e Sénégalais :
« Officier brave et énergique qui se dépense sans compter. S'est distingué le 31 janvier 1919 au
combat d'Embarek, où il sût maintenir, pendant plus de quatre heures et sous un feu violent une
section composée en grande partie de jeunes tirailleurs qu'il entraîna ensuite à l'assaut avec un brio
et un entrain merveilleux. »
................................................................................................................................................................
Félicitations du Général commandant la Subdivision de Meknès
(Ordre général n° 114, en date du 28 avril 1919.)
................................................................................................................................................................
N'GOLO-BENGALI, tirailleur de 2e classe à la 1re compagnie du 18e Sénégalais :
« Jeune tirailleur plein d'entrain, brave et énergique. S'est particulièrement distingué au combat
d'Embarek, le 31 janvier 1919, où il pénétra un des premiers dans la position ennemie. »
................................................................................................................................................................
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PROPOSITIONS POUR RÉCOMPENSES
(Lettre n° du 20 avril 1919, du Général commandant en chef)
1° Sont proposés au Ministre :
A) Pour officier de la Légion d'honneur :
LAURENT (Jules), chef de bataillon commandant le 18e Sénégalais.
................................................................................................................................................................
-----o-----
Du 15 février au 5 mars, le 18e T. S. et le 1er bataillon T. A. font partie du groupe HURÉ, qui doit
opérer une reconnaissance dans la région de Talsint au nord de Bou-Denib. Il fera froid dans cette
région élevée. On franchira même le Grand Atlas au Tizy-Isly. Mais les Sénégalais sont aguerris. Il
n'y eût ni traînards, ni évacués.
La démobilisation du 1er échelon avait commencé la réduction des cadres. Pour parer à cet
inconvénient, le bataillon fut constitué à 3 compagnies de manoeuvres.
Les cadres restant rivalisèrent d'ardeur. Les pitonnages dans une région très accidentée
s'effectuèrent avec entrain.
Cette reconnaissance ne fut pas inquiétée par les dissidents.
Les démolitions de certains ksours chez les Aït-Aïssa du Fertoumach ne produisirent aucune
réaction. Seul, quelques dissidents au Teniet-Kert (sud-ouest de Talsint) tirèrent sans résultat sur
l'arrière-garde de la colonne.
-----o-----
Après un repos de quelques jours à Bou-Denib, le 18e T. S., qui espérait rejoindre la subdivision de
Fez, fut désigné comme troupe d'occupation du secteur nord-ouest du territoire de Bou-Denib :
Gourrama - Rich.
Sa section H. R. restée à Fez reçut l'ordre de venir l'y rejoindre. Il s'y trouve encore. San être un
éden, cette région est sûrement la plus belle du territoire de Bou-Denib. Les jardins du Haut-Guir
(Toulal, Gourrama, Titen Ali), plantés d'arbres fruitiers et d'oliviers (pas de palmiers), ceux du
Haut-Ziz (Tialalin, Rich, Tamagourt) jettent une note gaie au milieu du terrain caillouteux qui les
borde. La température de l'été 1919 a été très supportable ; quelques journées de sirocco, mais peu
de sable, fixé qu'il est par les cailloux et les touffes de thym sauvage. Au point de vue alimentation,
les moutons fournis par les nomades « Mesrouh » sont bien supérieurs à ceux qui arrivent d'Algérie,
fatigués et étiques, parce que pas nourris pendant leur long voyage. Les boeufs du Tialalin et du
Haut-Ziz ne sont point abjects. Quant aux légumes, le Haut-Guir fournit des pommes de terre, des
oignons en abondance, et si on veut s'en occuper, les jardins des postes donnent des produits aussi
beaux que variés.
Au point de vue actions militaires, rien de particulier à signaler. Les nombreuses fractions placées à
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Toulal, Doigt de Dieu, Tamilhoust, Tiarinimine, N'Zala, Salem-Alickoum (près du Tizi-
N'Talghemt) pour assurer la protection des convois, sur la piste Bou-Denib – Haute-Moulouya,
n'ont pas été inquiétées par les irréductibles Aït-Hammou. Malgré l'absence de plus en plus grande
de cadres européens, provoquée par la démobilisation et le départ de 600 de leurs anciens ayant plus
de trois ans de Maroc, les jeunes Sénégalais de la relève ont fait bonne figure. Ce résultat est dû à
l'effort intense fourni, tant aux sécurités qu'à l'instruction, par les cadres restant.
Ayant une notion claire de leur tâche, ils ont fourni l'effort maximum. Leur en rendre hommage est
un devoir.
Gourrama, le 25 septembre 1919.
Le Chef de bataillon,
LAURENT
Commandant le 18e T. S.
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Mardi 27 Mars 2012 à 17h45 dans HistoirePoster un commentaire
A propos de l'origine des Beni Yazgha  (à lire en ligne sur http://www.souss.com/forum/forum-histoire/7053-beni-yazgha.html)
Les Yazghi ou Yzghachen ou Yzghaten ,selon les diférentes références bibliographiques sont:
les 1ers habitants de Fes et sa région, ils appartiennent à la tribu des Zenata et cohabitaient avec la tribu des Zouagha .Leon L'Africain dans son livre Description de l'Afrique fait beaucoup d' éloge pour cette tribu et présente les Beni Yazgha comme étant une civilisation trés évoluée et fait part de la qualité de leur produits et leurs valeurs sur les marchés de la métropole Fes,il évoque aussi une des inventions pour traverser le fleuve du Sebou ?une idée géniale dit -il
on appelait dans le temps les montagnes de Beni Yazgha des monts de Zerhoune jusqu'à Bouiblane
les yazghi ont probablement vendu leur terre à Fes à Moulay Driss,il ya toute une histoire
les yazghi sont actuellement répondu à travert et un peu partout à :
*** Zemmour,Sebt Ait Ikkou et ne parlent que amazigh et sont tres minoritaire
*** Zehoune et ils ne parlent que l'arabe et sont une une trés modeste minorité
*** près des sourses du Sebou où ils constituent une trés grande population
*** le quartier Ben Seffar à Sefrou est composé d'une majorité de yazghi
*** les Ait Ouahi de Skoura sont des yazghi
*** à Fes les Berada ,les Serghini les Zahni les Bougrini les Bakari les Dounasse les Mghili les Zaoui les Mkoudi et autres grandes familles de Fes médina 'Bab Ftouh'
Le patrimoine culturel yazghi est d'une richesse sans égal :
des oulama, des moujahidines, des saints marabouts
Sidi Boughaleb enterré à Fes
Sidi boujida enterré à Fes
Sidi Driss Bougrine enterré à Fes
Sidi Ali Bousserghine en realité sidi slimanane Bousserghine enterré à Sefrou
parmi les oulama nous ne citerons que les célébrités tels que Ibn Lyassamine le mathématicien , Ibn Abibakre Lyazighi une référence en theologie ,Yousouf Ibn Dounass qui a combattu aux cotés de Salahdine Ayoubi et pour cloturer notre bréf appercu je cite le grand compositeur du Zajal Almahoune Si Mohammed Lyazghi que la célébre chanteuse Sanae Marahati execute avec beaucoup de charme une de ses célébres poemes
de soufisme :Yalmoula Taltaf sans oublier toutefois que le folklor yazghi a beaucop d'effet
et d'influence sur les grandes tribus des Ait Youssi,Ighezrane les Ait ouarayne Les Marmocha.La spontanéité et la finesse du poète yazghi est une magie du mot.
soyez donc les bienvenus sur notre site BYEBINOBAYAZGHI,et ramadane mobarake karim
bermaki
Bermaki@menara.ma
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Merci pour toutes ces informations.
Je ne me doutais pas que les beni yazgha étaient des zenetes, j'aurais plutot pensé qu'ils étaient sanhadja comme les amazighs du moyen atlas (zayane, ait sadden, etc...). Car comment expliquer que les zenetes des alentours (Ighezrane, Ait seghrouchen, ait zegout...) aient gardé leur langue d'origine alors que les beni yazgha se sont arabisés. De plus les beni yazgha pratiquent le ahidous comme les sanhadja du moyen atlas, alors que ce folklore est très peu présent chez les zenetes (a part les ait warain qui semblent avoir été "zenétisés").

De plus il semble que la population des beni yazgha de la région de Elmenzel ne soient pas homogène. En effet el Menzel est aussi le centre géographique de la tribu des ait youssouf o haddou qui a gardé sa langue amazigh zenete.
et comment expliquer les ilots arabophones en montagnes comme les bani 3alaham tribu dont une partie est arabophone et une autre partie resté amazighophgone, les ait yahya (totalement arabophone), les beni mkoud et leur descendants les oulad mkoudou qui sont totalement arabophones, les beni zahna totalement arabophones, les Qassiwa totalement arabophones. Comment expliquer que des tribus arabophones cotoient des tribus amaazighophones sur des topponymes largement d'origine amazighe (taghit, taghrout, ahermemou, tibekhbakhine, etc...).
J'avais déja posé cette question et l'on m'avait répondu que les arabophones étaient en fait les sanhadja arabisés et que les amazighophones étaient les zenetes arrivés plus tard dans la région avec l'essor des Mérinides et la poussée des zenetes vers l'Est. En effet beaucoup des tribus arabophones se trouvent en altitude et les tribus zenetes souvent dans les vallées. Que pensez vous de cette théorie ?
mohand1978

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Je ne pense pas que les Izghaten soient des Zenetes.............
La vague Zenete conquérante est plus tardive que la fondation de Fes...........
Les Izghaten ont ete conquis par les Banou Yesfren qui etaient des Zenetes. D'ailleurs on les retrouve sous forme d'îlots zenetes le long du couloir de Taza et autour du Sais.....
Les Izgahten doivent être tres proches des Aouraba avec lesquels ils ont cohabité. De ce fait les Izgahten ne sont pas Zenetes.
Leon l'Africain comme tous les voyageurs s'est fondé sur la parole d un GUIDE et ce guide a sans doute pris les Izghaten pour Zenetes. Si Leon l'Africain avait lu Ibn Khaldoun il aurait nuancé sa proposition.
Adrar-n-illouz

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je suis de ton avis Adrar, il est intéressant de constater comment les sanhadji se sont arabisés quand les zenetes ont gardé leur langue sur un même territoire.
Parfois cette arabisation est très récente, les arabophones ayant souvent gardé énormément de mots amazighes (tout ce qui a trait à la faune et la flore, les maladies et les médicaments sont en amazighe).
mohand1978

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Le forum d'où tu as copié cet article - mon cher Partyck - est un forum que j'ai déjà eu l'occasion de visiter dont j'ai déjà parlé dans un de mes textes précédents. J'avais donné "le lien " à nos lecteurs, et je leur avais conseillé d'y faire un petit tour. J'avais même souhaité que les participants de ce forum puissent nous rejoindre sur le nôtre, car tout ce qu'ils ont écrit sur Beni Yazgha était trés intéressant, même s'il reste beaucoup de questions à poser.
Ils ont cité le nom de Dr Ali Laghzioui qui est originaire de Sraghna et qui a fait un travail trés important dans la recherche de l'origine des Beni Yazgha. Il paraît même qu'il a donné une conférence à El Menzel au cours de laquelle il a parlé des résultats de ses recherches. Dommage que je n'étais pas à El Menzel ce jour-là. J'aurais aimé vraiment assister à ce genre de manifestation. Ils ont parlé également de Léon l'Africain qui était d'origine marocaine, de Fés, aprés avoir quitté l'Andalousie avec ses parents, et qui était quelqu'un de très intelligent. Il a été capturé par des pirates en Méditerranée pendant un de ses nombreux voyages. Vu son intelligence et son savoir, ils l'ont "offert" " au Pape de l'époque qui n'a pas hésité à lui changer le nom Arabe qu'il portait pour lui donner celui qu'il a gardé toute sa vie, c'est à dire Léon L'Africain.
Le troisiéme nom qui a été cité est celui de IBN Khaldoun. Je n'ai lu, malheureusement aucun livre de ces trois érudits ( Laghzioui; Léon l'Africain et Ibn Khaldoun ) et j'aimerais bien savoir tout ce qu'ils ont écrit sur la Tribu des Beni Yazgha . 

Je renouvelle une deuxième fois la bienvenue à notre ami HDREMIX en espérant qu'il va nous éclairer un peu plus sur l'histoire et l'origine de notre Tribu. D'aprés ce que j'ai compris, notre ami a fait un travail important dans ce domaine depuis longtemps, et il continue ses recherches. Nous serions ravis d'apprendre un peu plus que ce que nous savons déjà, et notre joie sera grande de savoir si notre région était une tribu Berbère arabisée ou arabe tout court. J'ai dit et je répéte que je serai fier dans les deux cas.Le plus important est de savoir d'où nous venons. J'ai lancé plusieurs fois des appels en ce sens et, malheureusement, je n'ai pas eu d'échos. Donc mon cher HDREMIX, tu ne pouvais pas mieux tomber, et je t'attendais depuis un bon moment. J'attends aussi - avec impatience - le résultat de tes travaux , concernant notre région.

Auteur: toumi10 



Samedi 07 Mars 2009 à 12h07 dans Histoire11 commentaire(s)

Beni Yazgha

Un article de Wikipédia, l'encyclopédie libre.

Beni Yazgha[1] sont une branche de la grande tribu des Zénètes et cohabitaient avec la tribu des Zouagha. Selon les différentes références bibliographiques, ils ont habité Fès au moment de la création de la ville sur la rive droite (qui allait devenir la Rive des Andalous plus tard).

Les chroniques anciennes rapportent que Idriss II leur aurait acheté leur terre en 191/807. Léon l'Africain dans son livre Description de l'Afrique fait beaucoup d'éloge pour cette tribu et présente les Beni Yazgha comme étant une tribu très évoluée et fait part de la qualité de leur produits et leurs valeurs sur les marchés de la médina de Fès. Il évoque aussi une des inventions pour traverser le fleuve du Sebou, " une idée géniale ".

Les yazghi se trouvent actuellement :

  • à Beni Yazgha(la tribu actuelle) près des sources du Sebou
  • Le quartier Ben Seffar à Sefrou.
  • à Fès les Yazghi, les Berrada[2], les Serghini, les Zouitni, les Bougrini, les Dounasse, les Mghili...

La tribu des Beni Yazgha a été largement cité dans les chroniques de certains grands voyageurs.

Notes [modifier]

  1. arabe : banī yāzḡa, بني يازغة)
  2. Leur origine n'est pas connu avec exactitude, selon les versions, ils seraient d'origine andalouse, arabes (du fleuve Barada à Damas), berbère (de la tribu Beni Yazgha)

Lien externe [modifier]

beni yazghayazghi

Samedi 07 Mars 2009 à 19h56 dans HistoirePoster un commentaire
Article à lire en ligne sur:

http://www.asays.com/article.php3?id_article=13


apercu socio-linguistique sur l’amazigh au Maroc

jeudi date_jnum21 février 2004, par lahcen


Aperçu socio-linguistique sur l’amazighe au Maroc : une identité plurimillénaire Publié le : dimanche 29 juin 2003.

Pour mieux comprendre la situation sociolinguistique actuelle de l’Amazighe en Afrique du Nord, et plus précisément au Maroc, il est important de commencer par considérer le volet historique de cette langue. Les berbères sont les premiers habitants de l’Afrique du Nord (voir Ayache 1964, Julien 1972, Pascon 1977 et Laroui 1977, parmi d’autres).

Les royaumes berbères couvraient les territoires allant de l’Egypte jusqu’au sud marocain. De nombreuses civilisations berbères se sont succédées en Afrique du Nord jusqu’au septième siècle après Jésus Christ. L’identité berbère est donc pluri-millénaire et, par conséquent, constitue une composante de base de l’histoire de toute l’Afrique du Nord. Les travaux anthropologiques, archéo-logiques, sociologiques et linguistiques démontrent cette réalité.

L’arrivée de la première vague des arabes musulmans pendant le premier siècle de l’Hégire a constitué un tournant décisif dans l’histoire de la civilisation berbère sur tous les plans, notamment les plans religieux, culturel et linguistique. Les arabes ont introduit une nouvelle religion, l’Islam, une nouvelle langue, l’arabe, et une nouvelle culture, la culture arabo-musulmane. Volet historique Les royaumes et dynasties berbères ne se sont pas éteints avec l’installation des arabes en Afrique du Nord. Pendant toute la période qui sépare l’arrivée des arabes et le Moyen Age, beaucoup de dynasties berbères ont pris le pouvoir dans cette partie du monde. Trois d’entre elles méritent d’être citées : (1) les Berghouatas, (2) les Almohades et (3) les Almoravides. Pendant les règnes de ces dynasties, le berbère était utilisé dans tous les domaines. Cette langue était écrite en lettres arabes jusqu’au douxième siècle. D’après Chaker (1984), il y avait des textes juridiques, scientifiques et théologiques rédigés en berbère pendant cette période. En outre, le Coran a été traduit en berbère pendant cette période. Cependant, le véhicule officiel écrit des monarques berbères a toujours été l’arabe classique. Au long des siècles, le contact berbère-arabe a progressivement donné lieu à une forme de civilisation et culture hybrides. Cette civilisation a atteint aujourd’hui un tel degré de fusion qu’il est parfois difficile de qualifier quelques uns de ses aspects de purement berbères ou de purement arabes. En outre, des tribus berbères, comme les Ben Yazgha et les Doukkala, ont été complètement arabisées, et des tribus arabes, comme les Aït Seghrouchen, ont été complètement berbérisées. Mais durant des siècles, certaines tribus berbères sont restées intactes dans les régions montagneuses du Grand Atlas et du Rif. Le processus de l’islamisation et, par conséquent, de l’arabisation dans le sens linguistique du terme, a engendré la propagation du bilinguisme berbère-arabe. Ce type de bilinguisme est le résultat de deux facteurs essentiels : d’une part, la propagation de l’arabe dialectal qui s’est infiltré en Afrique du Nord par l’intermédiaire des soldats pendant le huitième siècle, et d’autre part, l’arrivée au douxième siècle d’arabes musulmans qui ont apporté avec eux une culture de "haute société", un type d’arabe dit "classique" ou "standard" et de "bonnes normes" d’apprentissage littéraire et coranique. L’interpénétration la plus importante des cultures berbère et arabe a eu lieu pendant les onzième, douxième et treizième siècles et était, de part sa nature, vouée à imprégner d’une façon définitive les sociétés nord africaines. Aujourd’hui, le bilinguisme berbère-arabe est l’un des traits les plus caractérisants de cette région du monde. Cette situation est rendue plus complexe avec l’arrivée des français au dix-neuvième et vinghtième siècles. Cette arrivée a naturellement occasionné la propagation de la langue française dans cette région. L’espagnol et l’anglais se sont ajoutés et le résultat est l’émergence d’une situation multilingue des plus complexes mais aussi des plus intéressantes. Volet Linguistique D’un point de vue synchronique ou actuel, les sociétés de l’Afrique du Nord sont multilingues. Quatre langues essentielles se partagent le champ linguistique dans cette région du monde : (1) l’arabe standard, (2) l’arabe dialectal, (3) le berbère et (4) le français. Les trois premières langues sont des langues nationales, alors que le français est une langue étrangère. A part ces quatre langues, l’anglais et l’espagnol sont aussi utilisées en Afrique du Nord, mais leur statut social n’est pas aussi avantageux que celui du français. Notons, cependant, qu’il y a une nette montée de l’anglais dans le Maghreb surtout dans le domaine de l’enseignement (voir Sadiqi 1991). Bien que l’arabe standard, l’arabe dialectal, le berbère et le français intéragissent dans la vie quotidienne des citoyens, leur emploi est souvent dicté par les propriétés sociolinguistiques qui leur sont propres. En d’autres termes, chacune de ces quatre langues a une valeur sociolinguistique déterminée qui émane de la nature des domaines dans lesquels elle est utilisée, ainsi que des fonctions qu’elle assure. Ceci s’explique par le fait que la coexistence de plusieurs langues dans une société donnée fait que généralement chacun des groupes parlants ces langues déploie des stratégies bien définies pour gagner le plus de valeurs matérielles et symboliques possibles (voir Bourdieu 1982 et Boukous 1995). En Afrique du Nord, il y a d’abord deux langues standards qui sont utilisées dans des domaines symboliquement et socialement prestigieux : l’arabe standard et le français. L’arabe standard est la langue normalisée, la langue officielle, la langue de la religion, la langue du pouvoir (exécutif, législatif et juridique), la langue de l’enseignement et la langue des médias. Parmi ces domaines, c’est le domaine religieux qui donne plus à l’arabe standard son statut prestigieux. Les nord africains (berbères et arabes) sont musulmans et, par conséquent, considèrent l’arabe comme étant la langue sacrée et le véhicule de l’Islam. De ce fait, l’arabe standard est ipso facto la lingua franca par excellence dans tout le monde arabo-musulman. Bien que le français soit une langue étrangère, il est considéré comme une langue "seconde" et, de ce fait, relègue l’anglais et l’espagnol au niveau des langues purement étrangères. Le français véhicule la modernité, l’ouverture, le savoir et le savoir-faire. Les valeurs symboliques et sociales associées à ces aspects du français sont souvent valorisées et engendrent une attitude plutôt positive envers cette langue bien que les séquelles de la colonisation soient toujours plus ou moins ressenties dans les sociétés maghrébines (voir Ennaji 1991). En plus des deux langues standarisées, il y a deux langues maternelles en Afrique du Nord : l’arabe dialectal et le berbère. L’arabe dialectal varie d’un pays à un autre et parfois d’une région à une autre dans un même pays, mais partout dans le monde arabe, il est en situation diglossique avec l’arabe standard : alors que ce dernier est utilisé dans les domaines-clés, l’arabe dialectal est utilisé dans les domaines informels et transactionnels, ainsi que dans les médias "populaires". Quant au berbère, il est parlé dans l’aire géographique qui s’étend de l’Oasis de Siwa et d’Augilia en Egypte jusqu’au sud marocain, mais c’est en Afrique du Nord, plus précisément en Algérie, et surtout au Maroc, que se trouve la plus grande communauté berbérophone. En effet, c’est le Maroc qui compte le plus grand nombre de berbérophones dans le monde. Les autochtones de ce pays parlent le berbère qui continue à survivre malgré la succession des civilisations punique, romaine, vandale, byzantine et arabe. La survie actuelle du berbère est essentiellement due à la force et au dynamisme qui caractérisent les langues maternelles. La population berbère n’est pas concentrée dans une zone bien déterminée ; elle s’agglomère dans des zones discontinues. On peut cependant isoler quatre groupes majeurs : (1) le Maroc qui compte le plus grand nombre de berbérophones (50% de la population d’après Boukous 1995), (2) l’Algérie où 25% de la population est berbère d’après Chaker (1990), (3) les populations touaregs des pays sud-sahariens du Niger, Mali et Lybie et qui s’élévent à 1 million et (4) des populations éparpillées en petits groupes en Tunisie (environ 100.000), en Mauritanie (environ 10.000) et à Siwa en Egypte (environ 30.000) d’après Chaker (1990) .

Note * Professeur de l’Enseignement Supérieur. Université Sidi Mohamed Ben Abdellah, Fès 1. Les sociolinguistes contemporains considèrent qu’il y a trois types d’arabe : (1) l’arabe classique ou l’arabe du Coran et de la littérature pré-islamique, (2) l’arabe standard ou littéraire, qui est utilisé dans les domaines-clés comme le gouvernement et les médias, et (3) l’arabe dialectal qui varie plus ou moins selon les pays arabes.

Par Fatima Sadiqi* pour lematin.ma




A lire aussi:

Arabized Tribes

























Mercredi 11 Mars 2009 à 10h46 dans HistoirePoster un commentaire

A lire en ligne sur: http://72.30.186.56/search/cache?ei=UTF-8&p=beni+yazgha&rd=r1&fr=yfp-t-501&u=www.aui.ma/VPAA/shss/mpeyron-workingpapers4.pdf&w=beni+yazgha&d=IHhOu52uSYt4&icp=1&.intl=fr


Michael Peyron’s working papers : Part IV

(in English & in French)

Contents

1) The Ayt Yahya of Tounfit, Central Morocco (2000)

2) From Jbel Fazaz to Middle Atlas: from boondocks to boom towns; the past as key to the
present” (2001)

3) Barghawata et résistance (2005)

4) Interaction tourisme durable et patrimoine dans l’Atlas marocain (2006)

5) Comments on Julia Clancy-Smith’s paper: “Collaboration and Empire in the Middle East
and North Africa: introduction and response” (2007)



1)

The Ayt Yahya of Tounfit, central Morocco

As the traveller heads down through the cedars from the Zad Pass (Tizi Tebruri = ‘hailstone
pass’), the wide-sky expanses of the Upper Moulouya unfold before him, backed by the lofty,
snow-capped ‘Ayyachi-Ma’asker range, over 3700 metres high. As with many others who
have gone before, there dawns on him the notion of imminent transition. Behind lie forested,
well-watered, Mediterranean style highlands, while the gaunt, rugged ranges on the horizon
represent the “last stop before the Sahara”, beyond which live none but tribesmen like the Ayt
Hadiddou “who fear naught but God”.

Our traveller is, in fact, contemplating one of the most important regions of inner Morocco, its
dramatic scenery somehow equal to the epoch-shaping events it has witnessed throughout
history. Not so much a highland sanctuary as a cultural cross-roads, a haven of “intellectual
rurality”, famous for its wandering minstrels and local poets (imdyazn and ineššadn) who
reflect the conscience, both religious and worldly, of the mountain Imazighen who inhabit the
area.

Among these the Ayt Yahya, a Tamazight-speaking tribal group, occupies the area between
Midelt and Imilchil in the High Atlas. They may be conveniently classified as highland semi-
transhumants, some living in village clusters (qşur or iġerman), some in dispersed villages.
The Ayt Yahya brought to the shady (amalu) north slopes of the Atlas a social organisation
and general pattern of existence evolved in the dry, pre-Saharan steppe, and which they
eventually adapted to a colder, wetter environment featuring extensive winter snow-fall.
Hence the classic, mud-built qşar, or fortified hamlet survives chiefly in the arid, upland
valleys south of ‘Ayyachi or Jbel Ma’asker, whereas in the well-wooded areas to the north,
stronger-built houses cedar-planks and stone predominate in dispersed villages. Likewise,
pastoralism remaining the chief activity, among the southern clans, transhumance is the name
of the game. To the north, however, village-based grazing prevails.

There is also a generalised use of irrigated patches, producing barley, buckwheat, maize, and
wheat, while on nearby fruit-trees, cherries, apricots and a few walnuts are to be found. As to
habits inherited from the Saharan region, use of the baggage-camel (alġum) and baggage-ox
(ayugu), together with the institution of the communal bull, were reported in the Ayt Yahya
area as late as the mid-1970s.

The Ayt Yahya were in the forefront of the SW-NE push by Senhaja Berber pastoralists that
lasted from the 10th   to he 19th century. In fact, one of their clans has remained to this day at

Aghbalou n-Kerdous, on the south side of the High Atlas. The Ayt Yahya and their kindred
groups, the Ayt Merghad, Ayt Hadiddou and Ayt Izdeg, with some Ayt ‘Ayyach, became
fellow members of the Ayt Yafelman (lit. ‘the peaceful ones’), a confederation set up some
time around 1650 to counter-balance expansion by an aggressive rival entity, the Ayt ‘Atta of
Jbel Saghro.

Before listi
εmar, as with many other Imazighen tribes, activities for which the Ayt Yahya
were famous included raiding, sheep-rustling, plundering and/or “protecting” caravans along
the triq aqdim between the Ziz valley and Tounfit. There existed a pattern of alliances (the leff
system) by which each clan could call on the support of one, possibly two, friendly clans, if
attacked by a rival group. The fighting that resulted would be limited in time, usually between
fairly well-balanced groups, and was frequently interrupted by truces engineered by the saints
(igurramn) of Sidi Yahya ou Youssef. Contrary to modern behavioural standards, intermittent
raiding and clan warfare were perceived as making life more exciting and giving young men
(i
εerrimn) a healthy opportunity to prove their bravery. Without the use of bayonet, dagger or
musket (“the voice of steel” as it was called), points of honour could not be properly settled.
This was a very strong notion throughout tribal society. Not that warfare was by any means
permanent or total; eradicating a rival clan made no sense; it was much wiser to allow it to
survive so as not to cut off the source of supply that sensible raiding and plundering so easily
guaranteed. This was a typical Heroic Age situation.

Prowess with weapons being second nature to these mountaineers, no wonder the Ayt Yahya
fought hard against French forces which invaded their region between 1922 and 1932.
Desperately tragic battles such as Ayt Yâqoub and Tazizaout saw highly manoeuvrable,
lightly-equipped Berber fighters more than hold their own against well-armed French regular
troops. In fact, man to man, the Berbers were usually superior to their opponents; against
aeroplanes, machine-guns and mountain artillery, however, bravery was of no avail. Yet, they
fought on to the last, distinguishing themselves in daring, single-handed operations, a lone
rifleman occasionally succeeding in pinning down crack Foreign Legion troops with accurate
fire from some hill-top.

The Ayt Yahya themselves consist of several clans. The southern Ayt Yahya clans, living on
the sunny (assamer) slope of the main range, include the Ayt Sliman, Ayt Moussa ou ‘Atman,
Ayt Fedouli, Ayt Hattab, Ichichaoun and Ayt ‘Ammar, the last-named clan being of ou-
Hadiddou origin, but now incorporated into the Tounfit region. Chief among the northern Ayt
Yahya are the Ayt ‘Ali ou-Brahim of Tounfit proper, the Imitchimen at the foot of ‘Ayyachi,
the Ayt Hnini at the Moulouya source, the Ayt Bou ‘Arbi of the upper Anzegmir, and the Ayt
Sidi Yahya ou Youssef. These clans all claim a Saharan origin, except for the Ayt Sidi Yahya
ou Youssef, who are marabouts, or igurrramn, allegedly hailing from Moulay Idriss Zerhoun,
one of their sub-clans retaining a dialect strongly reminiscent of that spoken in the Zerhoun.
While on the topic of maraboutism it should be mentioned that the Tounfit area was also
under the influence of the neighbouring Imhiwach saints of Aghbala. As to the other clans,

they include some elements from the Ayt Yoummour and Ayt Ihand that the Ayt Yahya
absorbed when they arrived in the area in the late-18

th

century.


The 1970s proved the heyday of the “segmentary society”, a theory (challenged before the
century was out) to describe tribal organisation, as devised by Evans-Pritchard after his study
of the Sudanese Nuer, and described by Anglo-Saxon anthropologists as corresponding to the
Berbers’ socio-political organisation. Basically, it was a case of “me against my brother; my
brother and I against the rest of the world.” This made sense in a society where customary law
izerf, vendetta, retribution and/or payment of blood money were the order of the day. The Ayt
Yahya, arranged in sub-clans, clans, and inter-clan alliances carefully calculated to curb the
excesses of intra-tribal warfare, could be seen as fitting fairly neatly into the segmentary
pattern. Early reports by colonial observers, before the actual conquest of the area (1931-
1932), described Yahya clans as regularly at each others’ throats. Faced with the threat of a
common outside foe, as with the French, however, they tended to oppose a united front.

To-day, however, tribal disunity prevails. Since independence, while overall group awareness
remains outside the tribe in terms of recognizing Ayt Yahya, say, from Ayt Sokhman, tribal
solidarity within has become eroded among the Ayt Yahya. An ou-Yahya will introduce
himself as an ou-Sliman, or an ou-Fedouli, rather than as the member of an overall Yahya
tribe. The more so as, technically and administratively, such an entity no longer exists. Thus
have allegiances become strictly local, a tendency reinforced by the introduction, in the
1960s, of the local commune (žama
ε qarawiya), an administrative unit that usually duplicates
the ancient clans. Initially a rubber-stamp institution, it has been acquiring a certain measure
of autonomy and power in recent years, as local assemblies have worked out a new, realistic
relationship vis-à-vis the makhzan. All of which has tended to make nonsense of the
segmentary theory, which is no longer valid stricto sensu, in the modern context. This being
said, on the judiciary plane, I was told in Tounfit, in 1974, that while decisions were made
according to Koranic Law (ššra
ε), they still contained a dash of izerf just for good measure.

Great were the changes experienced by tribesmen in the aftermath of foreign military
conquest and subsequent independence. Now that peace prevails among the Ayt Yahya, life
has, in a way, lost its salt, its bravado. The element of panache is gone. No longer may a man
proudly sing one of those famous short poems (timawayin) such as:-


sassbu l-lkissan t-tadawt iyyis d-uhezz, uxribn bu šuk,

t-tadda

yżill, unna tent-ismun ay-as-iwten i-ddunit ġr ixf!

Full happy is he who rides with his lady-friend on horse-back,

While rifle, tea-pot and tent pegs clank together in the saddle-bag!


Nowadays, the sound of gun-shots no longer echoes back from the heights; except when
musket-wielding horseman stage mock charges on days of powder-play, called tafrawt in
Tamazight. If sheep-stealing is now officially frowned upon, it has been replaced by timber-
rustling, the Ayt Hadiddou frequently leaving their treeless plateaux at night to come and cut
down cedars in Ayt Yahya forests, despite opposition from armed Forest Guards. Poaching
Barbary Sheep in the Jbel Fazaz game reserve near Tirghist is also a tempting proposition.
But the fine (bruşşi) involved, if caught red-handed, will no doubt deter all but the lion-
hearted. The element of risk, then, is till there, but remains a poor substitute for the real thing!

Thus must Yahya tribesmen now learn to become law-abiding Moroccan citizens. This
involves channelling their energies into peaceful pursuits such as farming, animal husbandry,

or else working with road-repair gangs or woodcutters’ co-operatives. Though such solutions
may mean exiling oneself to the cities, or even going abroad, the ou-Yahya remains strongly
attached to his native turf. One of my best friends in the area, aged 58, has, in his lifetime,
only been to Casablanca once; twice to Meknes, and about half a dozen times to Midelt.
Being without a TV set does not make him feel in any way deprived. If he goes to Tounfit for
ssuq al-h’ad (‘Sunday market’), he can always enter a café and watch “Crocodile Dundee” or
“The Halls of Montezuma” dubbed into German. So what?

Like other Imazighen, and despite changing times, the Ayt Yahya endeavour to retain the
qualities which they upheld in the Heroic Age: approachability, adaptability, honour,
hospitality, industry, solidarity and belief in God. While some remain at home to eke out a
living, a minority have emigrated, either to Midelt or some other Moroccan city, or even
abroad. As old habits die hard, others join the Army, as did their forbears under the French,
and many have fought in the Western Sahara. Poetry alone, together with the ah’idus dance,
ever a powerful sign of “Berberdom” (timuzġa), still provides some measure of release.

Michael PEYRON



GENERAL

BIBLIOGRAPHY


BRYANS R., 1965, Morocco: land of the farthest West, London: Faber & Faber.
GELLNER E., 1969, Saints of the Atlas, London: Weidenfeld & Nicolson.
GUENNOUN S., 1934, La Voix des Monts: mœurs de guerre berbères, Rabat : Omnia.
GUILLAUME A., 1946, Les Berbères marocains et la Pacification de l’Atlas central, Paris:
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Publishing history:

Unpublished paper based on a presentation given at AUI on February 2, 2000.

2) From Jbel Fazaz to Middle Atlas: from boondocks to boom
towns ; the past as key to the present

1


___________________________________________________________________________

Abstract - This paper purports to give a survey of the Middle Atlas from the Middle Ages to the present day,
highlighting the fact that this Tamazight-speaking area on the Moroccan periphery labours under a cumbersome

historical handicap. More sinned against than sinning, plundered and ravaged on countless occasions by invading
armies, it rends to be visualized in terms of the Moroccan Nationalist post-Colonial Vulgate as a land of
marabouts, rebels, renegades, rustics, and robbers posing a perpetual threat to the peace and quiet of law-abiding
lowland cities such as Fez and Meknes. This has resulted in socio-economic neglect for some fifty years after
Moroccan independence. There are also brief biographies of some of its leading lights, whether mountain saint
or feudal warlord, together with a detailed catalogue of its main tribal groups and an overview of contemporary
events and issues. It is very much an area which, given the present openness regarding Amazigh culture and
language, now needs to come in from the cold and join the Moroccan economic mainstream.

___________________________________________________________________________


Introduction

The Moroccan Middle Atlas, as we know it today, is basically a highland area unfortunately
saddled with a notoriously chequered past, as a result of which it still labours under some
serious handicaps. Rather than having influenced history, it could be agued that a dire
succession of events has been inflicted on the Middle Atlas, and that it has earned itself a bad
reputation in the process, as will be demonstrated in due course. Otherwise, the principal
purpose of this paper will be to portray that discarding age-old prejudice is a serious burden
for any society – not least that of the Middle Atlas.

The area, however, would appear to enjoy serious assets. Indeed, boasting thick forests and
abundant upland pastures, it is Morocco’s main water-tower. Known as Jbel Fazaz to early
Andalucian historians, it was re-christened “Middle Atlas” by French geographers at the end
of the 19th century. For the requirements of this article, the area has been expanded to include

the Middle Atlas cultural ensemble which overlaps west to cove the Zaïan azaġar and Oulmès
areas, south to take in Midelt and the Upper Moulouya, not to mention north-easterly
extensions beyond Bou Iblane to Jbel Tazekka overlooking Taza.

Situated in the heart of northern Morocco, but away from the country’s mainstream activity, it
was conceived negatively as le Maroc inutile (‘useless Morocco’), despite the fact that some
of the most important historic trade-routes in the land cross or circumvent it. These include:
the classic, early medieval route from Moulay Idriss Zerhoun to Marrakech via Azrou,
Zaouiat Ifrane, Adekhsane, and the Tadla region; the triq as-ssultan from Fez to Qsabi
(Kasbat al-Makhzan on the Moulouya) via Sefrou, the usually snow-free Oum Jeniba col and
the qsar of Enjil, as followed by the famous Moroccan traveller Ibn Battuta; the shorter, direct
Azrou-Qsabi route via Timhadit and Tizi n-Taghzeft. Both of the last-named eventually pass
Midelt, cross the eastern High Atlas and continue on down to Tafilalt, terminus of the old-
time trans-Saharan caravan routes.

Population

The area harbours a mix of Zanata and Sanhaja Berbrs, according to the classification of early
scholar Ibn Khaldoun, 2   for most of whom it has been a zone of passage rather than a place of residence. Thus, what we have on the ground is a combination of independently-minded
pastoral tribes, based on inaccessible mountain hide-outs, some of whom were, often out of
necessity, highwaymen or foot-pads. 3 As if to remind the observe of this fact, there is a

traditional tamawayt–style short poem from the Beni Mguild which runs as follows:


a wi ma ġra asen yini wattay i lqer as

may as irwus lla tegg

w

edx ad d i mel

yiwn

wasif

ičč it lla tegg

w

edx i dduyt

mš as tummer s un ar lla tegg

w

edx adda

wr as illi wmnay lla tekkam, ay išabar, εamayn!



Hearken to what the tea says to the cartridge:

“I fear that the river in spate will sweep him away;

I fear the rain that may fall and dampen his powder,

Depriving

the

horseman

of ammunition; I fear that

For two years, caravans will pass by unscathed!”

4


The area was for long notorious as a sanctuary for Christian communities. The chroniclers of
Idris II’s reign refer to isolated pockets of Christians, encountered by the sultan’s troops
during their campaigns against hill-top fortresses of the Banu Fazaz, already perceived as
trouble-makers.

5

In fact Christian communities in the Atlas appear to have survived until Almohad times.

It was also a refuge for heretics and Jews, especially under mountain Zanata princedoms, the
most famous of which seems to have been that of Mahdi Ibn Tuwala, a probable ally of the
Barghawata. In this connection, we hear of the fabled early medieval mountain fortress of
Qal’at al-Mahdi, situated near the sources of the great river Oum Rbia’, or Wansifen, as it was
known in those days. Eventually capitulating to an Almoravid army after a seven-year siege in
the 11 th century, it was subsequently incorporated into the Almoravid military system.


Its chief claim to fame lies in the fact that Mu’tamid, poet king of Sevilla, one of the reyes de
Tayfa brought to book by the Almoravids, was placed there under house arrest.

6

The king refers to his brief captivity in a wooden fortress with Jews and monkeys for neighbours, before being sent to languish and die in exile at Aghmat at the foot of the Marrakech High Atlas. The precise location of Qal’at al-Mahdi remains a mystery to this very day.

7


Land of saints

The Fazaz area can boast numerous famous holy men, or marabouts (igweramn), some of

them peacefully inclined, others somewhat less so. Chief among these was Moulay Bouazza
(yilanur), an uncultured monolingual Berber-speaker and undoubtedly one of the leading
lights of the Moroccan Middle Ages. After becoming famous as a divinely inspired shepherd
on Jbel Gourza in the Tinmel area, 8 he later travelled extensively throughout Morocco, and

finally settled in central Morocco, being buried at the famous shrine at Jbel Yiroujane in the
Tafoudeit area on the Zaër/Zaïan marches.

9


Moulay Ahmed El-Ouahed, appears to have been a Marinid šurfa from the Tafilalt area who
travelled through Jbel Fazaz till he reached Zaouiat Ifrane between Aïn Leuh and Mrirt,
where, probably in the 15th century, he married a local woman and founded his zawiya among

some caves on the edge of the Tisigdelt plateau. This became a perfectly integrated Arabic-
speaking island in a Berber sea.

10


Something of a mystic, Abu Mahalli (rather unkindly referred to as ‘Bum Hully’ by early
English sources), a wayward Sufi from the Saoura region, studied at Dila’ in Jbel Fazaz under
Abu Bakr ad-Dila’, only to embark on an Almohad-sytle, would-be mahdi venture that ended
tragically outside the walls of Marrakech (1615).

11

Of considerably greater importance were the Dila’yin marabouts (circa 1560-1665) who
founded two zawiya-s: one near present-day Ayt Ishaq; the other at Ma’ammar, some ten
miles to the south-west from there, and visited by this writer on December 26, 1992. Sacked
by the first ‘Alaouite sultan, Moulay Rachid, Dila’ was for long a famous seat of Koranic
learning in Arabic, by and for Berber-speakers until, switching from the spiritual to the
temporal, using as their power base the martial Amazigh tribes, its leaders developed dynastic
ambitions, initially neutralising their Tazeroualt competitors form south-west Morocco, but
finally losing out to the ‘Alaouite šurfa from Tafilalt, in a dynastic contest vaguely echoing
Britain’s 18th century Stewart-v-Hannover rivalry.

12


Their principal spiritual successors were the Imhiouach marabouts (circa 1700 to the present
day), who were chiefly famous for their Koranic-inspired teaching, magic rites and Doomsday
prophesies, especially Sidi ‘Ali Lhoussaïne and Sidi ‘Ali Amhaouch. The great Sidi Boubker
Amhaouch, who lived in the early 19

th

century, was also something of a military leader in his own right, having achieved fleeting unity of the north-west pushing Ayt Oumalou tribes and
encompassing the defeat of sultan Moulay Slimane’s army at the battle of Lenda (1818).
These event were responsible, at the time, for some measure of Arabo-Berber antagonism,
especially when lowland Beer contingents serving in the sultan’s me alla were suspected of
lukewarm loyalty to the ‘Alaouite cause.

13

In April 2001, the present writer had tea with the present incumbent, Sidi Mohand Amhaouch, in his house at Lenda.

A comparatively little-known saintly figure, Sidi Raho, possessed not inconsiderable wealth,
including a kasbah at Sefrou, which the French burnt down. Famous for twice leading
Moroccan resistance fighter contingents against Fez (1911 & 1912), he later held out grimly
for another dozen years or so in the north-east corner of the Middle Atlas.

14


Other saints were better known for their intellectual prowess. Chief among these was al-
Yousi, a Berber-speaker from the Moulouya area, who, after studying Arabic in various seats
of learning, including Dila’ and the Qarawiyine, ended up penning the famous muhadarrat,
not to mention a bold letter in which he politely takes to task sultan Moulay Ismaïl for one of
the latter’s more energetic campaigns against the tribes of Fazaz. Al-Yousi was also famous
for his poetry, some of which, interestingly, was composed in bilingual Arabo-Berber form.

15


A contemporary of his was Bou Salim al-‘Ayyachi, most famous of all the saints from Zaouia
Sidi Hamza, a highly influential religious centre situated on the south side of Jbel al-
‘Ayyachi. Proficient in Berber and Arabic, he wrote a rihla describing his travels to the east,
also composing some poetry. A leading figure of Moroccan Sufism, Bou Salim enjoys a
privileged niche in the local oral literature. The present author met his descendant at Sidi
Hamza in 1969.

The ‘Alaouite sultans and Jbel Fazaz

The ‘Alaouites, with King Mohammed VI at present on the throne, represent Morocco’s
longest-serving dynasty. Vis-à-vis Jbel Fazaz they have always felt compelled to keep lines of
communication open across and around the area, as explained above, both with Tafilalt
(incarnating links to spiritual home-land and shrine of ancestor Moulay ‘Ali Cherif) and
Marrakech, the other major imperial city. Hence a cordon of strategic border fortresses,
garrisoned by
εabid guards, to seal off and keep in check potentially unruly Berber tribes
living “beyond the Pale”.

Subsequent policy usually took one of two forms. When the makhzan was strong, the sultan
would take the field at the head of his army for “showing the flag”, forcefully levying taxes,
appointing qayd-s to exercise tribal surveillance. Conversely, whenever the makhzan was
weak and divided, as in the mid-18th century, diplomatic brinkmanship was the order of the

day, complete with bet-hedging and “divide and rule”, making and breaking alliances with
this or that tribe – whichever was perceived as posing the greatest threat to peace and quiet.

16


By and large, however, the relationship between ‘Alaouite sultanate and the Fazaz tribes was
a prickly one. Following the crushing of the Dila’yin marabouts by Moulay Rachid, first of
the ‘Alaouite sultants, his successor Moulay Ismaïl lauched a series of merciless campaigns to
seek out and destroy the fighting element of the hill tribes. The resulting legacy of dislike has
lasted practically down to the present day, has probably resulted in the area being “punished”
by socio-economic neglect for fifty years after the end of the Protectorate, and remains the
chief hurdle in any normalisation of Middle Atlas-makhzan relations.

The tribes of Jbel Fazaz

These are sometimes referred to as Sanhaja Berbers, though this term has lost its true
significance since Almohad times. Basically, these are Tamazight-speaking, tent-dwelling
warrior-shepherds. Tribal societies, they are often linked by brotherly, ta a-style pacts,
combined with a very strong sense of hospitality (customary law, or izerf), and honour (l
εezz).
These people, who spent much of their time feuding and raiding (hence the warrior tradition)
used to occupy a boundless, timeless country known prosaically as blad amaziġ (‘Berber
country’), or tamazirt niaen (‘land of heroes’), 17
as depicted in traditional oral poetry.


Going from the north-west and working down to the south-east, we have on the map:-

The Zemmour, (ayt zuggwat), centered on Khemisset, are the ones who reached furthest in the

above-mentioned north-westerly push of the Berbers. Famous horsemen, they maintain to this
day the typically Moroccan Berber tradition of powder-play, known as fantasia in tourist-
speak, tburida in Moroccan Arabic, tafrawt in Tamazight. They don colourful, broad-
brimmed straw-hats during summer harvesting. Recently, one of their chief claims to fame is
that they produced the famous singer Najat Aatabou.

The Guerrouane (iyerwan), originally lived near Bou Denib, where you will find a kasbah
named Toulal, similar to the Toulal near Meknes, the latter being associated with a famous
vintage, much to the disgust of some Amazigh purists. At a later stage in their migration they
occupied Asif Melloul, in the High Atlas, whence they were evicted by the Ayt Hadiddou,
after which they settled near Midelt, where a ruined “Ksar Guerrouane” may be seen to this
day. Their musicians are most commendably keeping alive the amdyaz heritage of the Berber
bards on the northern fringe of the Middle Atlas, despite the proximity of big cities.

The Beni Mtir (ayt n ir), one of the first Tamazight-speaking tribes exposed to western
influences, now occupy the plateaux and forests between El Hajeb and Ifrane (Tourtit). Great
musicians, poets, and horsemen, they lived in the Ziz valley in the early-17th century, at which

time they developed strong ties with Zaouia Sidi Hamza and Bou Salim al-‘Ayyachi. Among
their better-known clans are Ayt Ourtindi, Ayt Na’aman, Ayt Herzallah, Ayt Bourouzouine,
Ayt Slimane, Iqeddar, etc.

Also famous as former clients of Zaouia Sidi Hamza, the Ayt ‘Ayyach live in exile among the
northern foothills of Jbel Kandar, close to Fez, separated from their southern cousins, the Ayt
‘Ayyach of Anzegmir, by the entire breadth of the Middle Atlas. A most civilised people,
born poets half of them! A well-known Ou-‘Ayyach was the wandering bard Hammou ou
‘Assou (circa 1900-1960), some of whose poems this writer collected in Midelt in 1989, but
who used to come right up to Ougmès, near Azrou, during the fruit-picking season in the 1930s.

18


The Ayt Sadden live east of Fez around Bir Tam-Tam. This tribal group has produced two
important Amazigh militants: Dr Abdelmalek Ou-Sadden, a previous Berber language
informer who did field-work with André Basset, 19 and Mohammed Chafik, a famous Berber

scholar and first recteur of the Royal Institute for Reseach on Amazigh Culture (IRCAM in
French). Originally, they were Arabic-speakers who moved north from the Sahara, and now
speak a Tamazight dialect very similar to that of the Ayt Izdeg, their one-time neighbours,
who have stayed on in the Ziz valley.

The Ayt Yousi are a tribal group established around Sefrou and Tazouta, reaching down
towards, and even beyond, Boulmane. Some even remain near Enjil on the Moulouya slope.
They previously occupied land far to the south in the Ziz valley, but, as a pro-government jayš
tribe, were moved north to watch over triq as-ssultan. Apart from al-Yousi the scholar, there
was also a famous late-19th century qayd al-Yousi, whose former town-house in Sefrou now

hosts seminars and other cultural gatherings. A famous Ou-Yousi alive today is Fez-based
geographer Lahsen Jennan, who recently completed an exhaustive thesis on the Middle
Atlas.

21


Now for a trio of tribes to the north-east who speak a different kind of Berber related to the
znatiya vernacular:-

The Ayt Seghrouchen are a very large tribe, some near Immouzzer-Kandar, some in and
around Ifrane, with others living near Boulmane, on and about Jbel Tichoukt (al-Mers) which
they defended most energetically against the French military (1915-1926). Meanwhile, yet
others remain in the Talsinnt area, in the south-east. Their name derives from seġr uššen
(‘shrivel jackal’), the founder member of the tribe, something of a holy man with magical
powers, having thus disposed of a jackal attempting to molest his flock. Many of them later
served under the French with the irregular infantry or cavalry known as Goums.

The Ayt Warayn are another very large tribe occupying most of the north-east corner of the
Middle Atlas, their heart-land a valley called Tanchraramt, tucked away in the mountains,
dominated by the precipices of Ich Izdiane. Great warriors, but, at the same time, highly
civilised people. They resisted the French for many years near Bab ou Idir, later around Bou
Iblane, where one of their number, Mohand ou Hammou, earned a name for himself (1926).

22

Today, 90% of the Moroccan Parachutre Brigade are Waraynis. Although Berber poetry is
currently undergoing a revival in this area, for some time the locals had been singing in
Arabic, but to Berber rhythm, a habit apparently introduced by their Beni Yazgha neighbours
from Elmenzel.

They have as southerly neighbours the equally famous and previously warlike Marmoucha
(imermušen), proud, sheep-rearing transhumants inhabiting one of the coldest regions in
Morocco. They stoutly resisted the French army both during the Taza area campaigns (1920-
1926) and, again, in 1955-1956 with the Moroccan Liberation Army.


Moving south and centre, we find a foursome, the first three of which were historically
referred to as the Ayt Oumalou (‘sons of the shady slope’), former enemies of the Ayt
Idrassen, and incorporating various combinations of tribal groupings, depending on
circumstances.

The Beni Mguild (ayt myill) are hardy shepherds and wood-cutters occupying the main cedar
forests and undulating plateaux extending south from Azrou and Aïn Leuh to Timhadit,
overlapping into the upper Moulouya. They were most unrelenting in resistance, first against
the makhzan (19th century); later against the French, being involved in heroic battles around

Bekrit (1916-1920). They were at one time allied with, later in competition with Zaïan
neighbours.

The Zaïan (i iyyan) are among the most famous of highland Berber tribes. Their territory
extends from Mrirt to Tighessaline, west to Oulmès; where Berber political leader and former
minister Mahjoubi Aherdane comes from. Chief town Khenifra, elevated to status of “capital”
by great war-lord and resistance fighter Moha ou Hammou Azayyi, to give him his Berber
name. They are renowned horsemen and hunters using Moroccan grey-hounds (uskayn). As
for the classic Zaïan a idus it is justly famous. Vast pastoral gatherings take place in summer
on fertile, wood-girt Ajdir plateau, that epitomizes all the semi-nomadic Zaïan aspire to.

23

On October 16, 2001, the present king made a speech to the tribes at Ajdir, announcing the
opening of the Royal Institute for Research into Amazigh Culture (IRCAM).

24


The Ichqern are centred round Lqbab on Oued Srou. Long-time associates and clients of the
Imhiouach saints, they occupy a meat-in-sandwich situation between the Zaïan to the north
and Ayt Sokhman to the south. Prominent in crippling inter-tribal battles with the Zaïan, in
resistance against the makhzan and France.

25

Many enrolled in the Goums under the French,

served in Second World War, and eventually in the FAR as the Moroccan army is called.

Finally, the Ayt Ihand, who are a small tribe occupying wooded, mountainous terrain between
the Moulouya and Oued Srou; in the 18th and 19th centuries they used to side with the Ayt

Idrassen against the Ayt Oumalou.

Middle Atlas place-names

Many of the toponyms in this far from exhaustive list are referred to in Amhaouch apocalyptic
prophesies and bardic poetry, constituting what we might term the “mythical dimension” of
Jbel Fazaz seen as a sort of a orm, (‘protected sanctuary’).

26


Tafoudeït: name given to village and surrounding hilly country shared by Zemmour and
Guerrouane along Oued Beth, upstream from Khemisset. Oued Beth itself – site of a terrible
battle in Barghawata times – is seen by some Imhiouach prophesies as the place of destiny, a
fact clearly stated in the following lines of verse:-


tsul baht ad tarew yiwn ušnid igan abexxan,

yili s wazzar ad ikka s tiqqar ddunit !



One fine day in Oued Beth shall be born a shaggy

Black donkey whose kicks will shake this world!

27

Adarouch: proverbially excellent grazing country (site of present-day “King Ranch”) between
Boufeqrane and Mrirt; often a bone of contention in the past between Beni Mguild and Zaïan.

Tabadout: village near paysage d’Itto between El Hajeb and Azrou. It was the scene of some
severe fighting against a French column in 1913-1914.

Tigrigra: a fertile plain extending south-west from Azrou along the foot of the Middle Atlas to
Sidi ‘Addi, featuring villages, meadows and orchards; was also much coveted in the past for
its grazing.

Zaouia Si ‘Abdesslam: small zawiya situated on Asif Tizguit a few miles downstream from
Ifrane; has retained links with marabouts situated far to the south, including those at Zaouia
Sidi Hamza.

Daïet Aoua: large shallow lake in a broad bowl in the hills between Ifrane and Immouzzer-
Kandar; has sometimes dried up completely in recent years due to drought and abuse of
aquifer by motor-pumps irrigating orchards.

Jbel Hayyane: (2.407m; ‘cold mountain’), highest point in the tabular Middle Atlas and
former tribal rallying-point, especially during early-20

th

-century battles around Bekrit. It

retains residual snow-patches quite late in season (May).

Oued Guigou (asif n yiyu): a river, famous for trout-fishing, belonging to the Oued Sebou
watershed that drains a vast upland plateau between Timhadit and Taghzout, now in Beni
Mguild territory. Sunday market (ssuq es-sebt) at Almis is local focal-point for trading.

Jbel Fazaz: refers to hills that overlook Oued Guigou to the south, whereas name formerly
applied to central and western part of Middle Atlas area.

Amekla: a fertile plateau near Annoceur, south of Sefrou, associated with the zawiya of Sidi
Raho ‘Arfaoui, famous early-20

th

-century holy man and resistance leader.


Jbel Tichoukt: (2.790m); rather arid, oak- and cedar-clad mountain situated between
Boulmane and al-Mers; became an impregnable fortress to Sidi Mohand and his dissident Ayt
Seghrouchen tribesmen (1923-1926).

Sidi Mohand Azeroual: small sanctuary at foot of eastern spur of Tichoukt, dedicated to saint
and miracle-worker who played a considerable role in local tribal politics several hundred
ago.

Tilmirat: small hamlet in Beni Aliham territory; supposed to harbour a sacred juniper to
which is attributed a mahdi-style legend.

Jbel Bou Iblane: (3.190m), vast mountain range, snow-clad 6-7 months a year in Taza region;
Sidi Raho and last die-hard resistance fighters in Middle Atlas surrendered there in summer of
1926.

Zaouiat Oued Ifrane: zawiya and village situated between Aïn Leuh and Mrirt at source of one
of the headstreams of Oued Beth, a wooded, fertile spot, overlooked by Tisigdelt plateau
(probable site of Qal’at al-Mahdi).


Adekhsane: site of an Almoravid fortress on plain about 10 kilometres south of Khenifra; was
often used as base by ‘Alaouite sultans (1665-1750) during their campaigns against unruly
tribes.

Aamira (Lgara): site of former hilltop-fort lying due east of Khenifra and overlooking
Adekhsane; belonged to some unknown independent Amazigh chief before being reduced by
Almoravid army.

El Herri (lehri): lies about 10 kilometres south of Khenifra on Oued Chbouka. It was the site
of a Pyrrhic victory won by Moha ou Hammou over a French detachment under Colonel
Laverdure in October 1914. Though many Moroccans were killed in the battle, it made a great
impression on the French, dictating greater caution during their subsequent campaigning in
the Atlas.

Lqbab: the Ichqern “capital”, this small town overlooking Oued Srou has undergone recent
construction of several unsightly apartment blocks. A district of the town, called Taqedoust,
has long been associated with the Imhiouach marabouts. In the 20th century was the residence

of two devoted Roman Catholic fathers who, far from attempting to Chrisitianize the locals,
did all they could merely to help them, and are highly thought of to this very day.

Lenda (Lemda): small village surrounded by vast wheat-fields on left bank of Oued Srou,
situated a few miles west of Lqbab. Also site of Moulay Slimane’s defeat at hands of Fazaz
tribes united under Boubker Amhaouch (1818). The place, often mentioned in oral poetry, has
since acquired truly mythical proportions in the hearts and minds of some members of the
local population, being visualized as the once and future spiritual capital of the area;
symbolizes hops of better times.

Jbel Toujjit: prominent mythical mountain at the heart of central Morocco between Aghbala
and Tounfit on the Moulouya/Oued el ‘Abid watershed, strongly associated with the
Imhiouach marabouts, especially Sidi ‘Ali, who used to come and meditate there. Also an area
of refuge towards which mužahidin retreated during period of resistance to the French (1918-
1931). According to local tradition, on a fine day you can see the holy town of Boujaad from
the summit, thus establishing a visual link between two strong markers on the spiritual
landscape. There is a small wooden hot on the summit, presumably to allow pilgrims to spend
the night.

Tazizaout (‘green mountain’): a remote, steep-sloped, cedar-covered ridge, surrounded by
bushy ravines, lying between Aghbala and Imilchil. Site of a famous, month-long battle
against the French in August 1932, which brought to a close the Imhiouach epic, and scene of
a small musem celebrated every year for three days commencing August 24 to commemorate
mužahidin who died there.

28


Brief overview of colonial period

Putting it in a nutshell, Protectorate authorities saw their subjugation of the area as imposing a
timely check on rebellious tribes that had been pushing their way north-west for centuries and
now threatened to engulf the plains of the Gharb, Lyautey’s Maroc utile, which, according to
the logic of the time, he had to protect; bolstering up the weakened ‘Alaouite dynasty was
very much part of his brief.


Suffice it to say that for Middle Atlas Imazighen it was the end of the previously mentioned
“land of heroes” and the collapse of a centuries-old traditional lifestyle. Their gallant
resistance, their patriotic participation in famous battles, from Bou Denib in 1908 to the
crowning tragedy of Tazizaout (1932), has finally been acknowledged. Though both these
spots are somewhat “out of area” as far as Jbel Fazaz proper is concerned, numerous fighters
from the Middle Atlas contributed to these campaigns and thus deserve to be mentioned here.
While many of the young men enrolled in the colonial army as Goums or Tirailleurs, later in
the FAR, nothing would ever be the same again. For better or for worse, the local population
were brought into contact with the modern age: first through exposure to heavy artillery,
machine-guns and aeroplanes; later, and in more kindly fashion, with medicine, soap,
hospitals, schools, roads and the rule of law. Serious curtailments were imposed on their
freedom, especially regarding pastoral movements, use of forestry resources and feuding. To a
people used to settling disputes their own way, with cold steel or rifle-shot, however, this was
possibly the hardest thing to accept, as attested by many contemporary poems, as in the
following:-


ay iysan, iġab lεezz assa mġar iney ša
y i
εerrimn isafer d uzif mš ur
ġursen illa w ba i ymssus llibas !



O horses, gone is bravery today; should one of

Our young men set off on his steed, he goes unarmed;

Truthfully, the spice of life has departed!




tunf l
εedda y ay imaziġn, qqa
zziyun iġab wawal w wuzzal, iy awn
uše

ab l leεqul all la nna wr diyun!



Our guns’ve been confiscated, O Berbers, for all of you,

The sound if steel is silent, and honour is gone,

You now react to an alien form of logic!

29


Present-day period

The Middle Atlas has acquired a reasonably well maintained road network, with regular bus-
services, while mobile phone towers have mushroomed across the rural landscape. Health and
educational services are in place; in theory, at least. Ifrane, Azrou and Sefrou have benefited
from tourism, both national and international, and contain most of the urban resources one can
expect to find. Reflecting phenomena such as rural exodus and population, the switch from
boondocks to boom towns has chiefly affected conglomerations such as Mrirt, Midelt,
Khenifra, Sefrou and Ifrane, the last three having greatly benefited from becoming provincial
capitals. Meanwhile, winter sports and summer tourism are becoming increasingly popular
with weekenders from Fez, Meknes and Rabat.

Economically speaking, however, the area has yet to take off, and a fairly large proportion of
the population are living in, at best, straitened circumstances, while illiteracy still survives in
most areas. Some development projects, such as the bituminous schist workings near
Timhadit have, if anything, been counter-productive. More capital investment is required

from outside, and not only with absentee land-lords enlarging their flocks (hence over-
grazing), or mass-produced chicken farms, or newly developed apple-orchards with water-
pumps adversely affecting the water-table, though these activities do employ plenty of local
labour. Happily, some locally financed NGO’s have appeared in recent years for
agricultural,

30

or tourist-related projects, chiefly in the Ifrane-Azrou area, with the setting-up

of dedicated guest-houses.

31


Ski installations at Michliffen and Jbel Hebri require up-dating, and though other aspects of
tourism (hunting-shooting, fishing, etc.) are developing, plans to set up a national park in the
area, which, riding on the crest of the present world eco-tourism boom would no doubt further
protect the cedar forest, have yet to materialise.

32


The area as a whole, however, still suffers from its historical legacy as a potential hot-bed of
rebellion. This particular instance of slanted vision is one of the corner-stones of the post-
Protectorate Moroccan Vulgate, the Middle Atlas being unfairly seen by the urban glitterati as
a reservoir of military man-power, a land of potential heretics, saints, sorcerers, shepherds,
wool-spinners, ladies of the night and vernacular poets. While jokes about the Tanjaoui, Fassi,
Berbri, Soussi, Marrakchi and the country rustics (l
εerubiyin) of the Middle Atlas will always
circulate (just like funny stories about Irishmen, Scots, Belgians or Auvergnats) what is
needed is a sea-change in the hearts and minds of most city-dwelling Moroccans for a better
understanding of the country’s rural population. This applies especially to that of the Middle
Atlas, formerly Jbel Fazaz.

In this context it should not be forgotten that the people of the Middle Atlas “did their bit”
defending their country against colonialism in the 20th century; they are also good, hard-

working Muslims. They understandably aspire to better living better conditions and there is
no reason why should not achieve their goal.

In this respect, the founding of Al-Akhawayn University in Ifrane in 1995-1996 constituted a
happy innovation regarding interaction between officialdom and the locals. Apart from the
numerous jobs created on and off campus, some cultural, sociological and ecological ties have
been developed with the Ifrane community, while development projects (such as the Hilary
Clinton Empowerment for Women, the environmentally-oriented CEIRD, and a carpet-
weaving operation set up at the nearby village of Tarmilat) have got under way, chiefly
targeting Zaouia Si ‘Abdesslam and Ben Smim. Far more relevant to the topic in hand, some
experiments in Tamazight teaching have been implemented and, since 2001, a student’s
association called “Tamesmount n-Al-Akhawayn” has organised several conferences on
historical and cultural problems, while a “History and Culture of the Berbers” class, has been
taught by the author of the present article and a dedicated text-book published.

33


H.M. Mohammed VI’s recent (October 2001) declaration at Ajdir has also contributed
towards bringing the Middle Atlas out from the cold and into mainstream Morocco. Added to
this was the fact that Tamazight was officially declared as being part of the national heritage,
of which every Moroccan can be proud. The first four years of the subsequently founded
IRCAM, however, have produced balanced results: on the one hand, numerous highly
productive conferences have been held and Amazigh-related books have been written,
including language text-books for in-class teaching that has been effective since 2003. On the
other hand, there has been some ambiguity surrounding the Institute’s real goals, together
with accusations that some government department were stalling, especially regarding use of

the Tifinagh alphabet, teacher training, and application of language-teaching programmes, not
to mention their extension to Secondary and Higher education (as yet unachieved).

On the whole, however, programmes launched by IRCAM have been prosecuted with a
reasonably high degree of professionalism and have allowed of an upsurge of scholarship and
general interest in a language and a culture that had been sidelined for centuries. The Middle
Atlas (Jbel Fazaz) as one of the chief Amazigh areas of Morocco surely stands to gain from
this ongoing process.

Michael PEYRON
Visiting Professor

History & Culture of the Berbers

Al-Akhawayn University-in-Ifrane (Morocco)

NOTES

1 This article is the revised version of a lecture given at Al-Akhawayn University-in-Ifrane on November 1st , 2001.
2 Cf. IbnKhaldoun, Histoire des Berbères, 4 vols, Paris : Geuthner, 1956.
3 Known as ‘coupeurs de route’ in French ; iqeaεn in Tamazight.

4 A. Roux & M. Peyron, Poésies berbères de l’époque héroïque, Maroc central (1908-1932), p.68. This poem dramatically portrays the emphasis that Beni-Mguild tribesmen placed on raiding as an institution during times of siba.
5 A. Naciri, Kitab al-Istiqça, XXX, p.158, refers to Jewish Berbers among the Banu Fazaz of the area; Banu
Fazaz, of course, is an Arabicised rendering of ayt fazaz.
6 Cf. G.S. Colin, Encyclopædia of Islam, vol. 2, Leiden: Brill, 1991, p.874.
7 Fonds berbère Arsène Roux, IREMAM, Aix-en-Provence, file 79.1 ‘Fazaz’; also M. Peyron « Qal’at al-Mahdi : a pre-Almoravid fortress in the Moroccan Middle Atlas », JNAS, vol.8, N°2, (summer 2003), pp.115-123.
8 Cf. texte 57 : Sidi Bou Iâzza, le gardien du Gourza, in H. Stroomer, Textes berbères des Guedmioua et Goundafa (Haut-Atlas, Maroc), p.147.
9 Cf. text « Al chaykh Abu I’azza Yilanur Ibn Maymun », in Ibn al-Zayyat al-Tadili, Regard sur le temps des Soufis, (trans.
Ahmed Toufiq), Rabat ; Eddif/UNESCO, 1994, pp.158-164.
10 One of the likeliest sites of Qal’at al-Mahdi and visited by the author on several occasions (2001-2005).
11 N. Barbour, Morocco, London : Thames Hudson, 1965, p.115; C.-A. Julien, Histoire de l’Afrique du Nord, Paris: Payot, 1994, p.558.
12 G. Drague, Esquisse d’histoire religieuse du Maroc, Confréries et Zaouïas, Paris : Peyronnet, 1951.
13 M. El Mansour, Morocco under the reign of Mawlay Sulayman, p.102 ; also article on rebellions in Morocco by J.F. Clément in al-Asas, N°13/1979, p.23; also A. de Prémaré, RMMM, 51/1989, pp.1124-1125. Cf. D.M. Hart, “History on the hoof”, JSMS, 3/1993, p.17, for north-west push of Sanhaja Berbers.
14 M. Le Glay, Badda fille berbère & autres récits marocains, Paris: Plon, 1921, pp.179-198.
15 J. Berque, al-Yousi, Rabat: Tariq Ibn Zyad, 2000.
16 N. Barbour, op. cit., p.122 ; H. Terrasse, Histoire du Maroc, Casablanca : Hespérides, p.140, both probably drawing on Istiqça chronicle. Cf. also A.S. Azaykou, Histoire du Maroc, ou les intérprétations possibles, Rabat : Tarik Ibn Zyad, 2002, pp.61-63.
17 From poem in M. Peyron, Isaffen Ghbanin, Casablanca: Wallada, 1993, pp.196-197.
18 Cf. M. Peyron, op. cit., pp.196-197; A. Roux & M. Peyron, Poésies berbères de l’époque héroïque, Aix-en-Provence: Edisud, pp.39-46.
19 Cf. A. Basset, Textes berbères du Maroc (Parler des Aït Sadden), Paris : Geuthner, 1963, (with introduction by P. Galand-Pernet).
20 Many of the above-mentioned Tamazight-speakers used to belong to a loose tribal alliance known historically as the Ayt Idrasen, but which broke up early in the 19th century.

21 L. Jennan, Le Moyen Atlas central et ses bordures : mutations récentes et dynamiques rurales, Fez : Al Jawahir, 2004.
22 Cf. J. Saulay, Histoire des Goums, vol.1, Paris : La Koumia, p.209.
23 a fad nneš ay uždir! (=’How I long for you, O plateau of Ajdir!’); thus, in winter, does the Zaïan shepherd long to return the heights of Ajdir the following spring.

24 Of special significance to the Zaïan is the fact that Mohammed VI is great-grandson of their famous former chief Moha ou Hammou.
25 Cf. S. Guennoun, La Montagne Berbère, Rabat: Omnia, 1933, pp.253-264 ; also S. Guennoun, La Voix des Monts, Rabat : Omnia, 1933.
26 Some of the subsequent place-names figure in A. Roux & M. Peyron, op. cit., pp.183-193.
27 Apparently linked to old legends which claim that the appearance of a sort of Anti-Christ (dužžal), riding a black donkey, will herald the coming of the mahdi; A. Roux & M. Peyron, op. cit., p.191.
28 Ibid., pp.194-200.
29 M. Peyron, “Amazigh Poetry of the Resistance Period (Central Morocco)”, JNAS, Vol.5, N°1 (Spring 2000), p.115
30 Chief among these is the Oued Srou project for agricultural and social development, affecting the area immediately south-east of Khenifra.
31 While guest-houses ideally target the down market eco-tourism niche, it is difficult to see how some of the new construction at Ifrane (in particular the revamped de luxe “Michliffen hotel”) are expected to fit into this category!
32 Cf. present author’s article on Middle Atlas in Montagnes Méditerranéennes, IGA, Grenoble, 2000/n°12, pp.49-51. Also his follow-up paper on “Rural tourism in the Atlas mountains” at Sustainable Tourisme workshop during “British Days” at Al-Akhawayn University, Ifrane, March 6, 2002.
33 M. Peyron (ed.), The Amazigh Studies Reader, Ifrane: AUI University Press, 2006.



Publishing history:
To appear in Nabil Boudraa and Joseph Krause (eds.), Mosaic North Africa: a cultural re-
appraisal of ethnic and religious minorities, CUP, 2007 (in the press).

 

3) Barghawata et résistance


Introduction

D’avoir fait peser sur les Barghawata

1 toute la malédiction de l’histoire en tentant de les effacer de la mémoire marocaine reste une entreprise procédant du déni historique

2 restée longtemps sujet tabou, la question des Barghawata peut sans doute être désormais abordée sans passion et aussi objectivement que possible. D’autant plus que la ‘Marocanité’ de leur entreprise n’est plus à prouver, basée qu’elle était sur une population occupant la région de Tamesna aux rivières pérennes, à la fois cœur vital du Maghreb al-Aqsa et véritable poumon ouvert sur la mer océane. Population dure à la tâche, comptant des hommes courageux et des femmes énergiques d’après les commentateurs de l’époque

3 . De plus, bien qu’ayant relevé d’une entité politique déconsidérée par l’historiographie officielle, car perçue comme ayant colporté la plus discutable des hérésies, il est toute de même permis d’affirmer que la geste des Barghawata « idéologie (…) née d’une volonté de lutter contre l’oppression »

4 s’inscrit dans un très ancien processus marocain de résistance aux influences étrangères.

Résistance, donc, au VIIIe
siècle vis-à-vis d’un diktat religieux, d’un projet de société, imposé depuis l’Orient en faisant fi des réalités, du génie des habitants du Maghreb al-Aqsa.
Résistance « en réponse à la politique d’humiliation, de spoliation et de discrimination dont
furent victimes les Berbères, après la révolte de Maysara »

 

5 . Celle-ci aboutira à la création

d’un royaume marocain authentiquement amazighe, ainsi qu’à une adaptation berbère très
sévère de l’Islam, bien que quelque peu décalée par rapport à la religion-mère et basée sur un
qur’an dans la langue vernaculaire qui n’a pas fini de défrayer la chronique.

Enclave déviationniste qu’il s’agira de défendre par tous les moyens envisageables. Nous
nous proposons d’analyser en premier lieu la situation des Barghawata, privés de profondeur
stratégique car adossés à l’Atlantique, et obligés de rechercher des alliances assez aléatoires,
mais disposant apparemment de quelques moyens maritimes et s’appuyant sur des lignes de
communication intérieures relativement courtes leur conférant un avantage tactique certain.
Nous examinerons également le rôle que vont jouer les diverses régions dans ce dispositif
défensif focalisé sur leurs confins est et sud-est, frontières de toutes les menaces.

Les frontières de Tamesna

Les limites du royaume des Barghawata ne sont guères connues avec précision, d’autant plus
qu’elles ont pu fluctuer au gré des combats. Il est possible, cependant, d’en établir les
contours grosso modo.

-

Au nord et nord-est, le Bou Regreg, comprenant la ville de Chellah, tout au moins
jusqu’au milieu du Xe siècle

6  puis la vallée de l’Oued Bath jusqu’à sa source dans le

Fazaz (Tamesna oriental).


À l’est/sud-est, le cours supérieur de l’Oued Grou et le Jbel Yiroujan

 

7 puis l’Oum Rbia’ (Wansifn, ‘fleuve des fleuves’) jusque dans le Tadla ; enfin l’Oued Tansift (‘petit fleuve’), et ses environs.

-

Au sud-ouest, éventuellement, l’arrière-pays d’Asfi et des Haha

 

8 (Tamesna occidental).

-

À l’extrémité nord du pays et séparé du reste des terres des Barghawata, citons pour
mémoire le port de Sebta, lequel s’érigea (1061-1086) en petit royaume taifa semi-
indépendant sous Soukout al-Barghawati

 

9 jouant un rôle commode de fenêtre ouverte sur l’Andalousie, mais dont les liens avec le royaume hérétique demeurent flous.


Considérations stratégiques

Les Barghawata occupaient une zone appelée Tamesna (‘au bord de l’eau’), ainsi que celle
des Doukkala, avec une partie du Tadla, véritable grenier du Maghrib al-Aqsa. Ils disposaient,
outre d’importantes ressources alimentaires, d’un ensemble propice au combat défensif,
composé à la fois de petites montagnes boisées, de plaines, de forêts, de larges vallées (Grou,
Khorifla, Bou Regreg, Beth) profondément entaillées dans le plateau central. Parmi celles-ci,
la vallée du Baht, cassure profonde en partie bordée de falaises, qui faisaient figure de
frontière naturelle avec les voisins Idrissides. Se prêtaient également à une action défensive le
massif du Khatouat, ainsi que le cours supérieur du Khorifla (Khoriflet), d’autant plus que
c’est sur ses rives que périra le chef murabit Ibn Yasin

10

. Quant à la forteresse de Qala‘at al-

Mahdi,

11

tenue par les Zenata du Jbel inféodés aux Barghawata, elle semblait constituer avec

la région du Tafoudeit et du Jbel Yiroujan leur bastion oriental. Celui-ci joua pleinement son
rôle lors de l’invasion almoravide, la Qala’at ayant résisté entre sept et neuf ans aux armées de
Youssef Ibn Tachfin

12

. Il y a, du reste, tout lieu de penser que ces massifs boisés,

éventuellement les collines des Haha, ont constitué le réduit suprême des Barghawata au
moment où ceux-ci disparaissent finalement de l’histoire au XII

e

siècle. En effet, depuis les

temps les plus obscurs, les Imazighen du Maroc ont su admirablement tirer parti des
mouvements de terrain, s’accrocher aux collines, qu’il s’agisse du Khatwat, du Fazaz, du
Tazizaout…


Autre atout majeur dont disposait les Barghawata : des voies de communications terrestres
articulées autour d’un réseau de pistes et d’un système de messagerie rapide selon les critères
de l’époque, à base d’irkassen à pied et/ou à cheval, sans parler des feux du genre tamatert
pour donner l’alerte, ce qui leur permettait de parer à toute menace là où elle se présentait,
dans les plus brefs délais. Ce potentiel défensif semble avoir été utilisé dans son ensemble à
bon escient.

En effet, sachant lorsqu’il le fallait profiter des divisons chez leurs adversaires, les
Barghawata ont réussi à tenir tête de 752 à 1149, et ce face à des attaques multiples et répétées
des ennemis idrissides, fatimides, zirides, almoravides, ou almohades

13

. Parmi les adversaires

auxquels ils se sont trouvés confrontés, un cas quasiment pathologique : celui de l’émir ziride
Temym al-Yfrani (1032-1056), qui se vantait d’avoir « fait chaque année avec acharnement la
guerre sainte aux Barghawata

14

».


La stratégie des Barghawata aura sans doute connu deux phases. Une première, correspondant
à la période de prosélytisme du IX

e

siècle, inscrite sous le signe de l’offensive à outrance. Une

seconde phase à caractère nettement plus défensif, pendant laquelle les Barghawata donnèrent
libre cours à la stratégie éternelle des combattants berbères : feindre de céder du terrain devant
un envahisseur supérieur en nombre ; ne pas hésiter à abandonner les centres habités pour
mieux s’organiser sur les hauteurs, d’où, le moment venu, l’ennemi faisant mine de se retirer,
l’on saura fondre sur lui en exploitant à merveilles angles morts, couverts, et défilements.
Tactique dite de « l’accrochage en retour »

15

, parfaitement adaptée à un combat livré à l’arme

blanche, ainsi qu’avec des frondes, des arcs et des flèches, et exploitant au mieux des forces
de cavalerie. Tactique qui fera encore ses preuves, bien que dans un contexte différent, faces
aux colonnes françaises dans le Fazaz au début du XX

e

siècle.


Autour de quels centres cette défense était-elle articulée ? La capitale barghawati où se
trouvait-elle ? Était-ce bien à Anfa ? Tant que l’archéologie n’aura pas livré davantage de
renseignements on ne pourra avancer que de prudentes supputations quant à l’emplacement
des principales agglomérations du Tamesna à cette époque. Sont mentionnées les villes de
Mediouna, Tamallouqat, Timghasn,

16

ces deux dernières (où furent perpétrés, croît-on,

d’effroyables massacres) ne pouvant pas être situées avec certitude. Il est, toutefois, probable
que certaines localités actuelles, de par le choix de leur emplacement dicté par la topographie
des lieux, telles que Rommani, Berrechid, et Settat étaient déjà habitées à l’époque des
Barghawata. Comme ports on peut dénombrer Asfi, Oualidia, Azemmour, Anfa et Fdala (<
fadl allah ?) ; quant à Agouz, ou Kouz (à l’embouchure du Tensift) et Amegdul (Souira), on
ignore dans l’état actuel de nos connaissances, s’ils ont pu être exploités par les
Barghawata

17

. Quoi qu’il en soit, les ports dont ils disposaient revêtaient une importance

vitale pour assurer les liaisons maritimes avec l’Andalousie, notamment Cordoue, longtemps
capitale incontestée de l’islam occidental, et siège du caliphat Oumeyyad. Or, l’on sait
l’importance qu’attachaient les rois barghawata à ces liens privilégiés

18

, à la fois stratégiques

et commerciaux, moyen pour un état paria de s‘octroyer un semblant de légitimité parmi le
concert des nations d’alors.

Alliances extérieures possibles

Les Barghawata ont–ils véritablement bénéficié d’alliés ? L’émir Oumeyyad al-Hakim al-
Moustanser semblerait avoir apporté une caution toute morale et temporaire au régime
hérétique, suite à la visite à Cordoue en l’an 963 de Zemmour, haut dignitaire barghawati

19

.

Autrement, hormis certaines tribus comme les Zenata de la montagne, Banu Yfran, Banu
Ysker, Banu Waousinat, Izemin et autres

20

, solidement intégrés dans la mouvance

barghawatie, ils ne disposaient d’aucuns alliés sûrs. Parfois d’alliés de circonstance, sans
plus. On a pu le constater à trois reprises.

1/ Selon une version dont nous disposons, l’émir de Sijilmassa, Mas’ud Ibn Wanoudin al-
Maghrawi, aurait eu pour ancêtre Salih Ibn Tarif, ce qui ferait de lui un cousin, voire un allié
virtuel, du roi barghawati. Alliance sans grande portée, toutefois, étant donné que Mas’ud fut
vaincu par les murabitun Ibn Yasin et Abubakr Ibn ‘Aomar dès 1058

21

.


2/ En 1062 le gouverneur de Fès, Temim Ibn Mouansar al-Maghrawi s’est trouvé allié de
facto des Barghawata lorsqu’il est venu battre l’armée de son confrère al-Mahdi Ibn Youssef
al-Keznay qui s’était déclaré pour les Almoravides. Le fait que la tête du vaincu fut expédiée
au gouverneur de Sebta, nommé Soukkout al-Barghawati, est également révélateur quant aux
préoccupations de ce dernier. De plus, cette défait avait obligé Youssef Ibn Yachfin à quitter
précipitamment le siège de la Qala’at al-Mahdi dans le Fazaz, réduisant ainsi la pression sur
cette enclave barghawatie

22

. On peut, par conséquent, supposer une certaine activité

diplomatique de la part des Barghawata qui avaient tout intérêt à exploiter les éventuelles
faiblesses de leur ennemi principal – l’émir murabit Ibn Tachfin. Il est, toutefois malaisé, dans
l’état actuel de nos connaissances, d’y déceler une action concertée, une stratégie d’ensemble.

3/ Lors de l’acte final de la saga des Barghawata, ce fut d’abord, en 1147, la révolte d’al-
Massi (dit ‘al-Hadi’), tisserand originaire de Salé, qui rallia à sa cause les gens de Tamesna,
mais aussi du Souss, non sans avoir enregistré un succès initial, avant d’être défait et tué par
le général almohade Abou Hafs. L’année suivante, les Barghawata eurent de nouveau affaire à
‘Abd al-Mu’min lui-même, à la suite de quoi ils trouvèrent un allié inattendu en la personne
du gouverneur almoravide de Sebta, Yahya Ibn Aboubakr Sahraoui. Celui-ci se mit en
campagne et infligea un échec cuisant à l’émir almohade avant d’être mis à mal à son tour lors
de la bataille suivante. Dernier soubresaut des Barghawata, en 1149, c’est le dénommé Abi
Mezkida (< bu tmezgidda, ‘homme de la mosquée’ ?) qui se fait proclamer par eux et qui les
mènent un temps sur le sentier de la guerre, jusqu’à sa mort au combat

23

. Tout se passe

comme si, à court d’inspiration en fin de parcours, les Barghawata ne trouvant plus de chefs
d’envergure issus de la lignée de Salih Ibn Tarif (exception faite pour un certain Farhil al-
Barghawati mort au combat de Tit n-Wagourramt)

24

, se voient obligés de s’en remettre à de

pauvres bougres, prêcheurs de condition modeste, en quelque sorte les premiers marabouts
(ig

w

erramn) marocains.


Ayant examiné les différents aspects de la situation stratégique à laquelle les Barghawata se
sont trouvés confrontés, voyons à présent de quelle façon ils s’inscrivent dans un continuum
historique spécifique, voué tout entier à la résistance.

La bataille de Beth et ses effets à long terme

Comme point d’ancrage évènementiel, la bataille de Baht, dont le souvenir semble avoir
perduré dans l’inconscient collectif marocain. Nous livrons ci-après, et sous toutes réserves, la
traduction française d’un fragment de poésie épique consacré à cet épisode, attribuable à Sa’id
Ibn Hicham al-Masmudi et rapporté, en arabe, par un certain Aboul ‘Abbas Fadl Ibn
Moufaddal. Ce morceau dépeint les Barghawata comme d’impitoyables sabreurs, mécréants
et impies :-

« Femme ! ne pars pas encore ; reste ; raconte-nous,

Donne-nous des renseignements certains.

Les Berbères, égarés et perdus, sont frustrés dans leur espoir ;

Puissent-ils

jamais

s’abreuver d’une source limpide !

J’abhorre une nation qui s’est perdue,

Qui s’est écartée de la voie de l’islamisme !

Ils disent : ‘Abou Ghoufayr est notre prophète !’

Que Dieu couvre d’opprobre la mère des ces menteurs !

N’as-tu pas vu la journée de Baht ?

N’as-tu pas entendu les gémissements qui s’élevèrent
sur le pas de leurs coursiers ?
Gémissements de femmes éplorées,
Dont les unes avaient perdu leurs enfants ;
Les autres, hurlant d’effroi ou laissant échapper le fruit
de leur sein.

Au jour de la résurrection les gens de Tamesna connaîtront

ceux qui nous ont protégés.

Younès sera là, avec les enfants de ses enfants,

Entraînant sur leurs pas les Berbères asservis.

‘C’est donc là Weryawera

25

? Que la géhenne

Se ferme sur lui, ce chef des orgueilleux !

Votre réprobation ne date pas d’aujourd’hui,

Mais de l’époque où vous étiez partisans de Maysara !’

26

»


Image effectivement peu flatteuse des Barghawata, mais combat héroïque, mémorable, livré
aux alentours de 890 sous le règne d’Abou Ghoufayr, probablement face à une incursion en
force des Idrissides, et où la célèbre cavalerie barghawatie a pu s’exprimer à fond. S’agissant
dans doute de l’Oudd Beth, le terrain est effectivement tout en pentes douces coupées de
ravins étroits et débouchant sur un fond de vallée, parfois resserré et se prêtant à des charges
surprises ; parfois large et propice à de franches estocades en rase campagne

27

.


Épisode sanglant qui semblerait avoir été l’une des confrontations majeures de l’épopée des
Barghawata. Si l’on doit en croire Sidi ‘Ali Amhaouch, qui, il est vrai, commentait
l’événement quelques siècles plus tard, l’ardeur des combattants fut telle qu’il y aurait eu une
véritable hécatombe :-


« Ainsi parlaient nos ancêtres : ‘À Beth, sept mille cavaliers
sept mille montures, tous resteront morts sur le terrain !’

28

»

sebε alf n bnadem d sebε alf n ušidar

a

ġra diym iqqiman, a baht, nnant imzwura !


Chiffre à la fois fatidique (tout en admettant une certaine exagération) et sidérant si l’on songe
qu’en faisant appel aux tribus alliées, les Barghawata ne pouvaient aligner que 23.000
hommes au total, dont 12.000 milles cavaliers

29

, et que la population du Maghreb al-Aqsa

devait alors à peine dépasser quelques millions d’habitants.

D’ailleurs, le carnage ce jour-là, considérable d’après les critères de l’époque, atteignit de
telles proportions qu’il marqua profondément et durablement les esprits. De sorte que dans
l’inconscient collectif local, étant donné ses implications apocalyptiques, la vallée de l’Oued
Beth fut associée avec de hauts faits d’armes, avec le merveilleux, le prodigieux. Lieu
irrémédiablement lié à la destinée de ces contrées, où tout peu arriver :-



« De l’Oued Beth sortira un ânon à la noire crinière
Dont les ruades secoueront la terre entière !

30

»

tsul baht ad tarw yiwn ušnid igan abexxan

yili s wazzar ad ikka s tiqqar ddunit !


C’est ainsi que Sidi ‘Ali Amhaouch, assurant en quelque sorte la continuité de la pensée
barghawati dans ce qu’elle avait de messianique

31

, prédisait l’apparition dans cette zone de

transition entre Tamesna et Fazaz d’un duğğal (‘anti-christ’), chevauchant un âne noir,
personnage annonçant la fin des temps ; éventuellement d’un mahdi, ou ‘être impeccable’.
Notions héritées en droite ligne de la tradition mahdiste des Barghawata

32

, et se trouvant

parfaitement en phase avec la mentalité des populations riveraines.

Résistance et continuité

Voyons, à présent, de quelle manière, après l’effondrement des Barghawata au XII

e

siècle,

d’autres champions de l’authenticité marocaine prendront la relève, l’action, répondant cette
fois-ci à une logique offensive, se déplaçant depuis Sijilmassa et les confins sud-est vers le
Fazaz et le Gharb. Là aussi, l’invasion des tribus d’Orient, les Ma’qil en l’occurrence, liée à
d’autres facteurs conjoncturelles, agira comme catalyseur, déterminera la remontée depuis le
sud-est de groupements d’Imazighen, lancés dans une éternelle quête de nouveaux pâturages,
avec en point de mire les plaines atlantiques, jadis fief des Barghawata

33

.


Les Dila’yin, notamment, installés à la charnière du Tadla et du Fazaz, dispensant un
enseignement religieux orthodoxe en langue arabe, sauront un temps canaliser à leur profit
cette poussée dynamique des tribus tamazightophones, chercheront eux aussi à s’ériger en
royaume indépendant. Dila’, qualifiée par un célèbre historien marocain de « zawiya
d’expression du nationalisme berbère, mouvement de remembrement de la race
sanhajienne

34

». Démarche visant ultérieurement à remplacer un makhzen d’inspiration

orientale par une institution de facture plus autochtone. Les Dial’yin, on le sait, parviendront à
fonder un état éphémère dans le Maroc central et atteindront l’Atlantique, avant d’échouer
dans leur entreprise. Leurs héritiers ihansaln dans le Tadla, et, surtout imhiouach dans le
Fazaz, tenteront à leur tour de créer un contre-pouvoir spécifiquement marocain, inspiré
parfois d’une philosophie d’où le sentiment de démocratie ne sera pas exclu

35

. Mouvance

berbère, voire sanhajienne, traditionnellement visualisée par l’intelligentsia citadine
marocaine comme forcement subversive ; les Berbères du Moyen-Atlas ne sont-ils pas
« l’âme de l’esprit factieux dans ce pays » ?

36


Du reste, chacun y va de sa petite phrase, y compris des historiens étrangers pour décrire
« les tentations autonomistes » de ces Senhaja qui « se comportèrent durant plusieurs règnes
comme d’intraitables séparatistes »

37

; où de les décrire comme faisant partie « de ces recalés

de la grande histoire, condamnés depuis à être des éternels protestataires »

38

. Jugements

quelque peu faciles qu’il conviendrait sans doute de nuancer car occultant les enjeux sous-
jacents, les véritables raisons ayant inspiré la démarche de ces ‘protestataires’ doublés de
‘séparatistes’. Difficile, en fin de compte, lorsqu’on est systématiquement tenu à l’écart, car
échappant aux schémas du politiquement correct, d’être admis comme ayant historiquement
contribué à la résistance, à la marche en avant de la nation toute entière.

Selon leurs prophéties apocalyptiques, les Imhiouach semblaient ne pas ignorer l’épopée des
Barghawata, dans la mesure où, reprenant sous Bou Bcher Amhaouch le flambeau du

radicalisme amazighe

39

, leurs propres actions allaient caresser d’assez semblables ambitions.

Également imputable aux Imhiouach, les prédictions messianiques héritées des lointains
Barghawata, focalisées notamment sur le mythe de Lenda, problématique capitale des temps
futurs et source d’espoir en des temps meilleurs pour les populations du Fazaz

40

.


Si, en revanche, les ultimes gesticulations d’un Sidi ‘Ali Amhaouch contre Moha ou Hammou
et/ou la France, aboutissant au drame du Tazizaout, peuvent paraître dérisoires, elles ne
peuvent être comprises que dans le cadre d’un continuum historique, d’une très ancienne
tradition de résistance anti-makhzénienne, ayant caractérisé ces régions tamazightophones du
VIII

e

au XX

e

siècle.


L’héritage des Barghawata

Il est par ailleurs, permis d’affirmer, que contrairement aux idées reçues, loin d’avoir sombré
sans laisser de traces, les iburġawaţin ont laissé un héritage, certes diffus, mais effectivement
présent – ne serait-ce, tout d’abord, que cette patience, cette constance dans la plus
irréductible des résistances qui, s’installant dans la durée, caractérisera les Imazighen jusqu’à
nos jours. Exemple plus évident: le rôle que joue encore, en rapport avec la première prière, le
coq du village, connu sous le vocable fqih, ou ţţalb, chez les Ayt Yahya de Tounfit. En pays
Ayt Hadiddou, la prière du fžer s’appelle tazallit n ufullus (‘prière du coq’), ce qui nous
renvoie directement aux Barghawata, chez lesquels cet oiseau sacré était, par ailleurs, gratifié
d’une sourate dans leur qur’an

41

.


De même, si le nom de Dieu, yakuš, n’a plus cours, yuš, ainsi qu’un synonyme ancien, bu
itran (‘maître des étoiles’), sont encore signalés

42

. Sans oublier que les Barghawata étaient

célèbres en tant que magiciens et astronomes, savoir-faire dont on relève des traces de nos
jours chez les Ayt Sokhman de la région d’Anargui : notamment la faculté d’émettre des
prévisions météorologiques à l’aide d’un os de mouton, ou encore de se livrer à des
interprétations évènementielles inspirées du mouvement des astres

43

.

Autre procédé, pouvant

choquer les âmes sensibles : l’importance accordée à la salive du fils de Salih Ibn Tarif,
dynaste des Barghawata.

Assez récemment, cette coutume trouvait son pendant chez les saints de Bouja’ad, réputés
pour leur baraka, notamment Si Mohammed Cherqi, dont la salive (voire le vomi) était
censée renfermer des pouvoirs magiques

44

.

Conclusion

Aussi sont-ils toujours d’actualité. Outre un certain regain d’intérêt vis-à-vis des Barghawata
de la part des spécialistes des études amazighes, en raison du bruit qui a entouré l’affaire du
qur’an traduit en berbère

45

, auquel ils sont irrémédiablement liés, ils ne peuvent laisser

indifférent l’observateur averti. Qu’on le veuille ou non, on se trouve en présence d’un entité
constituée, ayant fonctionné plusieurs siècles en langue amazighe, avec sa royauté, son armée,
son organisation socio-religieuse, son idéologie dominante et qui, en terme d’ancienneté
absolue sur la terre marocaine, dispute la primauté aux Idrissides. À l’exception près qu’elle
semblerait être quelque peu disqualifiée du fait de l’hérésie que l’on sait, impardonnable pour
certains, et qui l’a rendue si redoutablement célèbre.

Ainsi, cherchant en toute objectivité à y voir plus clair, à décrisper le débat, avons-nous tenté
d’analyser la stratégie des Barghawata, de proposer d’éventuelles pistes de recherche, afin de

mieux comprendre la place qu’ils occupent dans un continuum historique de résistance
marocaine. Gageons, enfin, que pour compléter nos connaissances sur ces proscrits de
l’histoire, beaucoup reste à faire, notamment par le biais de la tradition orale, ainsi que dans le
domaine de l’archéologie

46

.

Michael PEYRON

Université Al-Akhawayn, Ifrane

NOTES

1 a) Le terme berġawa a serait une déformation de belġwaţa > ilġwaţen, ‘ceux qui ont dévié’ ; alternance entre
/r/ et /l/ souvent attestée en Tamazight (cf. Ibn al-Zayyat al-Tadili, al-Tachawwuf ila rijal al-Tasawwuf/ Regard
sur le temps des Soufis, Casablanca, EDDIF/ UNESCO, 1994-1995, éd. A. Toufiq, trad. M. de Fenyol, note 37,
p. 357). b) S’oppose à l’étymologie Barghawati < Berbati, du nom d’une rivière du sud de l’Andalousie, d’où ils
seraient originaires. Cf. Abu ‘Ubayd al-Bakri, Kitab al-Mughrib fi dhikr bilad Ifriqiya wa’l-Maghrib/
Description de l’Afrique septentrionale, (trad. De Slane), Paris, Maisonneuve & Larose, 1913, p. 265 ; thèse
reprise par Ibn Khaldoun, Histoire des Berbères, trad. de Slane, Paris, Geuthner, 1927, tome II/ p.133 ; c)
rapprochement possible ( ?) avec la racine RĠWT > verbe rraġwet = ‘bouder, se fâcher’, M. Taifi, Dictionnaire
Tamazight-Français, p. 574.
2 Imaginons, par exemple, une histoire du Royaume-Uni d’où serait expurgée toute mention de la Réformation
sous Henri VIII au XV

e

siècle, ainsi que toute référence à la Grande Rébellion du Parlement contre la royauté

des Stewart (1642-1649).
3 al-Bakri, op. cit., p. 268. Cf. M. Tilmatine, « Religion and morals of Imazighen according to Arab writers of
the Medieval times», (trad.
R. Dahmani & H. Madani), The Amazigh Voice, été 2000, p.4 ; les gens de Tamesna
y sont présentés comme des braves, les hommes affrontant des lions en combat singulier ; document disponible
sur :

http://www.syphax.nl/article.php?op=Printxsid=21

4 M. Lounaouci, « Le Royaume des Barghawata », Imazighen ass-a, n°2-3/mars 1995 : 2.
5 V. Lagardère, Les Almoravides, Paris, L’Harmattan, 1989, p. 31. On notera qu’une traduction de cet ouvrage
légèrement abrégé en langue anglaise, est disponible sur :
http.//bewley.vitvalave.net/ibnyasin.html
6 Cf. al-Bakri, op. cit., p. 259; notons que Abou Moussa, interprète de l’émissaire barghawati à Cordoue, « était
natif de la ville de Chellah ».
7 Jbal Yiroujan. Nom au Moyen-Ăge des collines s’étendant entre Oulmès et Mulay Bou’azza.
8 Des vestiges de forteresses signalées près de Chichaoua pourraient être tout ce qui reste des bases de départ
des dernières offensives almohades contre les Barghawata au milieu du XII

e

siècle (conversation avec J-F.

Clément, le 26/07/03).
9 Dans quelle mesure peut-on accréditer la phrase « The heretic Barghawata Berbers set up a taifa state (…) in
Sabta… », d’après H. Kennedy, A Political History of Al-Andalus (1997) & D. Nicole, El Cid & the Reconquista
(1988); disponible sur http//www.balagan. org.uk/war0711/1008.htm
10 Ibn Abi Zar’, Rawd al-Qirtas/ Histoire des Souverains du Maghreb et annales de la ville de Fès, (trad.
Beaumier), Rabat, Laporte, ‘reprint’ de 1999, p. 116.
11 Cf. M. Peyron, « Qala’at al-Mahdi, forteresse des hérétiques barghawata dans le Moyen-Atlas marocain »,
AWAL, Cahier d’études berbères, n°25/2002 : 105-110.
12 Naciri, Kitab al-Istiqça, vol. XXXI, Paris, Geuthner, p. 106 & 148 ; Ibn Abi Zar’, op. cit., p. 124 ; H.
Terrasse, Histoire du Maroc, Casablanca, Atlantides, 1951, p.224-225 ; pour les retombées du siège sur la région
du Fazaz/Tadla, cf. E. F. Gautier, « Medinat-ou-Dai », Hespéris, 1926 ,1

er

trim., Paris, Larose, p. 11.

13 F. Moutaoukil, « Les Barghawata », Parimazigh n°2, disponible sur
http.//www.mondeberbère.com/civilisation/histoire/barghwata.mm
14 Ibn Abi Zar’, op. cit., p. 98.
15 Tamaluqqat, cf. (éventuellement) Tamelluqt, ; en pays zaïan, Timghasn, forme plurielle, rapprochement
possible avec son singulier > Amghas ( ?), localité en bordure occidentale du Fazaz (Moyen-Atlas), proche de
Mrirt. Problème des toponymes amazighes identiques pouvant se présenter en plusieurs points du pays.
16 E. Leglay, Les Sentiers de la Guerre et de l’Amour, Paris, Berger-Levrault, 1930,
17 Cf. B. El-Mghari, «De Mogador à Essaouira: aperçu historique», Empreintes (Mélanges offerts à Jacques
Levrat), Al Asas/ La Source, Salé, 2000, p. 92.
18 al-Bakri, op. cit., p. 261.
19 Ceci soulève la question des éventuels moyens maritimes (tout au moins d’une navigation côtière) dont
disposaient les Barghawata. Selon le Professeur El Houcine Rahmoune (Fac. des Letres, Mohammedia), le fait
que le Maroc ne possédait aucune flotte de guerre à l’époque a pu être un facteur ayant joué en faveur des

Barghawata. Pour le Professeur Laïla Maziane (Fac. des Lettres Dhar Mhraz, Fès), les Cordouans ont pu
dépêcher eux-mêmes une galère afin de transporter la mission diplomatique de Zammur. Selon le Professeur
Pierre Guichard (Univ. Lumière, Lyon) les communications entre Barghawata et Cordoue ont pu être assurées
aussi bien par voie maritime que par le nord du Maroc suivi d’un franchissement du détroit (entretiens lors du
colloque « La Résistance marocaine à travers l’histoire », le 05/12/03, Fac. des Lettres, Rabat).
20 Ibid., p. 270 ; V. Lagardèr, op. cit., p. 31.
21 H.T. Norris, The Berbers in Arabic Literature, London & New York, 1982, p.150, citant Ismaïl Ibn al-
Ahmar, Buyutat Fas al-Kubra, Rabat, Dar al-Mansur lil-tiba’a wal-wiraqa, 1972.
22 Ibn Abi Zar’, op. cit., p. 123. Signalons, en toute équité, que V. Lagardère (op. cit., p. 73) émet des réserves
quant à la longueur exacte du siège. Intéressant, par ailleurs, que le cas de Soukkout, un Barghawati
temporairement repenti qui finira par mourir en 1077 selon les traditions de son peuple, l’arme à la main, près de
Tanger lors de la bataille de l’Oued Mina face aux Almoravides, (Ibid, p. 125 ; Naciri, op. cit. vol. XXXI, Paris,
Geuthner, 1925, p. 107.
23 Ibid., pp. 162-163; Ibn Khaldoun, op. cit., pp. 181-183; pour la répression qui a suivi cette révolte en
Tamesna, ainsi que chez les Haha, voir fragments d’al-Baidaq, Documents inédits de l’histoire almohade, (trad.
E. Lévi-Provençal), Paris, Geuthner, 1928, pp. 180-183.
24 Ibid., p. 183.
25 weryawera, ‘celui après lequel il n’y a rien’ (al-Bakri, op. cit., p. 261), mais sans doute déformation de wr
iyyi am wa, lit. ‘semblable à lui, il n’y en a pas’, être impeccable’ (entretien avec M. Ahayzoun, Fès, le
25/04/03). Selon Le Professeur Mohammed Hammam, directeur du CEHE à l’IRCAM, wr proviendrait du
Zénète ancien avec le sens de ‘fils de’ (entretien, Rabat, le 05/12/03).
26 al-Bakri, op. cit., pp. 265-266; cf. également H.T. Norris, op. cit., p. 101, ainsi qu’une version nuancée de
cette traduction dans Ibn Khaldun (op. cit., tome II/ p. 129), où les deux derniers hémistiches se lisent ainsi :-

« Ce jour-là ne sera pas pour vous un jour de (triomphe), bien que vous triomphez dans les nuits (de
l’ignorance), étant partisans de Maysara ! »

C’est Maysara qui, on le sait, avait mené au combat les Berbères du Maghrib al-Aqsa lors de la révolte kharijite
de 740.
27 Des ruines de forteresses anciennes auraient été signalées dans certains recoins du pays zemmour, sans que
l’on ait pu, pour l’heure, ni les dater, ni leur attribuer une origine précise (entretien avec J-F. Clément, le
26/07/03 ; confirmé par le Professeur Enrique Gozalbes Cravioto, Fac. des Lettres, 04/12/03).
28 A. Roux, Poésies berbères de l’époque héroïque, M. Peyron éd., Aix-en-
Provence, Édisud, 2002, p. 191.
29 al-Bakri, op. cit., p. 270; Ibn Khaldoun, op. cit., p. 156; V. Lagardère, op. cit., p. 31
30 A. Roux, op. cit., p.191. Cf. autre allusion à « l’âne à la grande crinière dont le monde entendra parler », V.
Loubignac, Textes dans les parlers Zaïan et Ait Sgougou, Paris, Leroux, 1924, p. 441/8, où le duğğal est associé
à un ânon noir. Prophéties messianiques attribuées tant à Sidi ‘Ali, qu’à son aïeul Sidi Boubcher Amhaouch.
Pour davantage de précisions à ce sujet, cf. conte en tašelh’it, « Ddjjal d Yajuj u Majuj », H. Stroomer,
Tashelhiyt Berber Texts from the Ayt Brayyim, Lakhsas and Guedmioua Region (South Morocco), Köln, Rüdiger
Köppe Verlag, 2003, pp. 220-225.
31 Fragments poétiques du genre ahellel relevant des prophéties apocalyptiques des Imhiouach (méritant à elles
seules une étude séparée), et qu’il s’agit, bien entendu, d’aborder avec prudence. Cf. J. Drouin, Un cylce
hagiogaphique dans le Moyen-Atlas marocain, Paris, Sorbonne, 1975, pp. 111-113. Sidi ‘Ali Amhaouch a pu
avoir connaissance de la bataille de Beth par le biais de la transmission orale ; sinon, en tant que lettré ayant
fréquenté la Qarawiyin dans les années 1870, il aura pris connaissances des textes d’al-Bakri, ou autres (entretien
avec O. Ould-Braham, le 02/08/03).
32 al-Bakri, op. cit., p. 261
33 D.M. Hart a rédigé une étude très complète sur ce phénomène de la remontée amazighe du sud-est au nord-
ouest, « Four centuries of history on the hoof », Journal of Morocco Studies, n°3/1993 : 21-55 ; cf. également, J.
Chiapuris, The Ait Ayash of the high Moulouya plain, Michigan, Ann Arbor, 1979, pp. 17-36.
34 A. Laroui, Origines sociales et culturelles du Nationalisme marocain, Paris, Maspero, 1997, p. 150.
35 Concernant Dila’ cf. G. Drague, Esquisse d’histoire religieuse du Maroc, Paris, Peyronnet, 1951, pp. 132-
138 ; M. Hijji, Az-Zawiya ad-dila’iyya, Rabat, Al matba’a al Wataniya, 1964 ; L. Mezzine, Le Tafilalt, Rabat,
Fac. des Lettres, 1987, etc..
36 Citation d’Akansous, reprise par A. Laroui (op. cit., p. 166) ; cf. également M. Morsy « Comment décrire
l’histoire du Maroc », Actes de Durham : recherches sur le Maroc moderne, n° hors série du B.E.S.M., Rabat,
1979, p. 123.
37 B. Lugan, Histoire du Maroc, Paris Perrin/ Criterion, 2001, p. 187.
38 D. Rivet, De Lyautey à Mohammed V, le double visage du Protectorat, Paris, Denoël, 1999, p. 110.
39 Naciri, op. cit., vol. X, p. 57. S’agissant d’une période marquée par des tensions arabo-berbères, notamment
au sein de l’armée chérifienne entre contingents ‘abid et barabir al-wata’ (M. El Mansour, Morocco in the reign

of Mawlay Sulayman, Wisbech, MENAS, 1990, p. 102), Boubcher Amhaouch aurait annoncé son intention de
courir sus à ceux qui parlaient arabe au Maghreb.
40 J. Drouin, L.O.A.B., 24/1996 :129-146 ; Lenda, hameau entre Khenifra et Lqbab, davantage connu comme
site de la défaite du sultan Moulay Sliman en 1818 face à Boubcher Amhaouch, occupe une place de choix dans
l’imaginaire collectif local.
41 Pour la sacralité du coq et de la poule chez les Barghawata, cf. al-Bakri, op. cit. , pp. 268-269 ; également R.
Basset, « Recherches sur la religion des Berbères », Revue de l’Histoire des Religions, Paris, Leroux, 1910, p.
50.
42 Le terme yuš serait encore connu dans le Rif, (communication verbale, A. Khalafi, Ifrane, le 17/03/03) ; celui
de bu itran est communément usité chez les Ayt Yahya de Tounfit.
43 Observations personnelles sur le terrain lors de voyages répétés dans ces régions, de 1967 à nos jours.
44 Cf. mémoire d’étudiante sur les saints de Bouja’ad : B. Halimi, Jackals, Saints and Shrines, Faculté des
Lettres, Rabat, 1987, p. 29 ; pour l’importance accordée à la salive, consulter R. Basset, op. cit., p.50.
45 Kamal n Aït Zerrad a traduit le qur’an en Kabyle, alors que le professeur Lhoucine Jouhadi achevait en 2000
à Casablanca une version en Tamazight. Cf. aussi, « Le Coran fait peur au pouvoir », traduction d’un article du
Economist de Londres, disponible sur

http://www.geocities.com/tamaynut/coran.htm

46 Une campagne de fouilles sur plusieurs sites (ports, villes de l’intérieur, champs de bataille, etc.) serait
assurément de nature à fournir d’importantes données sur l’époque des Barghawata.
Perspective encore
incertaine faute de financement adéquat.

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Publishing history :

Presentation given at the « Maroc des résistances » conference, IRCAM, Rabat, October,
2004; eventually published in proceedings of said conference (2005).


4) « Interaction entre tourisme durable et patrimoine

dans l’Atlas oriental marocain »




Ce papier se propose de dresser un état des lieux succinct du patrimoine naturel, culturel et
historique des massifs orientaux du Maroc (Moyen Atlas, Haut Atlas Oriental, Atlas de Beni
Mellal) ; d’examiner l’effet qu’exerce sur ces régions un tourisme de montagne qui, n’ayant
de durable que le nom, a plusieurs effets pervers ; puis, proposer des solutions là où la
situation s’avère perfectible. En effet, l’ensemble de régions concernées se distingue autant
par la beauté et la variété des sites que par la richesse de ses traditions, portée par une « oralité
résiduelle massive » (Ong 1996), ceci étant imputable à la fois à l’éloignement des grands
centres urbains ainsi qu’à la difficulté d’accès qui caractérise la majeure partie de ce haut-
pays, où, dans certaines vallées, la vie suit immuablement son cours depuis des décennies.
Cela constitue un fonds de valeurs séculaires – véritable trésor ethnologique – d’une qualité
inestimable au niveau du patrimoine national. C’est dire que les massifs orientaux de l’Atlas
possèdent de solides atouts susceptibles d’attirer un tourisme d’aventure et de découverte.

On a cependant beau souhaiter l’arrivée en tout lieu de la modernité, il serait dommageable
que ces régions soient livrées sans transition à la frénésie du marketing et de la société de
consommation, souvent sous leurs aspects les moins méritoires : alcool, aggloméré, béton,
goudron, « briques de ville », friperie, tabac, téléphones portables et déchets de toutes sortes.
Avec, comme corollaire chez les populations, l’inévitable érosion des valeurs traditionnelles

de courage, d’échange, d’entraide, de générosité, d’hospitalité, de solidarité, qui faisaient
jusqu’alors la force de ces contrées.

Ainsi, sans pécher par « passéisme » excessif, serait-il souhaitable que la fréquentation
touristique qui caractérise ces régions soient accompagnée par des programmes de mise en
application progressive d’un tourisme diffus, discret, respectueux de l’environnement et
comportant un minimum de « garde-fous », afin qu’il devienne pleinement durable, dans toute
l’acceptation du terme, et non auto-destructeur, comme c’est trop souvent le cas.

Procédons donc, en un premier temps, à un état des lieux.

1/ Un patrimoine naturel


Le Moyen Atlas dans sa totalité, auquel on ajoute le Haut Atlas oriental, est sans conteste la
face la plus évidente du patrimoine, constituant une pléiade de chaînons, plateaux, gazons,
forêts, et cours d’eau, renfermant des ressources importantes en faune animalière, aviaire, et
halieutique.

De Taza à Beni Mellal se succèdent des anticlinaux calcaires élevés qui offrent des paysages
karstiques, des gorges, des torrents, des lacs, des dolines (Berriane 1993 ; Tag 1995 ; Troin
2002, Milet 2003). On y distingue trois régions de haute montagne:

1/ le massif Bou Iblane/Bou Nasser ;
2/ la chaîne Ayyachi/Maasker ;
3/ les sommets entourant Zaouit Ahansal, du Kwaïs à l’Azourki.


Toutes ces régions sont connues pour leurs paysages somptueux, leur enneigement persistent
(novembre-mai), avec un potentiel important en randonnée pédestre, et où le ski se pratique
en exploitant les combes orientées nord-est, alors que les environs de Zaouit Ahansal
renferme des possibilités de rafting, de canyoning, et d’escalade à haut niveau (Jbel Ayoui,
cirque de Taghia n-Ouhansal, gorges du Todgha ; Domenech 1989). Les deux premières
régions contiennent d’importants vestiges d’un biotope unique qui constitue leur principal
fleuron, cette cédraie millénaire qu’il conviendrait de sauver face aux menaces de toutes
sortes qui pèsent sur elle : érosion, pacage et coupes abusives, stress hydrique (Benabid 1995 ;
Milet 2003 ; Peyron 2004). Autre atout local, les gazons d’altitude, tapis fleuris au printemps
– largement connus sous le vocable almu, voire agudal – lieux de pacage recherchés par la
transhumance saisonnière traditionnelle (Bourbouze 1997).

Non moins importantes sont les régions de moyenne montagne : le causse moyen-atlasique
avec lacs, torrents, plateaux et collines garnies de cèdres et de chênes-verts, notamment autour
d’Ifrane, Azrou, Mrirt et Khenifra (Jennan 2005) constitue un morceau de choix du
patrimoine naturel ; ainsi que les zones en bordure de la Haute Moulouya, les reliefs boisés,
modelés par le karst, qui dominent le Tadla entre Ayt Ishaq et Tagzirt ; enfin, le plateau des
Ayt Abdi du Kousser, haut pavé calcaire aux eaux souterraines (Monbaron 1994). Régions
offrant une palette d’activités sportives incomparable : promenades à pied et/ou en raquette,
ski de fond, ski de piste, randonnée muletière, randonnée équestre, pêche, ornithologie,
spéléologie, et, portées par un effet de mode irrésistible, circuits en 4x4 (Gandini 2000).

Si Ifrane jouit depuis longtemps d’une certaine notoriété dans le domaine touristique, se
targuant d’être la « capitale écologique » (Tarrier & Delacre 2006) du pays, elle est fréquentée

essentiellement par une clientèle aisée d’excursionnistes du Dimanche pratiquant le pique-
nique, la promenade de courte durée, et l’investissement immobilier (Berriane 1993).
L’inventaire des chemins de moyenne randonnée reste à faire, bien que l’on note quelques
initiatives en ce sens, dont l’émergence de « classiques » comme la traversée Ifrane-Azrou,
principalement liée à l’édification récente de gîtes touristiques (« Auberge de Charme », Ras
el-Ma ; « Auberge berbère », etc.) pour un tourisme dit « vert », en vogue chez les vacanciers
originaires des pays industrialisés.

Dans des zones ex-centrées, telles que le Bou Iblane (Guiri 2005), l’Ayyachi, Imilchil, Haut
Ziz, et Zaouit Ahansal, qui se prêtent admirablement à la grande randonnée (ou « trekking »)
de qualité, avec un éventail de franchissements de cols, de traversée de gorges (Aqqa Tadrout,
Asif Melloul, etc.), de circuits « en boucle », ou « en étoile », quelques structures d’accueil se
mettent en place, notamment à Imilchil, Anargui, Zaouit Ahansal, Ayt Bou Guemmaz et dans
le Haut Todgha. Paysages intacts et sauvages, lumière éblouissante propice à la photo,
populations accueillantes, animaux de bât et hébergement rustique, voilà ce qui fait le charme
actuellement de ces cantons reculés (Bordessoule & Peyron, 2002, Galley 2004, Barbaud
2005).

Malheureusement, la nature animale est faiblement préservée ; il y manque les quadrupèdes,
exception faite pour les lièvres, renards et sangliers. Sans oublier les éléments nobles de la
faune : les dernières panthères de l’Atlas (entre Boutferda et Tigleft), mais dont la présence
supposée dans l’inconscient des visiteurs est susceptible de jouer un rôle attractif équivalent à
celui de l’ours dans les Pyrénées ; ainsi que quelques peuplements de mouflons à manchette et
gazelles de montagne de la région d’Imilchil (Cuzin 1996), et du Tasemmit au-dessus de Beni
Mellal.

En matière de faune aviaire, en revanche, l’amateur sera comblé : d’importants effectifs
d’oiseaux occupent différents biotopes : forêts à conifères et à feuillus, étendues lacustres,
rivières, hautes landes, zones cultivées, zones des sommets. Quelques « spots » sont devenus
célèbres, au point d’attirer des groupes d’ornithologues du monde entier : Ifrane, ses jardins,
ses chenaies, pour les passereaux ; le lac d’Afenourrir pour les limicoles sédentaires et de
passage ; l’Agelmam Sidi Ali pour les tadornes, cigognes et buses ; la Haute Moulouya pour
certains rapaces et petits échassiers ; le lac de Tislit pour les grèbes et canards. Inutile de
préciser que ce patrimoine, s’il doit perdurer, nécessite des mesures de protection efficaces.

Les cours d’eau de ces montagnes comptent, en outre, trois types d’attraits naturels:

1/ Les cascades. Celles-ci sont relativement nombreuses. Les plus connues : cascades
du Val d’Ifrane ; d’Immouzzer-Marmoucha ; de Zaouia Oued Ifrane (près de Mrirt) ;
de Talat Lmsakin sur l’Oued Fellat (région de Beqrit) ; aux sources de l’Oum er Rbia,
le maître fleuve marocain ; surtout les célèbres cascades d’Ouzoud de l’Atlas de Beni
Mellal (Milet 2003).

2/ La pêche sportive : De nombreux torrents (que les connaisseurs appellent « les
oueds à truite ») sont répertoriés : Oued Berd (Bou Iblane) ; Oued Immouzzer
(Immouzzer-Marmoucha) ; Oued Chbouka (Khenifra) ; Haut Oued Anzegmir (Jbel
Ayyachi) ; Asif Melloul (Imilchil) ; Asif n-Imedghas (Haut Dadès) ; Asif n-Ouhansal,
etc. Certains de ces cours d’eau sont régulièrement alevinés et amodiés, et attirent de
nombreux adeptes en possession du permis de pêche.

3/ On peut signaler, également, des cas de sources ayant des vertus diverses, dont la
fertilité (Aïn Llaz, Aïn Erroh, Bou Iblane ; Ighboula n-Oussacha, région de Tounfit,
etc.), et attirant à ce titre les femmes du pays.

2/ Un patrimoine culturel

Sont classés dans cette catégorie les aspects spécifiques de la culture amazighe, tels qu’il est
possible de les observer au quotidien dans ces régions, où ils sont mieux conservés que dans
les régions gagnées par l’urbanisation

.


L’artisanat en premier, caractérisé par le tissage de la laine sur métier à cade en bois (azetta) :
jellabas, couvertures, nattes, selles de mulet, tapis. Les tapis (tishdifin) du Moyen Atlas sont
célèbres, les Beni Mguild, les Beni Ouaraine, et les Marmoucha, étant les plus connus. Le
travail du bois, dans les régions où pousse le cèdre, y est également réputé (Azrou) ;
d’ailleurs, la fabrique artisanale de magnifiques coffres en bois perdure dans quelques villages
du Haut Asif Ouirine (à l’ouest de Tounfit), où l’on trouve également de petites stèles en bois
crénelées dans les cimetières. Plus loin au sud-ouest, dans la région d’Anargui, on produit des
cuillères en buis, un bois très dur ; le noyer, qui pousse dans quelques vallées protégées est,
lui aussi, utilisé pour l’artisanat.

Le cadre traditionnel amazighe bâti vient en second. L’habitation de base, la taddart, maison
en poutres de cèdre et en pisé, construite de plein pied avec vestibule à mulets, réserve de
fourrage, chambres d’habitation et terrasse, parfois avec une ou plusieurs tours d’angle, est
avant tout fonctionnelle. Elle n’en reste pas moins caractéristique de ces régions de l’Atlas et,
à ce titre, mérite d’être sauvegardée. Véritable petite fortin aux quatre tours d’angle, l’ighrem,
quant à lui, n’appartient pas véritablement au Moyen Atlas, bien qu’il y fasse de timides
apparitions (à Ifkern, et chez les Beni Bou Illoul, par exemple). Pour trouver ce style de
construction il convient d’aborder le Haut Atlas Oriental, où, dès les Ayt Yahya il est présent
(Tounfit, Agoudim, Ayt Yaddou), pour se généraliser chez les Ayt Hadiddou et les Ayt
Merghad lorsque l’on descend vers le sud, d’où viennent les artisans spécialisés dans ce genre
de construction (environs de Tilouine dans le Ferkla). Puis, à Zaouit Ahansal et dans les Ayt
Bou Guemmaz (Huet & Lamazou 1990) on trouve de splendides bâtisses à tours d’angle, dont
le curieux ighrem circulaire de Sidi Moussa, qu’un travail de restauration est en train de
sauver de l’écroulement qui menaçait. Démarche louable car l’ighrem, avec sa valeur
esthétique avérée, présente un intérêt indéniable aux yeux du visiteur étranger, ce qui en fait la
pièce maîtresse du patrimoine architectural.

On ne peut, certes, prétendre que ces régions renferment de grandes spécialités culinaires.
Toutefois, à l’instar d’autres montagnes (le Dauphiné, la Savoie, par exemple) l’Atlas peut se
prévaloir d’une gamme fruste comportant en premier lieu, le célèbre méchoui, cuit soit sur
broche, soit dans un four en terre ; les brochettes de base (tutliwin) ; les brochettes épicées à la
graisse de mouton (tadunt n-ulli, ou bulfaf) ; la soupe de fèves (tahrirt n-ibawn), ou une autre
soupe désignée plus à l’ouest askif. De délicieux feuilletés, melwiy, ou bu shiyyar, pouvant
être consommés avec du beurre (uddi) ou du miel (tamment). Différents tajines, enfin, à la
viande ou au poulet, toujours assortis de légumes, et habituellement très épicés.

La vie traditionnelle pastorale dans un milieu hostile a donné lieu à une codification des
valeurs liées à la notion de solidarité communautaire, où tiwizi (‘corvée collective dans
l’intérêt général’), et amεiwan (‘entre-aide’) figurent en bonne place. La garde du troupeau de
vaches ou du parc à mulets du village, peut être confiée à un ou deux hommes (à des femmes,

pour les vaches), selon le système de tiwili (‘tour de rôle’) – pratique qui s’observe
notamment en pays Ayt Yahia et Ayt Hadiddou. Par contre, une autre institution du
pastoralisme, tarahalt (‘transhumance’), avec respect des jours d’ouverture des pâturages mis
en défens, ou igudlan, semble se maintenir dans l’Atlas d’Imilchil (Peyron 1992) alors que,
dans le Moyen-Atlas central, la situation est plus nuancée. Si chez les Ayt Arfa une
transhumance à courte distance est observée (Jennan 2004), on assiste chez d’autres Beni
Mguild à une tendance à la sédentarisation massive en altitude (Bencherifa & Johnson 1993),
principalement entre Timhadit et le Jbel Hayyane.

La légendaire hospitalité berbère, quant à elle, est une véritable institution qui mérite de
perdurer. Dans certains villages survit la coutume dite afalis, ou tour de rôle, pour assurer
l’hébergement du voyageur de passage ; au besoin à l’intérieur de la mosquée, si les hommes
sont absents. N’oublions pas, aussi, que l’ensemble de la vie était autrefois régi par le droit
coutumier amazighe (izerf), équitable et expéditif, dont les anciens regrettent amèrement la
quasi-disparition (Khettouch 2005).

Des pratiques, curatives et autres viennent enfin clore ces notions traditionnels ayant encore
cours dans certains douars reculés : la pharmacopée de plantes médicinales, telles que
azukenni (‘thym’) ; enfin des croyances qui, selon certains observateurs, relèveraient de la
sorcellerie, telles que la prédire l’avenir en scrutant les étoiles, ou prévoir la météo en
observant l’épaule d’un mouton (Ayt Sokhman).

Cet ensemble de traditions qui s’appuie, bien entendu, sur une oralité résiduelle fort
riche constitue le fleuron du patrimoine culturel. Avec ses anecdotes, contes, devinettes,
proverbes, et poésie diverses, l’ensemble constitue une véritable encyclopédie orale amazighe,
dont les izlan (‘distiques’), timawayin (‘strophes’) et timdyazin (‘ballades’) sont les genres les
plus répandus. On les entend à l’occasion des fêtes villageoises, souvent à l’automne :
notamment lors de circoncisions (teεdliwin), ou de fastueux mariages collectifs (timghriwin)
que l’on pratique encore chez les Ayt Hadiddou et Ayt Sokhman (Peyron 1993 ; Khettouch
2005; Hamri 2005).

3/ Un patrimoine historique


Il convient de souligner l’existence, dans les régions qui nous préoccupent, de très nombreux
sites de mémoire, principalement liés à la résistance anti-coloniale du début du 20

e

siècle.

Parfois, rien ne reste sur place pour évoquer ces combats. En d’autres lieux subsistent
bâtiments, ruines, stèles commémoratives, et cimetières, qui sont autant de témoins tangibles
d’un passé relativement proche, et occupant dans l’inconscient collectif local une place dont
l’importance ne saurait être sous-estimée. Ces sites font actuellement l’objet, à l’échelon
local, d’un certain suivi, quand il ne s’agit pas d’un véritable culte lié au soufisme, encore
présent dans l’Atlas par le biais des marabouts (igurramen). N’oublions pas, à cet effet, que
ces régions ont été marquées pendant le haut moyen-âge marocain par une forte implantation
de zaouïas d’obédiences diverses (Jennan 1993 ; Mouhtadi 1999), à la fois relais
« makhzéniens », gîtes pour pèlerins et pôles de spiritualité influents, dont certaines
fonctionnent encore.

Voici une liste non-exhaustive de quelques sites qui représentent ce patrimoine historique :-

-

Le ‘cèdre du pardon’ (idil leεfu), à l’ouest de Tanchraramt dans le Bou Iblane, qui a
marqué le retour des Beni Ouaraïne au bercail makhzénien (été 1926) ; accès en
véhicule tout-terrain par chemin secondaire 4822.

-

Un kerkur (‘cairn’) entre Talzemt et Tamjilt, (Bou Iblane) à proximité de Souf
Ifendasen, marquant le point extrême atteint par la mehalla de Moulay Ismaïl à la fin
du 17

e

siècle lors d’une de ses campagnes contre les tribus du coin ; accès muletier.

-

Vallée d’Oulad Ali, (Moyen Atlas oriental) dont les environs virent se dérouler des
combats acharnés pendant l’été 1926 (Celarié 1928); combats qui tournèrent à
l’avantage des résistants (un des rares cas de capture d’un fortin français dans les
campagnes de l’Atlas), mais dont le succès fut annulé par la reddition de Sidi Raho à
Taffert ; accès en véhicule tout-terrain depuis Outat el-Haj, côté Moulouya.

-

Massif du Tichoukt (2 796m) entre Boulmane et l’Oued Seghina, qui fut (1923-1926)
le dernier réduit de la résistance des Ayt Seghrouchen de Saïd ou Mohand dans ce
secteur du Moyen Atlas (Peyré 1950 ; Carrère 1973 ; Saulay 1985) ; site accessible par
la RP 20.

-

La zaouïa de Ben Smim, autrefois située dans l’orbite de Dila (Jenann 1993), située
entre Ifrane et Azrou ; accessible par route goudronnée.

-

Environs de Timhadit (Moyen Atlas central), avec sa stèle commémorative, où eurent
lieu de durs combats de 1916-1919 (Jbel Hayyane, Koubbat, etc.) liés au
ravitaillement du poste français de Beqrit (Guillaume 1946) ; accès par la RP 21, puis
route 3388.

-

Zaouit Ifrane, environs de Mrirt, avec son village maraboutique, son plateau cerné de
falaises (Tissigdelt), où l’on a repéré des vestiges de fortifications : Qal’at al-Mahdi,
ancienne principauté indépendante des Zénata du Jbel, 11

e

siècle (Peyron 2003) ;

accès par RP 24 jusqu’à Souk el-Had, puis route 3410.

-

Champ de bataille d’El Herri (lehri), à une dizaine de kilomètres de Khenifra (Moyen
Atlas central); deux stèles commémorent la défaite par Moha ou Hammou Zaïani en
automne 1914 de la colonne Laverdure (Le Glay 1930 ; Guillaume 1946 ; Drouin
1975 ; Roux & Peyron 2002 ; Ben Lahcen 2003) ; située sur la RP 24.

-

Zaouia Sidi Hamza, important centre maraboutique, associé au célèbre Bou Salim el-
Ayachi, versant sud du Jbel Ayyachi ; accessible depuis RP 21 par la route 3438.

-

Poste ruiné et village des Ayt Yâqoub, versant sud du Jbel Ayyachi, où le détachement
Emmanuel fut décimée par les Ayt Hadiddou et Ayt Morghad, menés au combat par
l’agurram Ou-Sidi ; puis siège du poste, lequel fut sauvé in extremis par une colonne
de secours, fin-mai/début-juin 1929 (Saulay 1985 ; Peyron 1994) ; accès en véhicule
tout-terrain, chemin secondaire 3438.

-

Zaouia Sidi Yahya ou Youssef, ancien pôle maraboutique et centre de résistance anti-
colonial, capturé en juin 1931 (Guillaume 1946) ; accessible depuis Tounfit par route
3423.

-

Jbel Tazizaout (2 677m), arrière-pays d’Aghbala n-Ayt Sokhman, haut-lieu de la
résistance marocaine (23 août – 13 septembre, 1932), et objet de pèlerinage annuel;
existence de nombreuses timawayin et timdyazin relatant les péripéties de ces combats
(Guillaume 1946 ; Drouin 1975 ; Saulay 1985 ; Roux & Peyron 2002). Accès malaisé,
à dos de mulet, ou à pied.

-

Tizi n-Hamdoun/Jbel Baddou (juillet/août 1933) bastion montagneux où le gros des
Ayt Hadiddou et Ayt Morghad sous Ali Ou-Termoun et Zayd Ou-Skounti menèrent
leur dernier combat (Guillaume 1946 ; Saulay 1985) ; accessible en véhicule tout-
terrain par chemin secondaire 3449 depuis Tinejdad, ou par la route d’Ayt Hani-
Assoul, puis à pied.

-

Les igherman de Tadafelt (Todgha), à quelques kilomètres de Tinghir, où, au
printemps 1936, fut tué le dernier résistant du Haut Atlas, Zayd ou-Hmad (Clément
1981) ; accessible par RP 32, puis route 6906.

-

La stèle des cluses de Tassent commémorant les batailles autour d’Imilchil, dont le
combat du 1

er

mai 1933, au Msedrid, où un détachement de la Légion fut mis à mal

par les hommes d’Ou-Sidi (Guillaume 1946 ; Peyron 1988-89) ; accès par la route
1903, puis route 3425.

-

Environs de Ksiba n-Moha ou Saïd (Atlas de Beni Mellal), site de la bataille de
maraman, connue des bardes amazighes (Guillaume 1946 ; Hamri 2005), où fut
sérieusement malmenée la colonne Mangin en 1913 ; accès depuis Kasba Tadla par la
route 1901.

-

Zaouit Ahansal, célèbre pôle de spiritualité et de résistance à l’époque de la siba ;
accessible depuis Azilal par route 1807, en cours de goudronnage.

-

Village d’Ayt Hkim aux Ayt Bou Guemmaz, où, pendant l’été 1921, les guerriers de la
région, aux ordres de l’agurram Sidi Mah el-Hansali, stoppèrent net l’élan de la
cavalerie du Glaoui (Saulay 1985); accès par route 1809.

-

Jbel Kousser (Lqroun, 3 069m), environs de Tillouguit, dernier bastion de la résistance
dans le Haut Atlas, septembre 1933 (Guillaume 1946 ; Saulay 1985 ; Euloge 2005);
accès par route 1803, puis à pied.


4/ Problématique actuelle

Il s’agit à présent d’examiner, d’appréhender la durabilité des diverses facettes du patrimoine
local face à l’érosion causée par un tourisme de montagne en plein essor. Aussi, le tableau
flatteur que nous venons de brosser du patrimoine de ces régions ne doit-il pas faire oublier
les dangers réels qui pèsent déjà sur lui. Précisons d’emblée que les composantes de ce
patrimoine naturel sont fragilisées par un déficit pluviométrique vieux de plusieurs années –
l’enneigement, par exemple, étant devenu capricieux au point de dévaloriser le ski dans le
Moyen Atlas, de modifier l’étiage de nombreux cours d’eau. L’action de l’homme, ensuite,
dictée par des impératifs agricoles et pastoraux, ou par simple cupidité, ne s’est pas démentie
ces trente dernières années, au point de menacer la survie de la forêt de cèdres, principalement
dans la région du Bou Iblane, ainsi que dans l’arrière-pays de Tounfit/Aghbala. Ceci provient
du fait que, dans ces secteurs à l’abri des regards indiscrets, exposés au braconnage et à

l’octroi de coupes abusives, on assiste à une démission quasi-totale des Eaux et Forêts. Or, il
convient impérativement de mettre un frein à ces pratiques délétères, sinon ces régions
déboisées, exposées de surcroît à une érosion féroce, perdront leur atout principal.

L’exploitation rationnelle de la forêt est pourtant préconisée au Maroc depuis des lustres par
d’excellents textes. Toujours est-il que la situation de la cédraie dans les environs d’Ifrane,
d’exemplaire au début des années 1990, serait devenue franchement mauvaise à l’heure
actuelle selon certains observateurs (Milet 2003 ; Peyron 2005) : « Curieusement, la cédraie
n’a jamais été tant détruite que depuis l’initiative du parc naturel d’Ifrane. Il aura donc suffit
de parler de développement durable pour que tout disparaisse ! » (Tarrier & Delacre 2006). À
cet égard, la mort près d’Azrou en 2002 du « cèdre Gouraud », est symptomatique.

En raison de l’affluence touristique qu’ils provoquent, c’est malheureusement le cas de bien
des sites, victimes de leur succès, qui subissent des atteintes environnementales avec
apparition notamment d’un niveau dit ‘poubellien’. Succès dont ils risquent de ne pas se
remettre : Asif Tizguit (Val d’Ifrane), Agelmam Sidi Ali, sources de l’Oum er Rbia, Agelmam
Azigza, cascades d’Ouzoud, lac de Tislit, gorges du Todgha (Milet 2003), etc.

Ce qui est valable pour la forêt de cèdres l’est également pour la faune animalière et aviaire.
Le petit gibier ailé (perdrix) est exposé à une chasse dévastatrice. Aujourd’hui, pour lever
quelques sujets isolés, il faut fouiller le fin-fond de l’Atlas. De plus, l’utilisation inconsidérée
du poison et des pesticides a provoqué l’effondrement des peuplements de chacals
(élimination voulue par des éleveurs soucieux de sauvegarder leurs troupeaux) et de rapaces,
ce qui est bien plus grave, ces oiseaux (aigles, buses, milans et vautours) étant fort utiles sur le
plan écologique. Certaines espèces, tels le très emblématique gypaète barbu, ont pratiquement
disparus ; au point que l’apparition récente (2006) d’un isolé juvénile dans l’Ayyachi est
saluée comme un évènement.

Comment, dans ces conditions, pouvoir aspirer à élever certaines zones en réserves, voire en
parcs nationaux ? Surtout lorsque l’on sait qu’un site Ramsès protégé, mondialement célèbre
chez les ornithologues, comme le lac d’Afennourir, près d’Azrou, peut faire impunément
l’objet de braconnage (Peyron 2004). Situation provenant d’un seul fait : le Maroc est, certes,
un état de droit, mais ce dernier ne peut valablement s’appliquer, selon les lieux, qu’en
fonction d’un certain nombre de facteurs institutionnels – volonté des autorités locales de faire
respecter le règlement, rondes des agents forestiers, etc.

Pendant les années 1990, il est vrai, on nous a parlés de projets de parcs nationaux : dans le
Haut Atlas Oriental – à créer autour des mouflons de Tirghist – ainsi que dans les environs
d’Ifrane (Billand 1996), sans que ces projets ne soient passés à la phase de concrétisation.
Dans le deuxième cas, malgré l’ouverture de deux ou trois gîtes ruraux adaptés au tourisme
« vert », on a pu noter certains cas d’inadéquation entre hébergement offert et activités
annexes proposées, comme pour la refonte totale de l’Hôtel Michliffen à Ifrane : pour quelle
clientèle et pour quoi faire ? Du ski, sans doute ?

Le patrimoine culturel est, lui aussi, en péril. Les igherman qui représentaient le côté noble de
l’architecture amazighe sont actuellement négligés. Soit, on les laisse tomber en ruines –
spectacle navrant (Imilchil) – soit, on construit à côté en ciment et/ou en briques de ville. Des
villages de l’Atlas marqués par cette mutation architecturale perdent ainsi l’essentiel de ce qui
faisait leur charme aux yeux des visiteurs étrangers.

On assiste par ailleurs au galvaudage du folklore, surtout lorsqu’il s’agit de danses organisées
de façon répétée dans le seul but de distraire des touristes de passage « curieux et non
avertis » (Chegraoui 2000), ceci étant particulièrement le cas à Imilchil. L’ahidus, danse
emblématique des Imazighen, est dépréciée lorsque des jeunes se produisent en jean et
blouson de cuir, la cigarette « au bec » (observé à Taghighacht, Ayt Hadiddou, en octobre
1997). Peu étonnant qu’un barde (amdyaz) dénonce :-


« Ces jeunes qui boivent, fument, se laissent pousser de longues mèches,

Et qui d’alcool se remplissent la panse en plein milieu de la danse ! » (Peyron 1993)


Dans le Moyen Atlas, chez des populations habitant autrefois sous la tente – situation qui se
prêtait parfaitement à l’accueil des hôtes de passage – l’hospitalité tend à disparaître, dès lors
que la modernité veut que l’on se calfeutre dans des maisons en brique, clôturées de surcroît.
Avec le bâti, la méfiance est apparue. Pratique censurée, là aussi, par l’amdyaz :-


« Celui qui vit au loin nous ne l’aimons point,

Contre nos voisins nous nous barricadons ! » (Peyron 1993)


Actuellement, si la fréquentation touristique sous sa forme « trekking » présente un côté
positif pour les familles impliquées, elle comporte de nombreux inconvénients. Une
hospitalité galvaudée se trouve réglementée, mise sous tutelle. Dès lors qu’une région de
l’Atlas est régulièrement fréquentée par des touristes, en matière d’hébergement, l’obligation
est faite aux randonneurs de s’adresser à un gîteur attitré, pour peu qu’il en existe un dans le
village. Ceci n’est évidemment pas applicable aux trekkeurs ayant fait le choix de coucher à la
belle étoile.

Alors qu’il est perçu comme positif du seul fait qu’il injecte de l’argent dans l’économie
locale, voyons quels sont les effets pervers du tourisme de montagne. Parmi les plus
importants on peut dénombrer les suivants :-

-

la manne touristique ne bénéficie qu’à une minorité de locaux : fils de notables,
accompagnateurs, muletiers, gîteurs – d’où émergence d’une nouvelle élite, renforçant
ainsi les clivages sociaux ;

-

lorsque dans une famille les fils sont impliqués dans l’activité touristique, cela affaiblit
l’autorité du paterfamilias (Lecestre-Rollier 1997) ;

-

à force de former des accompagnateurs au CFAMM de Tabant, Ayt Bou Guemmaz,
on a dépassé la demande, certains éléments ayant dû renoncer à ce métier faute de
clientèle, ou préférant émigrer à l’étranger après avoir épousé une de leurs clientes ;

-

baisse de qualité chez certains de ces accompagnateurs, lesquels, issus du milieu
citadin (« les guides plastiques », selon un ancien), connaissant moins bien la
montagne que les fils de montagnards tamazightophones du recrutement initial ;

-

des monopoles de muletiers (comme à Ayt Bou Guemmaz), agissant pour le compte
des Tour Operators, continuent à rayonner sur l’ensemble des massifs, créant, là où ils
passent, des sentiments de manque à gagner ;

-

des incidence fâcheuses sont provoquées sur l’activité agro-pastorale par l’emploi
massif de mulets à des fins touristiques en période estivale : manque de fourrage,
retards dans la moisson, sans parler des cultures délaissées au profit du seul
accompagnement des trekkeurs ;

-

le syndrome du visité : gamins opportuns et quémandeurs (« Stylo, bon-bon,
Monsieur ! »), encouragés par le comportement stupide de certains touristes (années
1990) ;

-

le passage des caravanes touristiques provoque des nuisances : piétinement de
cultures, utilisation de bois pour feu de campement, déchets laissés sur lieux de
bivouac, etc. ;

-

le passage des caravanes attise des convoitises ; on signale des cas de larcins, voire
d’agressions (Galley 2004);

-

la commercialisation dénaturée de certains gîtes – évolution fâcheuse de l’hospitalité
traditionnelle amazighe – reflète un souhait de la part des visiteurs de retrouver à
l’étape leur petit univers de bonne humeur et de confort, se distanciant ainsi du milieu
ambiant qu’ils n’appréhendent qu’à travers le prisme déformant et réducteur du
folklore ;

-

du reste, pendant la durée du voyage, chaque trekkeur a tendance à vivre à l’intérieure
de sa bulle ;

-

là où il n’y a pas d’eau courante, le souci qu’a le trekkeur de prendre sa douche
quotidienne chaque soir oblige femmes et filles de gîteurs à effectuer des corvées
d’eau répétitives et harassantes;

-

l’inadéquation des mesures visant à réduire l’écart socio-culturel entre accueillants et
accueillis, l’interaction entre les deux parties demeurant quasiment nulle, tandis que
les atteintes à la vie traditionnelle se multiplient ;

-

en somme, et pour l’essentiel, loin d’être des acteurs à part entière, les montagnards
continuent à se faire exploiter à distance par des technocrates étrangers à leur milieu,
et qui leur expédient plus de 20.000 trekkeurs par an !


Tout cela équivaut à un constat plutôt accablant. Trop longtemps le laissez-faire a sévi dans
l’Atlas, exposant les populations à une véritable pollution culturelle mise en place par des
Tour Operators peu scrupuleux et inspirés par la seule loi du marché. L’auteur de ces lignes a
d’ailleurs depuis longtemps adopté une position très critique sur ce sujet (Peyron 2006).

5/ Actions à entreprendre

Tout d’abord il y aurait lieu d’engager un important effort pédagogique, dès l’école
maternelle, afin que la jeunesse marocaine, qu’elle soit citadine ou campagnarde, ait à cœur
de préserve son irremplaçable patrimoine naturel. La sensibiliser davantage à propos des
déchets, le plastique surtout ; cela passe également par le respect de l’environnement (plantes,
arbres et animaux) ; chercher, aussi, à économiser l’eau, à trouver d’autres formes d’énergie
afin d’épargner la forêt ; mener auprès des lycéens des actions pratiques dans ce sens. Cela
n’a rien de nouveau et cela se fait à Ifrane chaque année début-Juin, à la discrétion du CEIRD
de l’Université Al-Akhawayn, il convient de le souligner.

Toutefois, depuis des années on entend parler en France, comme au Maroc de la tenue de
colloques sur l’environnement. À l’issue de ces rencontres, bercés par un doux ronronnement
consensuel, les participants portant cravate et complet-veston se séparent persuadés qu’en
matière de sauvegarde de la cédraie, du seul fait qu’ils en aient débattu, qu’ils aient publié de
pieuses déclarations d’intention (à grand renfort de « y’a qu’à ! »), tout va s’arranger. Cela
dure depuis des années et rien ne change; c’est peut-être ça, la fameuse « imposture verte »
dénoncée par certains, faite de gargarismes et de gesticulations.

Il conviendrait, également, d’inviter certains responsables nationaux issus de la grande
bourgeoisie, à modifier leur complexe de supériorité envers le monde rural, afin qu’ils
consentent à faciliter un développement convivial, intégré et suivi en faveur des zones
montagneuses de leur pays. Cela aboutirait, à n’en point douter, à des actions efficaces visant
à sauvegarder le patrimoine architectural et culturel, à l’instar du geste de Mohammed Chafik,
ancien Recteur de l’IRCAM, qui, ayant reçu un prix en argent d’une fondation allemande, n’a
pas hésiter à le partager entre « Lesieur » des Ayt Yahya et d’autres bardes amazighes de la
montagne, afin de promouvoir leur production artistique.

Quant à la future richissime clientèle de l’Hôtel Michliffen à Ifrane, il lui faudrait des
domaines skiables digne du nom. Cela impliquerait une revalorisation des possibilités
actuelles ; l’ouverture de nouvelles pistes de ski de descente (Hayyane, Koubbat, Sidi Mguild,
etc.) ; la constitution des réserves collinaires pour fabriquer de la neige de culture (ce qui peut
s’avérer écologiquement discutable), sans oublier les chemins de raquette et de ski de fond ;
l’organisation d’animations et d’activités loisirs, la création d’unités de restauration et
d’hébergement adéquates.

En ce qui concerne, le tourisme montagnard il y aurait lieu :-

-

d’entreprendre des actions en amont, au niveau de l’éducation des touristes, afin
d’éviter les comportements gênants aux yeux des riverains ;

-

limiter quelque peu la fréquentation, en privilégiant un tourisme rural diffus afin
d’éviter le phénomène de saturation, auto-destructeur par excellence ;

-

faire prendre conscience aux populations qu’il est dans leur intérêt de préserver le
cadre bâti traditionnel, ainsi que la faune, la flore de leur haut-pays, étant donné
l’attrait qu’exerce ce patrimoine naturel sur les adeptes du tourisme « vert » ;

-

tenter de « dé-fokloriser » la montagne amazighe afin que les Imazighen deviennent
un peu moins des articles de consommation, et participent pleinement à un réel
tourisme de culture, de rencontre ; formule qui continuera à relever de la « quadrature
du cercle », tant que des considérations bassement financières demeureront les seuls
critères. Si celles-ci restent en vogue, d’ailleurs, c’est leur côté auto-destructeur qui
aura le dernier mot !


Si le tourisme « vert », principal atout de nos régions, peut apporter quelque bien-être, tant
mieux. Le Moyen Atlas et le Haut Atlas Oriental demeurent des zones marginalisées, celles
que l’on qualifie parfois à voix feutrée de « Maroc inutile », dont les petits centres sont
peuplés de « parasitaires oisifs », la campagne alentour étant livrée à un pastoralisme pour
l’essentiel entre les mains de propriétaires-éleveurs absentéistes (Kerbout 1994). Ainsi, en
marge des circuits de tourisme pédestre, ou équestre, il serait bon qu’un apport d’argent frais
puisse revivifier les échanges, afin que les locaux puissent tirer meilleur parti de leur
patrimoine. Ceci apporterait une note d’espoir à certaines populations désabusées qui
attendent une problématique embellie en se bernant de prophéties maraboutiques, cristallisées
autour de Lenda, site d’épopée et mythique capitale du futur, du genre :-


« Un jour rebâtie revivra Lenda, avec
Carreaux et marbres, avec Fès rivalisera! » (Roux & Peyron 2002)


Quant aux sites de mémoire historique, qu’il convient de respecter, il est certainement urgent
de ne rien faire. D’autant plus qu’ils sont susceptibles de continuer à intéresser au premier
chef une clientèle nationale, plutôt que d’être exposés au voyeurisme de badauds étrangers.

Sans doute la meilleure solution serait-elle de les laisser se développer grâce à des initiatives
locales fort bien rodées, parfaitement adaptées aux besoins des populations, le cas du
Tazizaout étant exemplaire : sentier et source régulièrement entretenus et aménagés, huttes en
bois pour héberger les pèlerins, et pas un seul déchet ! Toute tentative de « makhzéniser » ce
genre de site n’aboutirait qu’à l’apparition d’escaliers en marbre, de fontaines en zelliges, de
cafés douteux avec pignon sur rue et emballages plastiques, portant atteinte au lieu ainsi qu’à
sa sacralité.

6/ Conclusion


Prévue afin de faire fasse à une montée en puissance de la fréquentation touristique dans
l’Atlas pendant les années 1980, la phase initiale de l’équipement de la montagne marocaine
s’est traduite par la formation d’accompagnateurs et l’implantation de gîtes. Tel qu’il est, ce
programme paraît avoir répondu aux attentes ; ces dispositions pourraient, aussi, s’avérer
suffisant pour satisfaire la clientèle dans un avenir prévisible. Il n’empêche que cette
démarche, pour louable qu’elle soit sur le plan économique, comporte quelques côtés pervers,
lesquels, à long terme, pourraient paradoxalement porter préjudice au patrimoine que l’on
entend exploiter et protéger. Peut-être a-ton procédé avec une précipitation excessive, sans
évaluer les risques pour le patrimoine que comportait cette opération. Problématique se situant
également au niveau des rapports entre visiteurs et visités, liée à l’impact du plus grand
nombre et aux comportements aux effets parfois délétères des touristes, aussi bien
intentionnés soient-ils. En définitive, donc, la solution passe par la recherche de solutions
mûrement réfléchies, à l’issu de concertations horizontales et verticales, afin d’obtenir
l’accord de l’ensemble des acteurs impliqués.

Michael PEYRON

Université Al-Akhawayn

Ifrane



RÉFÉRENCES BIBLIOGRAPHIQUES

BARBAUD C. & M., 2005 ; Maroc : lumières de l’Atlas, Études & Communications
Éditions, Bez-et-Esparon.
BENABID A., 1995, « Les problèmes de préservation des écosystèmes forestiers marocains
en rapport avec le développement socio-économique », L’Afrique du Nord face aux menaces
écologiques (BENCHERIFA A. & SWEARINGEN W.D., éds.), Fac. des Lettres, Rabat, série
colloques & séminaires, n°50: 109-124.
BENCHERIFA A. & JOHNSON D.L., 1993, “Environment, population pressure and resource
use strategies in the Middle Atlas mountains of Morocco”, African Mountains and Highlands:
resource use and conservation (BENCHERIFA A., éd.), Fac. des Lettres, Rabat, série
colloques & seminaries n° 29: 101-121.
BEN LAHCEN M., 2003, Moha ou Hamou Zayani: l’âme de la résistance marocaine à la
pénétration militaire française dans le Moyen Atlas (1908-1921), Fès, Info-Print.
BERRIANE M., 1993, « Le tourisme de montagne au Maroc », Montagnes et Hauts-Pays de
l’Afrique : utilisation et conservation des ressources, (BENCHERIFA A., éd.), Fac. des
Lettres, Série colloques & séminaires, n°29 : 391-403.
BILLAND A., 1996, « Développement touristique des parcs de montagne au Maroc :
principes de zonage et d’aménagement »

 

Mercredi 11 Mars 2009 à 11h00 dans HistoirePoster un commentaire
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