• A Ahermoumou, j'ai connu deux Juifs. Ils ne résidaient pas au village, mais à Sefrou. L'un s'appelait Pinhas. Il tenait la plus grosse épicerie d"Ahermoumou et la pompe à essence, comme celle qu'a connue Patryck à El Menzel.Deux grosses ampoules en verre dont l'une se remplissait d'un liquide rose pendant que l'autre se vidait. Comme les Schadoks, il fallait pomper en actionnant une sorte de levier dans un mouvement de va et vient. Le plein prenait du temps et l'odeur de l'essence envahissait la voiture. A l'indépendance, ou un peu avant, Pinhas a cédé sa boutique à Si Driss qui est toujours derrière son comptoir. 
    L'autre s"appelait Samuel Lotate. Lui aussi était commerçant.
    Tous aimaient beaucoup Pinhas et Lotate. 
    Je n'ai jamais entendu parler d'un quartier juif à Ahermoumou.

    Less than 1%1.01-3%3.01-5%5.01-7%
    Aïn-el-Aouda Ahermoumou El-Kelaa-des-Srana Azemmour
    Aïn-Leuh Arbaoua *Guercif Ouaouizert
    Aknoul Behalil Oued-Zem *Oudjda
    Boulhault Boucheron Tinzit
    El-Boroudj Chemaïa
    El-Hammam Christian
    Karia Fedhala
    Kourigha Immouzer
    Marchand Kénifra
    *Mechra-bel-ksiri Kénitra
    Mouley Yacoub Khémisset
    Sidi-Djellil Petitjean
    Taounat Sidi-ben-Nour
    Tendrara Taza
    Tiflet
    Timhadit

    Une autre figure d'Ahermoumou était le chauffeur du seul car qui assurait la liaison Ahermoumou /Fès via El Menzel et Sefrou. Nous prenions tôt le matin le car d'Urtado, un Espagnol original. A El Menzel, Urtado arrêtait son car, prenait son fusil, et partait pour un partie de chasse en solitaire! Il lui arrivait aussi de s'arrêter pour arroser quelques arbres qui poussaient au bord de la route. A cette époque, personne n'avait de voiture, et nous étions tous tributaires du car d'Urtado qui en profitait bien! Nous arrivions à Fès en fin de journée, et personne ne protestait. 

    Auteur: Karaba (la vraie!)

     

    Merci ma soeur Karaba.Ta description de la pompe à essence est si exacte et si belle qu'en lisant ton passage, j'ai senti que tu m'as aidé à soulever un petit voile du passé. Des souvenirs lointains d'enfance commencent à se bousculer. Je me souviens bien de cette pompe à essence. 

    Ah! le fameux car d'Ahermoumou!
    Je me souviens bien de l'endroit de son stationnement. Je ne me souviens pas du nom Urtado, mais je me souviens que ce car apportait le pain (LKOUMIR) de FES pour l'école primaire d'El Menzel, ce pain qu'on donnait aux élèves incscrits à LMAT3AM.
    Je parle des années 1973. 

    Auteur: 7ab riro

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  • Une journée au souk rural de Ribat El Kheir

    D'un étal à l'autre, un peu de sorcellerie ou des jeux
     
    · Le souk, une fameuse école de commerce

    · De la pauvreté comme on ne peut pas l'imaginer en ville


    Le souk est plein, bondé. De tout, il y a vraiment de tout et il grouille de gens de toute allure. Ils viennent de toute la région et sont principalement berbérophones. Ribat El Kheir est le centre de ralliement de tous les douars avoisinants (Tafert, Tametroucht, Bni Abdelaziz, Oued Igrane, Tassra, Tisserouin, Zerarda, Oued Elhmer, Tichout Tibawen, Lariab, Zawiya, Ouawrakhssen, El Kelaâ, Tinet). 
    Pour la plupart, les affaires du souk du lundi assurent la vie (ou la survie) pour tout le reste de la semaine. Chaussures, habits, tissus, légumes, fruits, bétail, poissons, poules, herbes, quincaillerie, sorcellerie, matériel agricole, de la contrebande aussi… Les couleurs chatoyantes concurrencent des odeurs enivrantes… et d'autres à faire vomir. La superficie dédiée au souk avoisine les 5.000 m2. Elle est compartimentée selon la nature du commerce. Ici, espace pour vente et achat de bétail, là pour le poisson. Les poules ont leur coin. Plus loin, il y a les tissus et l'habillement, ailleurs, les légumes et les fruits. Au souk du lundi, ce n'est pas le souk: tout est bien rangé, les marchands soignent particulièrement leurs étals, veillant à ce que carottes, oignons ou choux soient bien alignés. Il y a même un parking où les gens peuvent mettre leurs ânes, le temps de faire leurs emplettes. Les vendeurs arrivent dès dimanche soir pour commencer l'aménagement de l'espace. Ils passent sur place toute la nuit et la journée du lundi. L'espace redevient désert vers 15 heures, avec pour seuls témoins du passage des foules, des immondices plein la vue.
    La nature a horreur du vide. Quand le social ne fait pas son travail, ou quand le réconfort laisse la place aux regards intransigeants d'une société aux codes stricts, la sorcellerie de souk brille de tous ses feux. Elle est jeune et tient fermement son micro: “A tous ceux qui n'arrivent pas à avoir d'enfants, qui ont des enfants difficiles, qui n'arrivent pas à se marier, qui ont des problèmes d'argent, qui ont des problèmes au travail... ceci est pour vous. Entre vous et moi il n'y a que Dieu. Contre les sionistes et les mécréants je prie. Ceci vous aidera. Vous n'êtes pas obligé de me croire. 
    10 DH le ftouh (genre de mise de départ)... Qui commence, qui veut que je lui accorde un entretien? Pour lui dire ses maux et son avenir. Dieu m'en est témoin, cette (impossible à traduire en français, espèce d'herbe, ou de bkhour...) je l'ai faite moi-même. Une patte de fourmi rouge, de l'eau de l'océan aux 7 vagues, l'eau du puits, une patte de scorpion (...) , 44 fois j'ai prié dessus. Ne croyez pas les vendeurs de achoub (herbes?)... si ce n'est pas comme cela, ce n'est pas bon”. La femme montre ce que les gens ne doivent pas acheter et ce qu'elle a confectionné et qui, seul, est bon. Elle reprend à peine son souffle: “Dieu est entre vous et moi. Ces 10 DH disparaîtront, vous les oublierez et je les mangerai vite. Il ne restera que ce que Dieu a voulu... Qui commence?”
    Cette jeune femme, djellaba beige et voile turquoise, a le regard sûr et dur. Elle se lance dans une tirade digne des meilleurs coachs. Du souffle, elle en a. Un cercle de regards incrédules ou naïfs ou encore tentés, entoure cette femme de caractère qui ne trouve aucun mal à faire la différence avec les autres vendeurs d'herbes et de grigri. 
    Tous se retrouvent dans son boniment. Ils s'identifient aux malheurs qu'elle décrit. Une jeune bédouine au teint mate et à la tête voilée sort du cercle des observateurs. Elle pose 20 DH sur la table. Son regard est d'une incommensurable tristesse. De quel mal peut-elle bien souffrir? Pas de mari? Pas d'enfants? Battue? La foule ne sait pas, mais on devine que son mal est profond. Tout le monde baisse la tête et attend le jugement de la “vendeuse d'espoir”. Nous n'en saurons rien, elle s'entretient avec sa cliente en apparté. Puis la jeune femme fond en larmes. En fait, c'est cela: ces larmes sont sa cure, je n'en doute pas une seconde. Cette possibilité de pleurer, légitimée par la foule, de sentir qu'on bénéficie d'une écoute, quelle que soit sa nature. 
    La marchande la calme par quelques tapotements dans le dos. Les gestes de la business-woman indiquent qu'elle lui montre comment se servir des babioles. “Avant la dernière prière, “t'bekkhher” (comment traduire cela? encense-toi) avec ça et prie pour que tes malheurs s'en aillent. Tu verras que ce que je te donne, c'est plus que des paroles”.
    Ces derniers mots, la bonimenteuse a tenu à ce que toute la foule les entende bien. Son numéro fonctionne à merveille. La première cliente à peine partie, on fait la queue tous âges et malheurs confondus: vieillards chancelants, grand-mères dynamiques, jeunettes toutes fluettes et toutes timides, les joues rosies par le vent de décembre, femmes robustes, dont les rides racontent des histoires de fierté et de combat, puceaux au duvet étincelant... La “vendeuse d'espoir” jubile. Elle relance la foule et débite: “Entre vous et moi, il y a Dieu, contre les sionistes et les mécréants, je prie. Vous n'arrivez pas à avoir d'enfants, votre mari vous bat...”. Et c'est reparti.
    Manifestement, le système de confiance est Dieu, l'islam, ainsi que tous les clichés qui s'attachent (voire entachent) à cette religion (haine des sionistes, même si l'amalgame est largement établi entre juifs et sionistes, le sens profond est sioniste) et les kouffar (mécréants au sens coutumier, tous ceux qui ne sont pas musulmans). 
    Les gens, y croient ferme. C'est son principal argument de vente. Personne n'a envie de savoir s'il y a là-dedans des contradictions ou des hérésies.
    Ma voisine de halka est blasée, elle. Un sourire en coin, elle me dit que c'est du pipeau ce que raconte cette dame. “J'ai essayé maintes et maintes fois... ça n'a jamais marché... elle se moque des gens” me prévient-elle, persuadée que je pouvais être tentée par ses services. Cette voisine de souk est venue de douar Dar El Hamra, à 30 kilomètres de Ribat El Kheir, pour s'approvisionner comme chaque lundi. Elle a vu mon appareil photo, elle me demande de la photographier. Je m'exécute. Toute fière, elle sourit et m'embrasse chaleureusement pour me remercier.
    A côté de cette foule, un autre groupe, plus petit celui-là. Cette fois, c'est du divertissement pécuniaire que propose un jeune homme moustachu. Sur sa table, un volant, duquel dépasse une languette, tourne. Autour du volant des clous enfoncés. Ça ressemble au jeu télévisé “La roue de la fortune”, sauf qu'elle est plus petite, et posée sur une table de fortune (c'est le cas de le dire!). Entre chaque clou, un appareil photo, un réveil, une calculette sortie estropiée d'une guerre mondiale et trois “entre-clous” sont vides. 
    Le principe du jeu est simple: vous misez 5 DH; si la languette s'arrête sur un appareil photo ou autre chose, vous récupérez vos 5 DH… plus 50 DH! Si la languette s'arrête sur un espacement vide, vous perdez votre mise. A vue d'oeil, les risques de perdre sont minimes... Mais si ce même oeil “zoome” sur les pieds du propriétaire de la table, il remarque une autre languette qui sort comme une petite pédale du bas de la table. Cette languette est contrôlée par le pied du moustachu... En fait, quand il le décide, le joueur perd ou gagne selon ses calculs de rentabilité. Il lui suffit d'une pression sur la pédale. Ce n'est pas sans fierté d'avoir débusqué l'arnaque avant de m'être fait avoir que je m'éloigne de la troupe.
    “Hey ma soeur, prends-nous en photo”. “Hey, et moi alors tu ne me prends pas en photo? Tu as pris en photo mes animaux? Ça sera 50 DH... Non, te fâches pas, je rigole, mais prends-moi en photo avec ce magnifique bibi (dindon)”. “Dis, tu vas faire un tour tout à l'heure du côté des vendeurs de carottes? Moi, c'est Abderrahmane, je te hélerais pour que tu nous prennes en photo mon frère, mes carottes et moi”. Dans ce souk rural, moi citadine, je m'attendais à un accueil froid et soupçonneux à la vue d'un objectif tenu par un bipède de sexe féminin, en pull rouge, lunettes de vue (certains persuadés que j'étais “étrangère”, parlaient en arabe à mon sujet. Je me délectais en passant près d'eux de leur jeter un digne “Salam alikoum”... Que j'aurais aimé immortaliser ces yeux écarquillés suivis de sourires de surprise!). 
    Pas la moindre froideur, bien au contraire, je me suis retrouvée sollicitée de tout bord pour prendre des photos, en promettant honteusement de les rapporter dès que je le pourrais (les chances sont proches de zéro). Une dame avec ses deux petites filles vend des œufs de dinde à 1,50 DH pièce. Au premier contact, je lui propose d'acheter deux de ses œufs. Elle me toise de haut et me dit qu'elle vend “la douzaine ou rien”. Bon, je m'éloigne rapidement et me laisse porter par d'autres effluves et d'autres paysages. Bien plus tard, vers midi, je la retrouve, il ne lui restait plus que quatre œufs. Elle me sourit et me propose de lui prendre ses 4 œufs restants. Je souris à mon tour, et marchande une photo d'elle avec ses petites filles. Finalement, ce sera une photo de sa petite fille (8 ans) sans la mère. Raison invoquée: son mari n'aimerait pas... Il risque, dit-elle, de la battre s'il la surprend se faire photographier. Je suis surprise: peur de la photo et du mari, alors qu'elle vend sa marchandise seule au milieu du souk?! Mais la surprise a vite fait de passer. Ce ne sera pas la seule femme à avoir fui mon objectif. La pudeur dans toute sa splendeur... Mais surtout la crainte du mari et du père. 
    Du côté du bétail (kssiba, selon le jargon de la région), on marchande dur. Les propriétaires ne font aucune concession et sont intarissables sur les atouts de leurs bêtes. Côté acheteurs, on cherche le dénigrement et la consultation des dentitions pour vérifier l'âge. Beaucoup sont rentrés bredouille de ce souk. La plupart, acheteurs et vendeurs, n'ont pas pu s'entendre sur les prix. “Cette année, l'aïd sera cher. Regarde cette chèvre. Elle a neuf mois et elle est toute maigre. Elle coûte 450 DH!” commente un vendeur de caprins en exhibant fièrement la dentition de la jeune bête. A en croire les explications d'un berger venu de loin, “en cette période, le souk est haut” (souk talea). Il faut comprendre que le marché est peu propice aux transactions. Il a bien plu. Le pâturage est disponible, les bêtes sont grassement nourries et les éleveurs pas pressés de vendre.Juste à côté, une gargote de fortune, montée avec des bâches en plastique, propose de quoi manger. On peut y prendre du thé chaud et de la harcha pour 5 DH le tout. Le commerçant qui tient la baraque m'explique qu'il fait tous les souks de la région. Il vit ou plutôt survit de ça. Basé à Fès, toute la semaine, il accompagne les différents souks: celui de Tahla, Menzel, Karia Ba Ahmed, Bir Tam Tam. “Cela ne me rapporte rien du tout, mais c'est mieux que de mendier”, avoue-t-il, l'air désabusé.



    Bonjour des villes, bonjour des champs


    Pour un citadin, le nombre de bonjours et de sourires francs recueillis dans cette région frappe. Je me suis amusée à calculer le taux de salutations au fur et à mesure que je me dirigeais vers Fès. 100% près de Ribat El Kheir, 0% à l'arrivée de Fès. C'est normal, me diriez-vous. En zone rurale, les routes servent aux voitures, comme aux “carrossa”, aux animaux et aux hommes. Qui plus est, la population est peu nombreuse comparativement à une ville. Les gens peuvent se permettre de saluer toutes les voitures qui passent. Accordé pour les bonjours. Et les sourires alors? Mes interlocuteurs ruraux sont beaucoup plus chaleureux et francs que ceux des villes. Je n'en démords pas. C'est en passant quelques jours parmi les habitants d'une zone rurale qu'on sent à quel point la vie urbaine a tendance à dénaturer le comportement humain. Les statuts sociaux y sont plus exacerbés, les protocoles plus nombreux selon que l'on se trouve en situation professionnelle ou non. Les ruraux ont conservé leur franc-parler et sourient plus facilement.



    Un douar pauvre mais généreux


    Le douar de Tafejeght est situé dans une plaine entre deux montagnes du Moyen Atlas, à 62 km de Ribat El Kheir. Les quelques maisons sont construites en roche. Les toits sont faits avec des troncs d'arbre, du bambou, reliés avec du fil, du plastique et de la terre. La terre est peu fertile, caillouteuse et l'eau se fait rare. Les habitants de ce douar sont extrêmement pauvres. Une pauvreté absolue, rare. Mais ils sont d'une générosité tout aussi rare. Si je n'étais pas entrée dans leur maison, boire le thé et manger le mlaoui avec de l'huile d'olive succulente (vous avez dit valorisation des produits du terroir?) avec la maîtresse de maison… je les aurais tout bonnement offensés. C'est incroyable comme la chaleur et la générosité semblent inversement proportionnelles à la richesse des fois. 

    Mouna KADIRI

    L'ECONOMISTE 


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  • Tahar Benjelloun disait qu'on devient poète suite à une blessure ! La sienne c'était lors de son séjour à Harmoumou (Ribat Al Khair).

     

     

     

    Tahar Ben Jelloun (also Tahir, Taher Benjelloun) is a leading Moroccan poet, novelist, essayist, and journalist whose rich intellectual and creative production now spans more than four decades. Most of his books are available in fifteen or more languages; the most popular have now been translated into forty-three languages.

    Ben Jelloun was born in Fez on 1 December 1944. His autobiographical essay La soudure fraternelle (1994; Fraternal bonds) provides an important source of information on his early childhood and adolescence. In particular, Ben Jelloun recalls his arid apprenticeship at the local Qur’anic school as well as his premature confrontation with the experience of a classmate’s death. Ben Jelloun has also fondly evoked the nurturing familial atmosphere of his home, where devout Muslim parents raised him in a spirit of religious tolerance and freedom.

    BIOGRAPHICAL HIGHLIGHTS

    Name: Tahar Ben Jelloun (also Tahir, Taher Benjelloun)

    Birth: 1944, Fez, Morocco

    Family: Wife and daughter

    Nationality: Moroccan

    Education: 1956–1963, Fez ( Lycée ); 1963–1966, Muhammad V University in Rabat (philosophy); 1971–1975, Ph.D., psychology, University of Paris

    PERSONAL CHRONOLOGY:

    • 1971: Publishes first collection of poems, Hommes sous linceul de silence (Men under a shroud of silence)
    • 1972–present: Correspondent for the French daily Le Monde
    • 1978: Elected to Académie Mallarmé in Paris
    • 1987: Wins Prix Goncourt for La nuit sacrée (The sacred night)
    • 1991: Wins Prix des Hémisphères for Les yeux baissés (With downcast eyes)
    • 1994: Wins Prix Méditerranée for L’homme rompu (Corruption) and Grand prix littéraire du Maghreb for totality of his work
    • 2004: Wins International IMPAC Dublin Literary Award for Cette aveuglante absence de lumière (This blinding absence of light)

    In 1955 Ben Jelloun’s parents moved to Tangier, and several of his novels abundantly address, through fictionalized accounts and historical mediation, his antithetical vision of the two cities. Ben Jelloun lived in Tangier until the age of eighteen. He has portrayed himself as a timid and studious adolescent whose passion for cinema—the films of John Ford, Howard Hawks, and Orson Welles, for instance—started at that time. It is thus while still at his lycée (high school) in Tangier, at the age of fourteen, that Ben Jelloun saw Alain Resnais’s Night and Fog for the first time, an event instrumental in developing his own historical and philosophical comprehension of genocide. His love affair with cinema also led Page 186  to his first visit to Paris, in July 1961, where he attended a film series on the New Wave cinema.

    His educational career subsequently took him to the Muhammad V University in Rabat, where he sat in on ABDEL KEBIR KHATIBI ’s lectures in sociology. His first exposure to philosophy, particularly Friedrich Nietzsche, also dates from his years in Rabat. He describes Thus Spake Zarathustra as an effective alliance between poetry and philosophy. Equally crucial was his involvement with the founders of the avant-garde review Anfas/Souffles (Spirits, 1966), in which his very first published poem appeared. The group included not only Khatibi but also such major figures of intellectual resistance as ABDELLATIF LAABI , Mostefa Nissaboury, and Mohammed Khaïr-Eddine. These were also years of deep political unrest that led to the politicization of the Souffles movement, which Ben Jelloun and Nissaboury would later leave.

    The ruthless repression that met popular unrest in Morocco, particularly young people’s dissatisfaction with the monarchy’s failure to respond to essential educational and economic needs, is well-known. In March 1965 Rabat and Casablanca had become centers of dissent. The year 1965 was also when the opposition figure Mehdi Ben Barka was kidnapped and murdered in Paris. General Mohammed Oufkir’s sudden institution of compulsory military service resulted in Ben Jelloun (and many others) being drafted and sent to the disciplinary barracks of El Hajeb in the Meknes area. He was subsequently transferred to the NCO school of Ahermoumou, from which Commander Muhammad Ababou would launch his coup against King HASSAN II in 1971. The memories of the humiliations the young men had to endure, an experience Ben Jelloun once referred to as incarceration disguised as military service, later found their way into some of the most unforgettable pages of L’écrivain public (The public writer, 1983). Upon completion of his military service, Ben Jelloun went to teach philosophy at the lycée Charif Idrissi in Tetouan. His transfer to the lycée Muhammad V in Casablanca in 1970 was not the geographical promotion he had hoped, owing to the constant student unrest and numerous strikes that created havoc with his professional aspirations. Of Casablanca Ben Jelloun remembers unwelcome family pressures to get married, general ennui, and his revolt against the petit-bourgeois mentality that seemed to prevail. In Casablanca, however, he remained in contact with the Souffles movement. He frequented the studio of the painter Mohamed Chebaa (1935–), where he composed the first pages of his novel Harrouda (1973). Ben Jelloun’s first collection of poems, Hommes sous linceul de silence (Men under a shroud of silence), was also published in Casablanca in 1971.

    The same year, Ben Jelloun interrupted his career as a philosophy teacher in order to continue his education in Paris. He earned a master’s degree in sociology the following year, when he also published his second collection of poems. In June 1975, he defended a doctoral dissertation in social psychology at the University of Paris VII. The dissertation later evolved into a case study of the wretched condition of North African immigrants, then a political taboo. It is the thirty-some volumes that have so far followed the publication of Harrouda and La réclusion solitaire (Solitary confinement) in 1973, however, that have established him as a poet and novelist of international repute. His literary career fully matured from the later seventies to the present, especially as a fiction writer who significantly renewed the novel as an esthetic and political genre. L’enfant de sable (1985; The Sand Child , 1987) and La nuit sacrée (1987; The Sacred Night , 1989), the collection of short stories L’ange aveugle (1992; The blind angel), as well as Hospitalité française (1984; French Hospitality: Racism and North African Immigrants , 1994), are the works for which he is perhaps best known. Ben Jelloun lives in Paris with his wife and daughter. As many North African novelists, he writes in a French language profoundly molded by transnational sources and influenced by Arab traditions. His collection of poems on the first Gulf War, La remontée des cendres (1991; The return of the ashes) was actually published in both Arabic and French.

    INFLUENCES AND CONTRIBUTIONS

    The period 1973 to 1987 clearly remains the most significant in Ben Jelloun’s life, in that his creative talents came to fruition through a series of novels, from Harrouda to The Sacred Night , which have left their esthetic mark on North African as well as international writing. In Harrouda , for instance, Ben Jelloun started questioning the creative parameters of the modern novel and completely reconfigured its form, the better to adapt it to the narrator’s metaphysical exploration and political questioning.

    Ostensibly hermetic, the text in fact subversively reverses the negative conditions of personal and political experience and transforms them into a positive force of contention, in a discourse of which the novel’s narrator says that it was meant to create havoc. Creation and desire, central to Ben Jelloun’s works, also ceaselessly reshape the narrative of Harrouda , a novel about dispossession, both individual and collective. Indeed, the themes of bodily suffering, of the infliction of violence, of the psychic wound conveyed through ubiquitous images of wound, fissure, and rupture, reflect preoccupations upon which the whole edifice of Ben Jelloun’s writings reposes.

    Poetry in particular plays a crucial role in Harrouda , not only in the form of free verse spontaneously exploding the novel’s narrative flow but also through the high degree of figurative disruption and inventiveness that Ben Jelloun’s poetic syntax at times shares with surrealism. Unfolding as a narrative of passage and migration, the five movements of Harrouda thus dismantle the borders of the traditional novel in order to permit language to transcend the ceaselessly receding perimeter of its boundaries. At the same time, the life of Harrouda, the novel’s elusive female protagonist and the precursor of another rebel, the eponymous Moha in the 1978 novel Moha le fou, Moha le sage (Moha the madman, Moha the wise man), symbolically binds up not only with the collective lives of other characters but with those of personalized cities too: Fez and Tangier in particular, antipodal cities that came to play a crucial role in Ben Jelloun’s subsequent novels.

    Another important book, the polyphonic story of a long and painful meditation on humiliation and death, La prière de l’absent (1981; The prayer of the absent), written both in French and Arabic, also conflates religious and historical themes with metaphysical ones. It concerns—perhaps in self-parody—the life of a teacher of philosophy, a native of Fez and a man of modest ambition. Aspiring to effacement but not quite liberated from history and the materialism he wishes to transcend, the anonymous protagonist grapples with the same kind of anguished nostalgia that later haunts the pages of both L’écrivain public and Jour de silence à Tanger (1990; Silent Day in Tangier , 1991).

    But the book also tells a story of origins, that of the birth of an ordinary, voiceless child by the name of Mohammed Mokhtar against a backdrop of epidemic, death, and political unrest. It is about an experience of voluntary self-effacement and amnesia that leads the narrator, through the medium of the matriarchal and political voice of Lalla Malika, a grandmother and midwife, to free himself from the consciousness of failure, to heed Fez’s history of resistance and insurgence, and to journey southward to Semara, a site of an early twentieth century upheaval against French colonialism, in the company of three other characters in search of political liberation.

    An ensuing narration then weaves the legendary story of Ma al-Aynayn (1830–1910), the tribal chief, mystic, warrior, and self-proclaimed imam who organized resistance against French conquest in Southern Morocco. This narration clearly aims at relativizing the four characters’ tribulations, as if their destinies were intimately bound up with the saga of the legendary figure. But one of the narrators’ failure to acknowledge the political and historical limitations of the hagiographical story she is reconstructing foreshadows at the same time the political limits of the group’s pilgrimage. Indeed, like previous ancestral narratives, Yamna’s account does not address the issue of Ma al-Aynayn’s feudal, slave-owning and authoritarian rule.

    As Yamna nears death, Lalla Malika’s voice now clearly proceeds from a higher political and philosophical plane. It is she who strategically reminds the reader of still another, more significant historical figure, that of the legendary Abd El Krim. Even more important, Lalla Malika’s “response” to her grandchild’s quandary expounds philosophical concerns central to Ben Jelloun’s system of thought: the dialectic of appearance and illusion, of being and becoming, and his ethics of action and commitment. Lalla Malika evokes the inevitable conflict, the essential fall, the sudden philosophical crisis that will unmask the complacency of any life devoid of risk and engagement.

    The Sand Child and The Sacred Night

    The diptych of The Sand Child and The Sacred Night constitutes Ben Jelloun’s best-known conflation of storytelling and politics. Together these books address the issue of the dissolution of the self (sexual, social, and psychological) that results from the denial of one’s identity and the usurpation of another, a parable that concomitantly explores, in the relationship between social reality, self, and writing, the disruptive and liberating empowerment of language.

    CONTEMPORARIES

    Tahar Ben Jelloun belongs to a constellation of Moroccan academics and creative writers who have made internationally acclaimed contributions to the post-independence literary renaissance of Morocco and to world literature as a whole. A prominent figure in this group is Driss Chraïbi (1926–), the author of Mother Comes of Age (1972 and 1998), and Flutes of Death (1981 and 1997). Another is the famed sociologist and liberal Muslim writer Fatima Mernissi (1940–), the author of Dreams of Trespass (1994) and of The Veil and the Male Elite (1991). The group also includes the prolific poet Abdellatif Laabi (1942–), former political prisoner and the founder in 1966 of the review Anfas/Souffles ; the art critic, literary theoretician, and novelist Abdelkebir Khatibi (1938–), the author of Tattooed Memory (1971) and Love in Two Languages (1987); as well as the poet and fiction writer Mohammed Khair-Eddine (1941–1995), and the painter Ahmed Cherkaoui (1934–1967).

    The Sand Child is the story of a young girl, Zahra, forced by her father to assume the identity of a male child called Ahmed. The ever-widening scene of the novel is a rich construct of social consciousness, a playful narrative space, a ritual apprehension of individual dispossession, and above all, an at times quasi-magical verbal experiment. A creative contrivance that makes for tremendous narrative and figurative elaboration, the novel’s unconventionality goes nonetheless hand in hand with the persistent evocation of key sociopolitical issues. The motifs of child exploitation, misogyny, sexual corruption, and violence are inseparable from Ahmed-Zahra’s story, but so are those of colonialism, patriarchy, social corruption, and injustice, forms of political repression that appear time and again in the text. Ben Jelloun depicts a social cauldron where a pattern of repression and repercussive violence spares no one, neither dominator nor dominated. Psychopolitical allusion is subversively stitched into the fabric of an otherwise predominantly fabulous story: individuals labor under the implacable dynamics of domination and revenge, and the novel’s closing chapter explicitly evokes the plight of adolescents whose revolt has been crushed by military repression, remarking in scathing understatement on the futility of death by a stray bullet.

    The Sacred Night is a sequel to The Sand Child . As Zahra, “Ahmed” of the preceding novel, now assumes her natural identity, spatial markers clearly punctuate her confessional and initiatory itinerary through a story that evolves symbolically, as if through the opening of successive doors, toward narrative postponement and mystical resolution. Symbolic territories mark Zahra’s itinerary: a public square; her father’s dilapidated house; the cemetery under blinding light; the perfumed garden that shelters a self-sufficient republic of children; the solitary forest paths where Zahra encounters faceless rape; the equivocal shelter of the hammam (Turkish bath); the “one-person street,” both lovers’ lane and sinister space of decay and corruption; a consul’s two-story house “of darkness”; the cosmic contiguity of the terrace’s nocturnal space; the blue warehouse and the subterranean cellar-library in the consul’s dream; the bordello’s mixed space of infernal and ecstatic sexuality; the jail; and, finally, the holy man’s shrine: the novel’s vivid social and symbolic landscape makes for one of the richest modern political parables ever written.

    THE WORLD’S PERSPECTIVE

    Ben Jelloun now ranks with the most recognizable and popular writers from the Middle East and North Africa. The critical reception of his works has been spectacular.

    As early as 1978, he was elected to the Académie Mallarmé in Paris, a membership he did not seek. In subsequent years, he has received several prestigious awards: the Prix Goncourt (France) in November 1987 for The Sacred Night , the Prix des Hémisphères (Guadeloupe) in 1991 for Les yeux baissés (1991; With Downcast Eyes , 1993), the Prix Méditerranée (France) in 1994 for L’homme rompu (1994; Corruption , 1995), and the Grand prix littéraire du Maghreb (Nourredine-Aba Foundation, Algeria) in November 1994 for the totality of his work. In 2004 he won the International IMPAC Dublin Literary Award for Cette aveuglante absence de lumière (2001; This Blinding Absence of Light , 2002), the story of the ordeal of a survivor of Tazmamart, the notorious Moroccan hard labor camp for political prisoners under the late King Hassan II.

    THE MOON [IS] REPRESENTED BY A LIGHT BULB

    The book is like a house in which each window is a district, each door a town, each page a street; it is only a sham house, a theatrical set in which the moon and sky are represented by a light bulb and a blue sheet held between two windows.

    ( THE SAND CHILD . TRANSLATED BY ALAN SHERIDAN. SAN DIEGO, CA: HARCOURT, BRACE, JOVANOVICH, 1991, PP. 81-82.)

    One cannot imagine writing without a ceaseless reflection on the status, the possibilities and the limits of writing.

    (“DE LA DIFFÉRENCE.” ETHNOPSYCHOLOGIE 2, NO. 3 1973: 221.)

    It is through the betrayal of appearances, in wringing the neck of evidence that creative artists have not only been able to understand but also to make us understand a parcel of the real.

                ( QUINZAINE LITTÉRAIRE 606 [1-15 AUGUST 1992]: 3.)

    LEGACY

    Ben Jelloun’s legacy is no less historical and political than literary and aesthetic. During the 1970s, Ben Jelloun became a correspondent with the daily Le Monde soon after his arrival in Paris, a position he has held to this day. He has also written for Il Corriere della Sera of Milan and has become a pugnacious intellectual presence through countless other media contributions on human and political issues for newspapers in Italy ( La Repubblica , Rome; L’Espresso , the Milan weekly), Spain ( El Pais , Madrid; Lavanguardia , Barcelona), and Sweden ( Aftonbladet , Stockholm). His interventions, literary and journalistic, have addressed such issues as the Shoah, the Palestinian condition, the Algerian civil war, political corruption, the Arab world, Islam, immigration, and racism. In 1991 he published a collection of poems titled La remontée des cendres on the anonymous victims of the Gulf War.

    Ben Jelloun is a sociopolitical writer whose narratives astutely intertwine the traditions of the Orient and the West, Arabic and French, contemporary politics and popular storytelling, political consciousness and metaphysical mysticism, poetic fables and historical realism. Lesser-known but equally important works also testify to Ben Jelloun’s urgent sense of sociopolitical commitment and broad range of creative temperament. A meditative text by Ben Jelloun, for instance, accompanies Philippe Lafond’s collection of photographs documenting the life of Imazighen in the High Atlas Mountains of Morocco ( Haut-Atlas: l’exil de pierres , 1982). His collaboration with the photographer Thierry Ibert resulted in a 1986 collection of black-and-white photographs of barren and destitute life in the devastated La porte d’Aix district in Marseille, which Ben Jelloun’s comments poetically enrich. The photographs were taken as the historic Vieux Quartiers were being demolished, and Ben Jelloun’s text is reprinted in his 1995 Poésie complète: 1966–1995 (Complete poetry: 1966–1995) . He has written texts for several other photography volumes on the Sahara, Fez, and for Medinas: Morocco’s Hidden Cities .

    Ben Jelloun’s meditation on Alberto Giacometti’s art ( Alberto Giacometti and Tahar Ben Jelloun , 1991) is a seminal essay that draws a revealing cartography of the esthetic preoccupations and philosophical affiliations that marks all his writing. The affinities with Giacometti and the kinship between flesh and bronze the text describes are easy to perceive. Ben Jelloun observes that such art attempts to convey life “with complex simplicity” and to bring out its singularity. Giacometti’s predilection for places of passage, furthermore, underscores the deep sense of temporariness and ontological loss that lies beneath the itinerant quest of so many of Ben Jelloun’s characters. As for Giacometti’s belief in “the passion and patience of the gaze,” able to see “something unknown emerge, each day, in the same face,” it mirrors Ben Jelloun’s own use of the thematic of looking hyperbolized in The Sacred Night by the figurative transference of the consul’s gaze into tactile visibility. Gazing once at the deeply furrowed and “immensely” sad face of an immigrant worker in the Paris subway, Ben Jelloun goes on to reflect on the state of alienation from reality, on the drama of exile, confrontation, and solitude of which Giacometti’s sculpted beings seem so uncanny a projection. The text on Giacometti is not only crucial as an expression of Ben Jelloun’s poetic art but also for its many philosophical insights. It contains, furthermore, important comments on fellow creators and intellectuals: Giacometti, of course, but also Miguel de Cervantes, Friedrich Nietzsche, Franz Kafka, Antonin Artaud, Rene Char, Samuel Beckett (whom he once encountered on a deserted beach in Tangier), and above all Jean Genet, whose aimless and unmaterialistic existence becomes the benchmark for a simultaneous engagement in metaphysical solitude and presence in the world.

    Writing as Commitment

    A resolutely postmodern novelist, poet, and critic, Ben Jelloun conceives of writing as a “violent practice […] that does not consider itself as center, origin, exclusive site of knowledge of imagination [but remains] open to all differences” (“De la différence,” 1973), that is to say a disruptive and politically creative form of commitment. The comment underlines the key concerns of a writer who, as a Moroccan and an Arab writing in a language that was once a tool of colonization, strives to displace creativity to the margins of dominant models, deconstructing the processes of domination that often lie hidden in cultural encounters. The novelist thus clearly desires to challenge the very nature and legitimacy of established cultural models but simultaneously to engage fiction in a discursive process of reflection on its very modes of functioning and representation.

    Ben Jelloun’s assertion in a 1992 editorial in the French publication La Quinzaine Littéraire that realism per se does not exist also sheds an important light on the poetics and politics of his storytelling. If Ben Jelloun willingly places himself within a creative tradition akin to that of magical realism, the literary figures with whom he finally claims intellectual affinity are a heterogeneous group. In the same editorial, he mentions for instance the names of Jorge Luis Borges, Juan Rulfo, and Gabriel Garcia Marquez, but also those of James Joyce, Saint-John Perse, Arthur Cafavy, Constantine Seferis, Giorgos Rimbaud, and the mystic Al Hallaj.


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  • Ahermoumou,
    Ribat Alkhir :
    maudit soit le lieu


    C’est un lieu maudit. Et comme toute triste tropique, on l’a débaptisé pour conjurer son sort: Ahermoumou, ou le p’tit lion en berbère, est là où est né le coup d’Etat militaire mené par le Général Madbouh et les deux Ababou. Rebaptisé Ribat Alkhir, le village, se situant à quelques kilomètres de Meknès, abrite une école militaire. 9 juillet 1971, la nuit. Le colonel Ababou, le P’tit Napoléon pour ses fidèles est plutôt gai. Il partage, contrairement à l’accoutumée le dîner avec ses subordonnés. Sybillin, il fait des allusions qui ne prendront corps que le lendemain. Le 10 juillet, à Skhirat, où Feu Hassan II, fêtait son 42e anniversaire, le général portait à la main une casquette de polo jaune. Le jaune et le bleu sont les couleurs de l’école des sous-officiers d’Ahermoumou. Les conjurés les avaient prises pour signal de ralliement. Les annales racontent: « Medbouh jette à sa montre un coup d’oeil, sort un moment du palais au volant de sa voiture. Il rencontre, à quelques kilomètres, une colonne d’une quarantaine de camions, s’arrête pour parler un instant à l’officier qui la commande, fait demi-tour, retourne vers le golf. Le chef de la colonne est le colonel Ababou, un Rifain de la même tribu que Medbouh. Ababou commande l’école de sous-officiers d’Ahermoumou, dans le Moyen Atlas, à quelque 300 kilomètres à l’Est. Ses cadets le suivent, tendus, crispés sur leurs armes chargées». La suite, on la connaît… 

    Source: La Gazette du Maroc

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    Source: Aujourd'hui le Maroc 

    Les principaux acteurs du coup d'Etat avorté de Skhirat le 10 juillet 1971 sont le général Oufkir, ministre de l'Intérieur depuis 1964 et le général Medbouh, directeur de la Maison militaire royale depuis avril 1968. Le premier était à la tête de plusieurs départements ministériels dont celui de l'Intérieur, contrôle presque la totalité des rouages de l'Etat. Le second était chargé d'informer le Roi de toutes les questions relatives à la défense et au maintien de l'ordre et détenait des pouvoirs étendus au sein de l'armée. Avant de passer à l'action, ils prennent soin d'écarter des postes-clés tous les hommes susceptibles de gêner leur plan.
    L'instrument du complot et l'arme du crime sont rapidement choisis : les cadets de l'Ecole militaire d'Ahermoumou dans la province de Taza. Nommé à la tête de cet établissement depuis 1968, M'hamed Ababou prend soin d'augmenter substantiellement les effectifs de l'Ecole. Le nombre de cadets passe ainsi de 600 à 1.500 en deux ans seulement. Le général Amahrach, directeur des Ecoles militaires et le colonel Chelouati, chargé des opérations et du ravitaillement à l'état-major général, ont été chargés d'ouvrir les dépôts de matériel et de munitions. Une première tentative d'assassinat du Souverain Hassan II a été reportée. Elle devait avoir lieu le 14 mai 1971, à l'occasion du défilé militaire. Mais ce dernier fut ajourné. La date du putsch fut donc fixée au 10 juillet 1971, lors des festivités de la fête de la Jeunesse, soit le 42ème anniversaire de Feu SM Hassan II. Dès 3 heures du matin, 25 commandos et une section spéciale à bord d'une soixantaine de camions quittent Ahermoumou, officiellement pour opérer une manœuvre militaire à Benslimane. Ce n'est qu'en court de route, à quelques kilomètres de Salé, qu'Ababou explique à ses hommes le plan d'attaque du Palais de Skhirat.
    Sur place, les troupes ont franchi les portes du palais et se sont acharnées sur l'assistance, en tuant et blessant plusieurs personnes : plus d'une centaine de morts et des centaines de blessés. Après l'attaque de Skhirat, du ministère de l'Intérieur et de la RTM, les mutins se dirigent vers l'état-major général des Forces armées royales. Mais les forces de l'ordre reprennent rapidement la situation en main. Medbouh meurt au cours d'un règlement de compte avec son complice Ababou. La tentative de coup d'Etat échoue. Et trois jours plus tard, les principaux responsables de la tuerie de Skhirat sont exécutés. Les autres sont conduits vers le bagne de Tazmamart.


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    L'Ecole militaire: Là où tout a commencé (source: L'Economiste)   · La caserne, une zone sous haute surveillance

    · Les témoignages d’un proche d’Ababou


    34 ans après les évènements de 1971, l’Ecole militaire d’Ahermoumou est une fierté locale. En taxi ou à pied, la population locale se fait un plaisir d’indiquer la caserne. Pour d’autres encore, le sujet est tabou. Frileux, ils feignent d’ignorer sa présence.
    La plupart soulignent toutefois que la fermeture du centre d’instruction s’est fait beaucoup ressentir sur l’activité économique de la région. Ils en veulent pour exemple le train qui arrivait jusqu’au village. Au lendemain du putsch, la gare ferroviaire a été fermée. Depuis, le village est devenu triste et morose et n’offre plus la moindre attraction. Aujourd’hui, les riverains sont nostalgiques. Pour eux, la caserne était un lieu verdoyant, plein de vie, de rigueur et de discipline.
    Ils émettent le souhait que le centre d’instruction reprenne ses activités ou du moins devienne un musée pour drainer des revenus à la localité. Mieux, d’autres encore pensent que les équipements sportifs et les terrains devraient servir de complexe sportif pour les athlètes eu égard aux spécificités climatiques de la région.
    Vue de loin, l’Ecole militaire impressionne encore avec son château d’eau et ses bâtiments jaunâtres aux tuiles rouges. De vieilles constructions qui datent du Protectorat. Elle est située à plus de 1.000 mètres d’altitude et est entourée de forêts. La zone est encore sous haute surveillance et le drapeau est hissé sur une grande place. Partout des guérites, des sentinelles et l’entrée de la porte principale est barricadée.
    Au fur et à mesure que l’on s’approche de la caserne, l’édifice ressemble plus à un centre de détention abandonné qu’à une école d’instruction.
    Des cachots sont encore visibles et les cellules sont ouvertes. L’on raconte dans la région que des hangars ont servi d’escale aux détenus de Tazmamart et autres détenus politiques, le temps de se rétablir avant leur libération définitive.
    Quelques militaires sont en service et des logements de fonction délabrés et parfois fissurés sont encore habités par des ex-militaires. Par contre, les logements d’officiers ayant participé au putsch, sont tous inhabités et fermés.
    A l’intérieur de la caserne, l’ancienne villa de fonction du lieutenant-colonel Ababou est encore là.
    Le colonel avait un jardin à l’intérieur de sa maison, raconte l’un de ses proches collaborateurs. Partout à l’intérieur de la caserne, les locaux sont dans un état de délabrement avancé, les bâtiments administratifs, la place d’armes, le garage de véhicules, les dortoirs, le foyer… Le parcours du combattant, par où sont passés des milliers d’élèves sous-officiers, ainsi que les terrains de foot, d’athlétisme, de basket et de volley-ball sont laissés à l’abandon.
    Faute d’entretien, les herbes sauvages jaunies sont partout. Et les anciens équipements, une fierté du centre auparavant, sont déglingués et rouillés.
    A quelques encablures de la caserne, un sexagénaire qui travaillait sous les ordres du lieutenant-colonel, raconte avec nostalgie la période Ababou. Depuis qu’il a quitté l’armée dans les années 90, ce vétéran est toujours habillé en treillis et turban. Selon lui, Ababou était petit et très intelligent, craint et admiré à la fois. «C’était un vrai militaire, un homme vigoureux qui ne tolérait pas la médiocrité. Mais aussi un brave type et généreux avec ceux qui le côtoyaient de près». A la moindre erreur ou maladresse, les militaires rampaient et roulaient en position de combat, sous ses injonctions, crâne rasé et sac marin plein de sable, sur le bîtume. C’est le colonel Ababou qui a lancé les pantalons de treillis sans poches. Pour lui, le soldat ou les futurs sous-officiers n’ont pas le droit de mettre la main dans la poche. Ce qui est indigne de la part d’un militaire, témoigne le vétéran. Et d’ajouter, sous les ordres d’Ababou, le soldat devait constamment lever la tête.
    Les entraînements étaient intensifs et les militaires très disciplinés. La caserne était flamboyante, partout on plantait des lauriers, des cèdres et des chênes et on construisait des bâtiments. La période Ababou n’a pas qu’une version idyllique: le putsch bien sûr mais aussi différents pillages de civils organisés sous les ordres du lieutenant colonel. «On pillait tout sur son passage: bétail, ciment, briques, sable, bois, fer…» Le butin était mis dans un grand jardin à Aghbal, ajoute-t-il.
    En 1971, les entraînements et les manœuvres se sont intensifiés avec des exercices de combat et de tir, mais à aucun moment, l’on ne s’est rendu compte de ce qui se tramait et ce qui allait se produire, ajoute le septuagénaire. Heureusement, renchérit-il, que deux mois avant l’opération, il a été muté à un autre bataillon de génie. Autrement, je ne serais plus de ce monde, déduit avec humour le vétéran.



    Pour la petite histoire…

    </o:p>


    Outre le lieutenant-colonel Ababou, les principaux architectes du coup d’Etat avorté de Skhirat étaient le général Oufkir et le général El Medbouh. Et c’est aux cadets de l’Ecole militaire d’Ahermoumou que revenait l’exécution de cette opération. Quelques mois auparavant, Ababaou avait non seulement substantiellement augmenté les effectifs (de 600 à 1.500 élèves), mais a intensifié les exercices de combat et de tir et formé des commandos ainsi qu’une section spéciale. Les dépôts de matériel et de munitions ont été ouverts. La première tentative de putsch, prévue pour le 14 mai lors du défilé militaire, a été avortée. L’opération a été donc reportée. Le 10 juillet à l’aube, le coup d’envoi d’une manœuvre à Benslimane a été donné. Coup de théâtre: en cours de route, le lieutenant-colonel explique à ses troupes le plan d’action de l’opération Skhirat. Arrivés sur les lieux, les militaires d’Ahermoumou ont franchi les portes du palais en tuant et blessant plusieurs personnes. Les mutins ont également attaqué le ministère de l’Intérieur et la RTM. Entre-temps, l’armée a repris la situation en main. Et la tentative du coup d’Eta échoue. Quelques jours plus tard, les têtes pensantes duputsch sont exécutées. Le reste a été jugé et emprisonné dans le bagne de Tazmamart.
    "Tel un lieu maudit, l’ancienne demeure du colonel putschiste (environ 140 mètres carrés) est abandonnée et entourée d’une muraille et de fil barbelé. Une piscine et une balançoire sont encore visibles de loin"

    J. R. 

     


     


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